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Quel bilan pour la relation France-Israël à l’ère d’Emmanuel Macron ?

Les relations diplomatiques entre la France et Israël ont débuté en 1949. Plus de 7 décennies ponctuées par des phases de grande euphorie mais aussi d’incompréhensions de part et d’autre de la Méditerranée.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron qui touche à sa fin dans quelques mois, n’a pas fait exception à la règle. Alors que la prochaine élection présidentielle se prépare, il semble légitime d’établir un premier bilan de ce mandat bousculé par une crise sanitaire sans précédent. Ce document se propose de retracer l’évolution des relations entre la France, l’Europe et Israël depuis 2015, époque où Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, s’était rendu dans le pays pour une première visite officielle consacrée au développement des nouvelles technologies.f

 

  • Emmanuel Macron et Israël : beaucoup d’attentes, pour quels résultats ?

Alors qu’il était encore ministre de l’Économie du président François Hollande, Emmanuel Macron s’est rendu en Israël pour participer au « festival de l’innovation et du numérique », point de convergence annuel des start-ups israéliennes et des investisseurs mondiaux auquel participait 150 entreprises françaises. Au cours de cette visite, Emmanuel Macron a également rencontré son homologue de l’époque, Ariye Deri ainsi que le ministre de l’Énergie Yuval Steinitz. Intéressé par la réussite de la « start up nation » et la place donnée à l’innovation, Emmanuel Macron a misé sur la coopération scientifique et universitaire entre la France et Israël. L’ancien ministre est même à l’origine de l’implantation de la French Tech[1] à Tel Aviv.

Devenu président, Emmanuel Macron a invité Benyamin Netanyahou à Paris dès l’été 2017, à l’occasion des commémorations de la rafle du Vel d’Hiv. Le contact semble prometteur. Le nouveau président français a adopté un discours réaliste qui satisfait les Israéliens puisqu’il affirme que « nous ne cèderons rien à l’antisionisme », qui est la « forme réinventée de l’antisémitisme ». Mais après ses propos cordiaux, Emmanuel Macron a rappelé la position diplomatique inflexible de la France depuis 40 ans quant à la « solution à deux États », le statut de Jérusalem et l’arrêt de la « colonisation ».

Afin d’inaugurer comme il se doit la saison croisée France-Israël qui marque la célébration du 70ème anniversaire de l’État d’Israël et la solidité des liens culturels, scientifiques et universitaires entre les deux pays, le Premier ministre Benyamin Netanyahou s’était rendu à Paris le 5 juin 2018 à l’invitation du Président français. Emmanuel Macron était lui aussi attendu à Tel Aviv. La visite du Président puis de son Premier ministre Édouard Philippe a finalement été reportée puis annulée, officiellement « pour des raisons de politique intérieure ». Néanmoins, de violentes manifestations ont éclaté à Gaza au printemps 2018 à l’occasion de la « Marche du Retour » pendant plusieurs semaines. Des affrontements avec l’armée israélienne qui ne sont pas passés inaperçus à l’Élysée. En effet, Emmanuel Macron a dénoncé « les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants ». Une position qui pourrait expliquer les réticences des Français à se rendre en Israël à cette période. Seul le ministre de la Culture de l’époque Franck Riester avait finalement mené une visite éclair en Israël pour clore la saison croisée à la fin du mois de novembre 2018.

En janvier 2019, c’est l’ancien président Reuven Rivlin qui a été invité à venir à Paris. Tout comme la saison croisée, cette visite vise à célébrer l’amitié franco-israélienne, 70 ans après l’établissement de relations diplomatiques entre la France et Israël. Les deux dirigeants ont également évoqué la résurgence de l’antisémitisme en particulier à l’occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de la Shoah, le 27 janvier.

Mais il faudra attendre janvier 2020 pour que le Président Macron vienne officiellement en Israël à son tour, pour commémorer le 75ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. La visite, essentiellement consacrée à la mémoire de la Shoah et à la lutte contre l’antisémitisme, est néanmoins historique à plus d’un titre. Bousculant le protocole, le Président français a tenu à ajouter un bain de foule spirituel à ce déplacement. En effet, Emmanuel Macron s’est recueilli pour la première fois au Mur des Lamentations, le « Kotel », lieu sacré du judaïsme, puis a inscrit un message dans le livre d’or du site. Un geste fort et particulièrement apprécié, qui symbolise la reconnaissance du lien indéfectible du peuple juif avec Jérusalem.

