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La chronique de maître Muriel Ouaknine Melki, présidente de l’OJE.

Audience ce vendredi après la profanation du cimetière de Sarre Union dans le Bas-Rhin

Ecouter la chronique de maître Muriel Ouaknine Melki

Le 12 février 2015, 5 mineurs âgés de 13 à 16 ans, profanaient le cimetière juif de Sarre Union.

248 tombes étaient abimées en l’espace de quelques heures un jeudi après-midi.

C’était la 7 ème fois que ce cimetière était profané depuis la 2de guerre mondiale, jamais pourtant autant de sépultures n’avaient été violées.

Dès le mois d’Avril 2015 , Me Stéphanie COHEN, Me Sandra AMMAR ; Me Félicia MALINBAUM, Me Laurence LEVY, Me Oudy BLOCH et moi-même, avons assisté et représenté douze victimes durant toute l’instruction qui s’étira sur deux très longues années.

Le 15  septembre 2017, le Tribunal pour enfant de SAVERNE reconnu coupables chacun des mineurs et prononça  des peines allant de 8 mois à 18 mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’ une obligation de réaliser sous 18 mois 140 heures de travaux d’intérêt général

Devait alors commencer le long chiffrage de la réparation de ces sépultures.

Le Tribunal renvoya pour chiffrer le montant des réparations, le magistrat instructeur ayant refusé de faire réaliser l’expertise pendant le temps de l’instruction.

Plus de deux ans après avoir été désigné, l’expert rendit enfin son rapport chiffré, le coût des travaux de réparation s’élevait à 769 000 euros. Un protocole transactionnel était alors passé entre les parties civiles et les assureurs des parents des jeunes mineurs devenus depuis majeurs. Les familles des mineurs ne déboursèrent donc pas un seul centime. Les tombent purent enfin être restaurées, et les morts reposer en paix.

SILENCE

Ce vendredi, ce sont les préjudices subis par les vivants qui seront enfin examinés, le prix de la douleur sera enfin fixé.

Aucun des 5 mineurs ne souhaitent indemniser le préjudice moral au-delà de l’euro symbolique.

Il nous faudra donc ce vendredi que nous plaidions haut et fort sur la douleur ressentie par la famille ZENOU  à la vue de la tombe éventrée d’un petit frère Bernard,  parti d’une leucémie au jeune âge de 19 ans, et enterré là dans ce petit cimetière situé au bord du village de Sarre Union ou la famille originaire d’ADN avait atterri quelques années plus tôt en 1962.

Nous évoquerons aussi la mémoire d’Isaac GUGGENHEIM né en 1847 et qui devint en 1879 le Rabbin de la communauté de Sarre-Union. Il le restera jusqu’à sa retraite en 1912, soit durant 33 ans. A sa mort en novembre 1918, il sera enterré à Sarre-Union. Sa veuve sera enterrée à ses côtés. Quelques années plus tard leur fils Jacques sera également enterré à Sarre Union.

Cette illustre famille qui a offert à Sarre Union, un rabbin à chaque génération depuis l’époque napoléonienne.

Et nous porterons alors la parole douloureuse de M Monsieur Michel GUGGENHEIM Grand rabbin de Paris, arrière petit fils d’Isaac et de Sarah.

Pour que le Tribunal n’oublie rien de cette longue instruction, nous rappellerons les faits et ces jeux de rôle inspirés de l’idéologie nazie au cours desquels  ces 5 mineurs ont  uriné  sur les tombes au cris de Heil H. Nous lirons les propos qu’ils ont tenu ce jour-là : « sales Juifs », « Il faut brûler les Juifs », « Batards de Juifs », Nous dirons leurs crachats comme autant de coups au cœur porté à chacune de nos victimes.

Nous décrirons le dégout, et l’immense tristesse qu’elles ont ressentie,

Nous rappellerons également que la communauté juive de SARRE-UNION, était autrefois l’une des plus florissantes d’Alsace, et qu’au jour de cette audience le 27 novembre 2021, elle ne compte plus qu’un seul membre,

Nous rappellerons que ce cimetière a été profané au lendemain des attentats de janvier 2015 au cours desquels des français ont été assassiné parce que juifs.

Nous questionnerons alors  les membres de ce Tribunal sur les raisons qui ont conduit 5 jeunes à haïr à ce point les juifs qu’ils ne connaissent pas, qu’il les haissent tant disais je qu’ils ont tous les 5 profané le silence des morts.

SILENCE

Ce dossier est l’un des premiers que nous les avocats de l’OJE avons porté, l’une de nos premières batailles, ce matin d’avril  2015,  Nous avions décidé de venir à plusieurs depuis Paris, laissant nos cabinets et nos familles pendant deux jours pour comprendre cette nouvelle affaire.

Nous sommes arrivés directement au cimetière, il y a avait ce jour là un ciel dégagé. Des voisins du cimetière se sont mis à leur fenêtre pour nous observer.

Nous ,nous avons marché entre les tombeaux ouverts, au milieu des stèles renversées. Cherchant à comprendre, à retrouver des noms , des identités, qu’ils avaient volontairement effacé. Nous avions apporté des bougies, que nous avions allumées, nous avions lu des psaumes. Elle était là la force de notre peuple, dans cet instant, ou nous nous sommes recueillis tous ensemble.

L’instant d’après nous enfilions nos robes noires, et franchissions la porte du Tribunal de Saverne, elle était là, la force de notre peuple, détérminée , soudée et forte, au secours des défunts et des ceux qui une fois de plus étaient touchés par la barbarie antisémite.