Site icon ELNET

« Idéologie palestiniste » et diplomatie française

https://elnetwork.fr/wp-content/uploads/2026/09/038702f0-43db-4244-9aaf-0b25993596a6.mp3?_=1

Merci d’être avec nous. Nous allons parler de l’actualité internationale, mais je voulais d’abord vous faire réagir. Vous l’avez peut-être vu hier : lors du débat des candidats à la primaire socialiste sur LCI, Ségolène Royal a appelé les voix juives à dénoncer les actes de Benyamin Netanyahou, et Olivier Faure a affirmé que le mot « génocide » était nécessaire pour mettre fin, je cite, « à ce massacre ». Qu’est-ce que cela vous inspire, Arié ?

Arié Bensemhoun : C’est la parade des has-been, et c’est encore trop aimable pour eux. Ce sont des gens qui ont perdu pied dans la vie politique française et qui réinventent quelque chose que nous connaissons bien : le malheur des Juifs serait la faute des Juifs. C’est vieux comme le monde. Cela a porté plusieurs noms : l’antijudaïsme chrétien, puis l’antisémitisme. Aujourd’hui, c’est la haine d’Israël et des Juifs, portée par les mouvements pro-islamistes et surtout par cette idéologie palestiniste devenue un fonds de commerce permanent pour toute la gauche française. Pas seulement l’extrême gauche : Ségolène Royal et Olivier Faure en sont la preuve.

Il y a aussi Emmanuel Macron, qui a affirmé mardi soir à l’ONU que le Hamas n’avait jamais sévi en Judée-Samarie. Une déclaration malheureusement contredite par l’actualité, avec l’attentat contre le fils de l’ambassadeur en Israël. Est-ce une simple maladresse de formulation, sachant que l’Élysée a ensuite précisé qu’il ne voulait pas dire cela, ou le symptôme d’une véritable déconnexion avec la réalité israélienne ?

Arié Bensemhoun : À mon avis, Ilana, ce n’est ni une maladresse ni une déconnexion. C’est la volonté d’imposer un nouveau narratif, celui de l’idéologie palestiniste dont je parlais. L’année dernière, Emmanuel Macron a reconnu un État de Palestine qui n’existe pas. Un an plus tard, il est bien obligé de constater qu’il n’existe toujours pas. Faute d’avoir été suivi par la réalité, et encore moins par les Israéliens, il se venge. Il veut à tout prix faire de la question palestinienne la question centrale, sur la scène internationale comme sur la scène nationale. On en vient à se demander s’il ne roule pas pour La France insoumise, qui a déjà fait de ce thème l’alpha et l’oméga de sa campagne.

Depuis le 7 octobre 2023, on a vu s’accumuler non seulement les « sorties de route », comme l’a dit l’ancien ambassadeur Danon, mais des dérapages permanents. Des dérapages qui n’en sont pas, car il y a une réelle volonté de nuire. Emmanuel Macron prend le leadership international de l’hostilité envers Israël. Il commet une faute majeure, une faute historique, qui aura un coût pour la France comme pour lui-même : les réactions montrent que cette nouvelle déclaration n’a pas du tout été appréciée. Chacun sait ce qu’est le Hamas, et chacun sait ce qu’est le terrorisme palestinien, à Gaza comme en Judée-Samarie.

Chacun le sait… oui et non. En France, le débat est surtout ramené aux implantations, aux constructions dans les territoires, à la question palestinienne. Selon vous, la menace terroriste du Hamas est-elle sous-estimée ?

Arié Bensemhoun : Il faut d’abord comprendre qu’il y a un débat. Certains affirment que ce n’est pas du terrorisme mais de la résistance. Il existe un mot qui permet de tout expliquer et de tout justifier : « occupation ». Une fois ce mot prononcé, tout est dit. C’est du Ségolène Royal dans le texte : les Israéliens, donc les Juifs, seraient responsables de ce qui leur arrive, y compris du 7 octobre, à cause de la prétendue « occupation », de la « colonisation », du refus de laisser les Palestiniens exercer leur droit à l’autodétermination.

Tout le problème est là. Pour beaucoup, ce qui se passe en Judée-Samarie, ce qu’ils appellent la Cisjordanie, relève de cette logique. Il faudrait d’ailleurs cesser de dire « Cisjordanie » : ce mot est en soi une forme d’effacement de l’histoire du peuple juif sur cette terre, et donc une atteinte à la légitimité d’Israël. Ce que veulent les tenants de ce discours, c’est imposer l’idée qu’il n’y a pas de terrorisme, mais un peuple qui se bat pour sa libération. On essaie de nous expliquer que le Hamas serait à part. La vérité, c’est que le problème, c’est le Hamas comme le Fatah de Mahmoud Abbas. Tant que prévaudra l’idée qu’Israël est illégitime, on l’accusera de tous les maux et le terrorisme perdurera. C’est contre cela que nous devrions tous nous mobiliser. Hélas, nous ne le faisons pas assez.

Merci beaucoup, Arié. Nous reviendrons peut-être la semaine prochaine, sur Radio J, sur la visite de Bruno Retailleau en Israël.