Crédit: AFP

Mais arrivé au domaine de Saint-Anne, propriété de l’État français en Israël, Emmanuel Macron s’est agacé de la présence d’agents de sécurité israéliens à ses côtés, prêts à entrer en même temps que lui dans le lieu saint, rappelant la colère de Jacques Chirac en ces mêmes lieux en 1996.

Le Président français avait promis de revenir prochainement en Israël. Mais la crise du Coronavirus et la fermeture des frontières de part et d’autre de la Méditerranée dans les semaines qui ont suivi, n’ont pas permis de nouveau déplacement.

Sur le plan diplomatique, les sujets sensibles restent nombreux. Les Français ont vivement déploré les décisions fortes telles que le retrait de la précédente administration américaine de l’accord sur le nucléaire iranien en 2018, mais également la reconnaissance de Jérusalem comme capitale ou encore la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan.

Lors de l’annonce du fameux « deal du siècle » de Donald Trump, la diplomatie française s’était fendue d’un communiqué répétant les formules déjà connues : « La France salue les efforts du président Trump et étudie avec attention le Plan de paix qu’il a présenté.  Elle exprime sa conviction que la solution des deux États, en conformité avec le droit international et les paramètres internationalement agréés, est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable au Proche-Orient. Elle continuera d’agir en ce sens en lien avec les États-Unis, ses partenaires européens et tous ceux qui peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif. Elle restera attentive au respect et à la prise en compte des aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestiniens. »

Emmanuel Macron a néanmoins salué la signature des Accords d’Abraham, qu’il a qualifiés de « grand pas pour la paix et la stabilité dans la région ». Des propos qu’il a renouvelés à l’occasion de sa rencontre avec le Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, prince héritier d’Abou Dhabi au début du mois de décembre 2021. Une avancée dans les mots qui mérite d’être saluée, bien que la France et l’Europe aient été largement en retrait dans ce dossier.

En 2021, les liens entre les deux pays ont été fortement affectés par l’affaire Pegasus. Cet été, un consortium de journalistes a révélé que les téléphones portables de milliers de personnes dans le monde, ont été infectés par le logiciel de la société israélienne NSO. En France, environ 1000 personnes auraient été visées par le régime marocain pour leurs prises de position contre Rabat. En déplacement à Paris pour tenter d’arranger les choses, le ministre de la Défense Benny Gantz est reçu froidement. Le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin a renoncé à se rendre à Tel Aviv pour une conférence de l’université IDC d’Herzliya consacrée à la lutte contre le terrorisme. Il faudra attendre près de 4 mois et des échanges entre conseillers pour sceller la réconciliation.

 

  • La France toujours frileuse dans les organisations internationales

Les relations entre la France et Israël ont également subi quelques soubresauts en raison des positions défendues par Paris dans les différentes organisations internationales au cours du quinquennat de François Hollande. Après le vote d’un texte visant à « sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est » dans une « Palestine occupée » en 2016, Israël avait vivement critiqué la France.

Force est de constater que le changement de président n’a pas fait évoluer les positions françaises au sein des grandes instances internationales, comme le démontre le vote d’une résolution en décembre 2017 pour condamner l’initiative de Donald Trump de déménager l’ambassade des États-Unis à Jérusalem. 128 États ont voté pour, dont la France.

En juin 2018, le Conseil de Sécurité des Nations unies a dû prendre position sur des résolutions qui abordaient le conflit sous des angles différents. La partialité des textes a conduit les États-Unis à s’y opposer. En effet, ils renvoyaient systématiquement la responsabilité sur Israël sans la moindre référence au « groupe terroriste Hamas ». Le Conseil de sécurité a même rejeté un projet de résolution américain rendant responsable le Hamas des violences dans la bande de Gaza. Les États-Unis ont été les seuls à voter pour leur texte. Onze pays se sont abstenus et la France a voté contre. Le projet de résolution mentionnait « les organisations terroristes telles que le Hamas » et proposait au Conseil de condamner les tirs de roquettes aveugles, effectués par des milices palestiniennes basées à Gaza en direction des villes et villages israéliens, contre les civils, en d’autres termes, un véritable crime de guerre. Une fois de plus, la France n’a pas voté le projet, faisant observer que la responsabilité du Conseil de sécurité était de répondre à la crise de Gaza dans sa globalité, « ce qui n’est pas fait dans ce texte », avait-elle déclaré à l’époque.

