La bataille navale s’intensifie entre Israël et l’Iran (Marc Henry – Le Figaro)

Le sabotage d’un navire iranien dans le Golfe accroît le climat de tensions et pose la question de savoir jusqu’où les deux pays, qui s’affrontent déjà sur le front syrien ou au Liban, sont prêts à aller.

L’heure est plus que jamais à l’escalade dans la bataille navale que se livrent Israël et l’Iran dans le Golfe. Le dernier épisode en date des affrontements s’est produit mardi avec le sabotage d’un navire iranien dans le Golfe au large de l’Érythrée par une mine magnétique posée par un commando. Le bâtiment a été endommagé mais pas coulé.

Personne n’a revendiqué cette opération couverte par la censure militaire en Israël. Benny Gantz, le ministre de la Défense, s’est contenté d’affirmer que face à l’Iran, «la défensive n’est pas suffisante, nous devons mener des missions offensives et nous le ferons le mieux possible».

Un peu plus prolixe, le New York Times a précisé, en citant des sources américaines, que les États-Unis avaient été mis au courant avant l’attaque afin de permettre au porte-avions américain Eisenhower, qui croisait dans les parages, de s’éloigner.

Le général de réserve Assaf Orion, ancien chef de la division stratégique de l’armée israélienne, a pour sa part confirmé à la radio miliaire qu’Israël avait mené ces derniers temps «de nombreuses attaques contre des bateaux iraniens transportant du pétrole vers la Syrie où il est vendu».

Des dizaines de navires iraniens endommagés en deux ans et demi

«C’est le moyen que les Iraniens ont trouvé pour continuer à financer les activités du Hezbollah libanais, allié de Téhéran alors que les transferts de fonds par des banques sont pratiquement impossibles en raison des sanctions américaines», a ajouté le général Orion.

Depuis deux ans et demi, Israël, grâce à la Shayetet 13, l’unité d’élite de la marine spécialisée notamment dans le sabotage en pleine mer, aurait endommagé des dizaines de navires iraniens dans le Golfe et en Méditerranée, provoquant des dégâts estimés à plusieurs centaines de millions de dollars.

Après avoir encaissé cette série de coups durs sans broncher, les Iraniens ont commencé à réagir. Deux navires civils israéliens ont été la cible d’attaques et endommagés dans le Golfe en février et en mars.

Nervosité sur l’accord nucléaire

Toute la question est de savoir jusqu’où les deux pays qui s’affrontent déjà sur le front syrien ou au Liban autour du Hezbollah, sont prêts à aller. Seule certitude: une très grande nervosité est perceptible parmi les responsables israéliens avec la reprise même indirecte à Vienne des discussions entre Téhéran et Washington sur un possible retour des États-Unis de Joe Biden au sein de l’accord sur le nucléaire iranien, dont Donald Trump s’était retiré en 2018.

Pour le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, un tel scénario relève d’un cauchemar. Il a dénoncé en termes martiaux un tel rapprochement mardi à la veille des commémorations annuelles de la mémoire des victimes de la Shoah. «Nous devons agir contre ce régime iranien fanatique qui veut tout simplement nous effacer de la surface de la terre», a-t-il proclamé. Un ton qui pourrait bien présager d’une nouvelle montée de tension, y compris en mer.