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Élections en Israël, et maintenant ?

Bonjour Arié Bensemhoun, cette semaine, vous souhaitez revenir sur les élections législatives qui ont eu lieu en Israël et leurs conséquences pour l’avenir du pays.

Bonjour Ilana,

Un verdict sans vainqueur.

Le dépouillement n’est pas totalement achevé et les chiffres peuvent encore évoluer, mais la tendance est nette. Le bloc de Benyamin Netanyahu réalise son plus mauvais score depuis trente ans et plafonne autour de 54 sièges, contre 64 en 2022. Il est en tête, mais loin de la majorité de 61 sièges. Le bloc du changement mené par Gadi Eisenkot, autour de 49 sièges, échoue lui aussi. Les partis arabes, avec 16 à 18 sièges, réalisent leurs meilleurs scores et peuvent se poser en arbitres des débats.

Cette première campagne post-7 octobre aura moins ressemblé à une élection classique qu’à un référendum pour ou contre Netanyahou, débouchant sur une impasse qui ne satisfait personne. Netanyahu sort affaibli ; son adversaire n’a pas de majorité. Et les positions de certains partis arabes face au Hamas et au terrorisme palestinien rendent toute coalition durable improbable.

Quant à ceux qui propagent le mensonge de l’apartheid, qu’ils ouvrent les yeux. Dans cet État juif et démocratique, les citoyens arabes, un cinquième de la population, votent pour leurs propres partis, qui pèsent sur les équilibres politiques nationaux. Quand dans le même temps, au sein des territoires palestiniens, aucune élection législative ou présidentielle n’a eu lieu depuis vingt ans, Mahmoud Abbas venant encore d’ajourner le scrutin prévu.

 

Arié, existe-t-il malgré tout une majorité pour avancer ?

Oui, il en existe une.

Si le pays reste divisé sur les partis et les personnes, les Israéliens dégagent sur le fond une majorité claire : des réformes économiques libérales, l’impératif d’un service militaire pour tous, la défense ferme de la patrie et l’action résolue contre l’Iran et ses proxys.

Même sans coalition, la nouvelle Knesset réunit une majorité solide pour légiférer vite sur des urgences consensuelles : une commission d’enquête d’État sur le 7 octobre, l’abrogation de projets non promulgués affaiblissant le procureur général, des réformes sur la justice, les tribunaux rabbiniques, le statut des médias, etc. Des formations incapables de gouverner ensemble peuvent s’allier ponctuellement sur des mesures d’intérêt public.

Et surmonter ces divisions sera impératif, car la position internationale d’Israël reste fragile. Le dialogue avec les principales capitales européennes est au point mort. À Washington, le soutien traditionnel s’érode chez les démocrates comme chez les républicains. Le risque de sanctions ou de résolutions défavorables au Congrès devient palpable. Netanyahou a d’ailleurs évoqué un plan blockchain pour contourner d’éventuelles sanctions bancaires, une option aussitôt rejetée par la Banque d’Israël et jugée aberrante par une centaine d’économistes.

Autre défi : le maintien d’Israël dans les programmes européens de recherche, vital pour l’intelligence artificielle, la défense et les technologies quantiques. Une exclusion priverait les scientifiques israéliens de financements stratégiques, au risque d’accélérer la fuite des cerveaux. Si l’Union européenne reste favorable sur le principe, l’accès aux technologies sensibles fera l’objet d’une âpre bataille face à des pays très critiques comme la France, la Belgique, l’Irlande ou l’Espagne.

 

Arié, que peut-on attendre dans les prochains jours et semaines ?

Trois scénarios se profilent :

1. Un gouvernement d’union nationale sans Ben Gvir et Smotrich ni les partis arabes, mais Netanyahou arrivé en tête exigera, et c’est naturel, d’en conserver la direction ;
2. Un exécutif minoritaire conduit par l’opposition, avec l’appui externe des députés arabes – une situation un peu comme en France, pas terrible ;
3. De nouvelles élections anticipées, inéluctables en cas de blocage persistant – pas la meilleure formule non plus.

L’opposition avait posé deux lignes rouges : refuser toute alliance avec les partis arabes et refuser tout pacte avec Netanyahou. Si Yair Golan préconise un accord avec les élus arabes, les divergences restent béantes sur Jérusalem, Gaza, le droit au retour et l’État palestinien. Netanyahou a juré fidélité à ses partenaires traditionnels, mais ses promesses n’ont jamais constitué un carcan rigide et indépassable. Une paralysie prolongée lui offrirait le maintien à la tête du gouvernement de transition. Être affaibli ne signifie pas céder le pouvoir.

Une certitude s’impose enfin : par-delà les querelles internes, l’imminence d’une reprise des hostilités contre la République islamique d’Iran. Le déploiement du porte-avions USS Theodore Roosevelt et d’un groupe amphibie, soit près de 9 000 soldats américains, préfigure une action imminente, d’autant que Donald Trump juge envisageable d’intensifier les frappes après les élections de mi-mandat du 3 novembre. De nombreuses informations évoquent une campagne courte mais intense.

Si les Israéliens peinent à désigner leur chef de gouvernement et leur coalition, face à la menace existentielle de la République islamique et ses proxys, l’union sacrée sera totale. Et c’est peut-être cette réalité stratégique qui, au fond, comptera dans les semaines à venir.