Au cours des 4 dernières années, 92 résolutions contre Israël ont été présentées à l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU)[2]. Des textes aux titres similaires d’une année à l’autre, souvent adoptés à une écrasante majorité. Sur ces 92 résolutions, la France en a voté 69. Elle s’est abstenue pour les 23 autres. Paris avait même approuvé le texte de 2018 niant tout lien entre les Juifs et le Mont du Temple à Jérusalem. En tout, 12 des 17 résolutions de l’AGNU contre l’État hébreu votées en 2020, ont recueilli le soutien de la France. Paris s’est abstenu pour les cinq dernières. Une position qui reste désespérément identique au fil des années. Une résolution rappelant celle de 2018 concernant le statut de Jérusalem a été examinée en décembre 2021[3]. Bien que le nombre de délégations soutenant ce texte ait sensiblement baissé (129 votes pour cette année, et 148 en 2018), il est regrettable que Paris n’ait pas décidé de se prononcer contre, ou au moins de s’abstenir.

Outre l’AGNU, le Conseil des Droits de l’Homme (CDH) est également connu pour son biais anti-israélien. A la fin du mois de mai 2021, quelques jours après la fin de la dernière confrontation entre Israël et le Hamas, le CDH « décide de créer d’urgence une commission d’enquête internationale pour enquêter dans le Territoire palestinien occupé et en Israël sur toutes les violations présumées commises depuis le 13 avril 2021 ». Sur 47 membres, 24 soutiennent cette démarche. La France fait partie des 14 abstentionnistes alors que l’Allemagne et le Royaume-Uni s’y opposent. Israël aurait pourtant bien besoin du soutien de tous ses alliés européens dans cette période difficile. L’abstention de Paris est certes un progrès, compte tenu des positions traditionnelles françaises. Mais l’enjeu est de taille et la délégation française aurait pu s’engager davantage et voter contre cette résolution.

De façon générale, la France n’a jamais voté contre un texte hostile à Israël. Cette position inébranlable depuis des décennies s’apparente à une obsession voire à une forme de schizophrénie qui contraste avec l’amitié indéfectible réaffirmée par tous les dirigeants français, mais qui ne se concrétise pas dans les votes. A Jérusalem, ces positions défavorables à Israël n’ont pas été oubliées. L’État hébreu a progressivement eu le sentiment que la France, en mêlant sa voix à des régimes peu recommandables, se rangeait du côté de ses ennemis. Afin de mettre fin aux tensions entre Israël et le Hamas en mai 2021, la France a tenté de se faire entendre en proposant l’adoption d’une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU pour un cessez-le-feu. Mais les États-Unis ont rapidement indiqué qu’ils « ne soutiendraient aucune action qui sapera les efforts en faveur d’une désescalade », mettant ainsi en doute la capacité de la diplomatie française d’influencer favorablement la situation. L’accord de cessez-le-feu a été favorisé par l’active participation de l’Égypte, le Conseil de Sécurité des Nations unies n’ayant pas réussi à s’accorder sur une quelconque initiative commune.

 

  • Une nouvelle ère ?

La position française sur les principaux enjeux du conflit israélo-palestinien n’a pas varié depuis plusieurs décennies. Mais plusieurs signes encourageants se dégagent progressivement. Tout d’abord, la nomination pour la première fois d’un ambassadeur de France en Israël d’origine juive, est une petite révolution. Arrivé en 2019, Eric Danon semble d’ailleurs désireux de bousculer les lignes. Une déclaration prononcée lors d’une conférence organisée par ELNET en octobre 2020, laissant entendre que la position française traditionnelle sur la « solution à deux États » pourrait dévier, a semé le doute dans les esprits: « Il y a six mois, personne n’aurait imaginé qu’Israël et les Émirats arabes unis signeraient les accords d’Abraham. Ce n’est donc pas une question de mantra, mais de situation qui a changé. Car le Moyen-Orient a totalement changé, à cause de la position des États-Unis, de l’Iran, de la Turquie, parce qu’Israël est devenu une nouvelle puissance régionale, et en raison de la fatigue vis-à-vis de la question palestinienne. »

Malgré ces espoirs, le conflit entre Israël et le Hamas en mai 2021 a laissé des traces. Plusieurs déclarations des autorités françaises ont fait l’objet de vives critiques. Répondant à la question d’un député à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Jean Castex a appelé « de façon extrêmement ferme l’ensemble des acteurs à mettre un terme immédiat à toutes les violences, à toutes les provocations, et à toute incitation à la haine pour permettre un retour au calme », plaçant au même niveau le groupe terroriste et l’État démocratique qui cherchait à se défendre, sans mentionner les milliers de roquettes tirées contre les civils israéliens. Le Président Macron, soucieux de ne pas donner l’impression que la position française était hostile à Israël, a demandé un rééquilibrage qui aura lieu le lendemain au Sénat, preuve de l’émergence de deux lignes distinctes entre le Quai d’Orsay et l’Élysée. Le chef de la diplomatie Jean-Yves le Drian a lui aussi abordé la question sous un angle particulièrement sensible. Il a mis en garde Israël contre « un risque d’apartheid » envers les populations arabes. Une prise de position qui a conduit le ministre des Affaires étrangères israélien à convoquer officiellement l’ambassadeur de France en Israël.

