Cette idéologie «woke» qui infiltre les facs (Claire Conruyt – Le Figaro)

DÉCRYPTAGE – Un rapport pointe l’hégémonie inquiétante du discours «indigéniste», «racialiste» et «décoloniale» dans les facs.

Voilà quelques mois que la place de la pensée indigéniste, racialiste et décoloniale au sein de l’université est au cœur des débats. À la suite d’un article du Figaro paru en février dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a demandé au CNRS de dresser un «bilan de l’ensemble des recherches» afin de distinguer ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme. Si ce travail «se poursuit», assure-t-on du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, cela n’a pas empêché l’Observatoire du décolonialisme, qui réunit une centaine d’universitaires, d’établir indépendamment son rapport qui sera rendu public le 19 juin.

À l’appui d’une restitution quasi brute de dizaines de documents universitaires, l’Observatoire tend à rendre compte de «l’étendue de la pénétration des idées décoloniales dans le discours savant». Que ce soit par le biais de thèses, de séminaires ou encore, de programmes de recherche, «l’université est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement idéologique mené par les tenants de la déconstruction contre l’institution elle-même», pointe le rapport. À Paris-VIII, une brochure de cours en licence de lettres modernes entendait «tirer les leçons pratiques des apports théoriques des gender, racial et des colonial studies dont les travaux ont montré la domination du champ épistémologique et artistique par les hommes blancs hétérosexuels ».

L’université est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement idéologique mené par les tenants de la déconstruction contre l’institution elle-même

rapport de l’Observatoire du décolonialisme

Une thèse de doctorat en sociologie, soutenue le 3 février dernier à l’Université Côte d’Azur, s’intitule «(Dé)Construire la race chez les diplômé.e.s». Récemment, l’université de Strasbourg cherchait un professeur en «sociologie de la santé». Le profil requis: «Nous porterons une attention particulière aux recherches capables de développer ces thématiques sur le versant de l’intersectionnalité (croisant les dimensions du “genre”, de la “classe” et de la “race”)».

Les défenseurs de ces dogmes nouveaux n’hésitent pas à organiser «un certain nombre d’opérations de pression». Selon le rapport, à l’université Paris-VIII en 2020, une enseignante a été empêchée de faire cours après avoir proposé le visionnage du J’accuse de Polanski dans le cadre d’une séance consacrée aux représentations de l’affaire Dreyfus. Une quinzaine de jeunes femmes ont occupé la salle, accusant la professeur de complicité des crimes du réalisateur. Elle a fini par quitter la pièce. «De toute ma carrière, je n’ai jamais observé un tel phénomène qui m’inquiète tant par sa radicalité que par son ampleur. La pensée décoloniale peut, à mon sens, se pérenniser à l’université», affirme Xavier-Laurent Salvador, cofondateur de l’Observatoire du décolonialisme et qui a dirigé le rapport.

«Présidences clientélistes»

Selon ce maître de conférences à l’université Paris-XIII, le «grand danger» est l’effacement des disciplines traditionnelles au profit des «studies» (gender studies, postcolonial studies) venues des États-Unis. «Le paysage épistémologique français disparaît et cela donne un boulevard à la pensée woke, celle qui ramène la littérature à une expérience politique ou sociale, l’histoire à une entreprise colonialiste, celle qui dénonce la “pensée blanche”.»

Face à ces dérives, comment justifier la faiblesse de la réponse institutionnelle? D’abord, explique Xavier-Laurent Salvador, «les universitaires militants se cachent derrière leur liberté académique». Ensuite, à l’université, que l’on soit précaire ou titulaire, «on vote pour un chef de service qui décide des primes, du recrutement». Cela donne lieu à «des présidences clientélistes, certaines personnes étant élues parce qu’elles ont accepté de répondre aux demandes des militants du décolonialisme». Quant à ceux qui «ne suivent pas la meute», ils sont ostracisés. «Il y a par conséquent un alignement idéologique surtout chez les universitaires dont la carrière vient de commencer», conclut Xavier-Laurent Salvador.