L’arrivée au pouvoir d’un nouveau gouvernement en Israël en juin 2021 pourrait cependant marquer un tournant dans les relations entre les deux pays, notamment car le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid a créé des liens d’amitié avec Emmanuel Macron lorsqu’il était venu en Israël en 2015.

Après les tensions créées par l’affaire Pegasus, une rencontre entre Emmanuel Macron et Naftali Bennett a eu lieu en marge de la COP26 à Glasgow le 1er novembre 2021. Les deux hommes, qui s’apprécient mutuellement, se seraient mis d’accord pour considérer que la crise était désormais derrière eux et « regarder vers l’avenir ». En recevant Yair Lapid à l’Élysée en cette fin novembre 2021, Emmanuel Macron joint le geste à la parole et envoie un signe encourageant à ses partenaires israéliens.

 

Crédit: MFA/Quentin Crestinu

De même, la position française sur le dossier du nucléaire iranien demeure ferme. En 2019 déjà, la France se disait « préoccupée » par les activités nucléaires de Téhéran. Depuis, l’enrichissement d’uranium atteint des niveaux particulièrement dangereux. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le régime des Mollahs a commencé le processus d’enrichissement de l’uranium de 20% avec des centrifugeuses avancées sur son installation de Fordo.

Malgré la reprise des négociations sur le JCPoA à la fin du mois de novembre, la France semble pessimiste. La porte-parole de la diplomatie française a indiqué que « les propositions présentées par l’Iran la semaine dernière ne constituent pas une base raisonnable et compatible avec l’objectif d’une conclusion rapide dans le respect des intérêts de tous ».

En déplacement dans les États du Golfe début décembre 2021, le Président Macron a suggéré qu’Israël soit à son tour partie prenante des discussions qui se déroulent à Vienne : « Il est important de réengager une dynamique un peu plus large et d’impliquer également les puissances régionales. Il est difficile de parvenir à un accord si les États du Golfe, Israël et tous ceux dont la sécurité est directement affectée, ne sont pas impliqués. » Une avancée non négligeable qui démontre une véritable prise de conscience des enjeux de la région sur laquelle il s’agira de capitaliser dans les mois à venir. La France comme les Émirats arabes unis avaient souligné l’importance des Accords d’Abraham, un an après la signature de ceux-ci en septembre 2021, lors de la visite du Cheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan à Paris, « car ceux-ci défendent une approche de tolérance et de coexistence dans la région ».

Ce renouveau pourrait également se profiler à l’échelle européenne. En juillet 2021, Yair Lapid a annoncé vouloir réorienter la politique européenne de Jérusalem vers « la vieille Europe », rompant avec les années Benyamin Netanyahou. L’ancien Premier ministre s’était tourné vers le Groupe Visegrad, quatre États d’Europe centrale (Pologne, Hongrie, Tchéquie et Slovaquie) aux régimes considérés comme nationalistes.

De plus, après avoir participé au programme européen « Horizon 2020 », et ainsi bénéficié des financements de l’Union européenne pour des projets de recherche et développement, Israël coopèrera avec l’Europe sur des projets consacrés au domaine spatial et à l’informatique quantique dans le cadre du programme « Horizon Europe » (période de programmation 2021-2027). L’État hébreu projette également de prendre part au programme « Europe Créative » soutenant les secteurs de la culture et de l’audiovisuel.

Désormais, les Israéliens espèrent que le Conseil d’association[4] créé en 1995, se réunira à nouveau après 8 ans d’arrêt. Début 2020, plus d’une centaine de personnalités politiques d’Europe et d’Israël avaient déploré que le Conseil n’ait pas tenu de réunion officielle depuis 2013 « malgré des défis urgents et des intérêts communs importants » et adressé un courrier à l’UE pour reprendre ses travaux. Malgré la campagne pour l’élection présidentielle, la présidence française du Conseil européen en janvier 2022 et la proximité entre Emmanuel Macron et Yair Lapid, pourrait être une véritable opportunité de relancer les échanges.

Au-delà de l’aspect purement diplomatique, la relation entre la France et Israël peut se mesurer sur le plan économique. Et sur cet axe, les analyses sont formelles. Comme le souligne la direction française du Trésor dans un document de mars 2020, « les échanges commerciaux entre la France et Israël ne sont pas à la mesure du poids économique de la France, ni du niveau de développement d’Israël. » Malgré l’augmentation conséquente des échanges en 2019 (+ 6,8%, à 2,84 milliards d’Euros), la signature de plusieurs accords avec de grandes entreprises françaises (SNCF, Alstom, EDF ou encore l’installation de Décathlon etc.) et l’implantation de 50 sociétés israéliennes en France, le pays reste depuis plusieurs années au 10ème rang des fournisseurs de l’État hébreu. Israël, de son côté, 16ème exportateur de services dans le monde, n’est que le 50ème fournisseur de l’Hexagone. La marge de progression reste donc immense. A ce titre, la crise sanitaire et ses suites, pourraient constituer de véritables tremplins pour l’émergence de nouvelles coopérations, notamment dans le domaine numérique.

 

Conclusion

On connaissait l’intérêt du ministre de l’Économie Emmanuel Macron pour « la startup nation ». Devenu Président de la République, les relations avec Israël ont été bousculées par des incompréhensions diplomatiques difficiles à surmonter, en particulier en temps de crise. Mais un espoir subsiste : l’arrivée au pouvoir de personnalités politiques réputées plus proches du président Macron tel que le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, pourrait changer la donne. Tous les regards se sont tournés vers l’Élysée en cette fin d’année, où le chef de la diplomatie israélienne en déplacement à Paris, a rencontré Emmanuel Macron.

Au cours de sa mission de deux ans en intérim, le précédent Chargé d’Affaires Daniel Saada s’était pleinement mobilisé pour relancer les relations bilatérales, très abîmées ces dernières années. Son action essentielle, notamment en période de conflit, mérite d’être saluée. Nous espérons vivement que cet élan va se poursuivre avec l’arrivée de la nouvelle ambassadrice de plein exercice à Paris, Yaël German, aussi bien sur le plan bilatéral qu’européen, alors même que la France s’apprête à prendre la présidence de l’Union européenne au mois de janvier prochain. Par ailleurs, les échanges économiques pourraient à leur tour monter en puissance et ouvrir de nouveaux champs de coopération fructueux.

Désormais, il s’agit également pour la diplomatie française d’emprunter un autre chemin. La France, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies qui incarne les droits de l’homme, doit cesser de voter presque automatiquement en faveur des résolutions onusiennes ciblant Israël comme ce fut le cas encore dernièrement sur le statut de Jérusalem. Au contraire, il est indispensable que Paris dénonce le traitement indigne subi par l’État hébreu, pays ami et allié nécessaire, en particulier dans la région du Moyen-Orient.

Porté par une ambition réformatrice qu’il a lui-même qualifiée de « disruptive », Emmanuel Macron a tenté tout au long de son mandat de faire bouger les lignes. Malgré sa volonté et ses efforts, l’évolution semble encore timide, presque inexistante. Le Président s’est heurté à une réalité complexe : la pandémie de Coronavirus ou encore les lourdeurs du Quai d’Orsay peuvent expliquer ses difficultés. Il reste désormais trois mois jusqu’aux élections pour envoyer un message fort et ainsi provoquer les changements qu’il souhaite. Nous suivrons donc avec la plus grande attention la campagne présidentielle et les développements qui pourraient en émerger.

 


[1] La French Tech Tel-Aviv rassemble une communauté de plus de 1000 entrepreneurs, investisseurs et employés Hi-tech dans l’écosystème Israélien, qui partagent l’ambition de créer des « ponts » entre les écosystèmes technologiques Français et Israéliens. https://lafrenchtech.com/fr/communaute/tel-aviv/

[2] Résolutions contre Israël : 2017 : 24, 2018 : 23, 2019 : 20, 2020 : 17. A la fin du mois de novembre 2021, 8 résolutions avaient été adoptées.

[3] Outre cette résolution sur le statut de Jérusalem, deux autres textes ont été adoptés à une écrasante majorité en décembre 2021 : le premier condamnait l’annexion par Israël du plateau du Golan, le second réclamait de plus importants efforts de la part des Israéliens et des Palestiniens en vue d’une résolution du conflit qui les oppose à travers l’adoption de la solution à deux États.

[4] L’accord d’association entre l’UE et Israël a été signé en 1995. Il entre en vigueur en 2000 et prévoit la création d’un conseil d’association au niveau ministériel supposé se réunir au moins une fois par an.