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« Apartheid » en Israël : L’accusation mensongère d’Amnesty nous éloigne de la paix I Gilead Sher I L’Express

Le rapport d’Amnesty sur Israël n’a de rapport que le nom. Il s’agit bien plutôt d’un réquisitoire à charge, grossièrement manichéen et qui relève au fond de la pure calomnie. Israël se rendrait coupable du crime d’apartheid « depuis sa création en 1948 » nous dit Amnesty, qui réactualise ce faisant une vieille antienne antisioniste et reprend ainsi à son compte l’arsenal idéologique des pires ennemis d’Israël et de la paix. Car si Israël est coupable du crime d’apartheid depuis sa création, sa culpabilité est originelle. Il n’y a donc pas de place pour le compromis car une telle infamie ne se réforme pas mais se supprime. Il faut bien mesurer la violence symbolique que recèle une telle accusation. Elle vise tout simplement à délégitimer l’État juif en tant que tel.

Je suis un ardent partisan de la paix et d’une solution à deux États depuis trois décennies. J’ai participé activement aux négociations sur l’accord intérimaire israélo-palestinien signé en 1995 et aux pourparlers ultérieurs sur le statut permanent à Camp David puis à Taba, en 2000 et en 2001. J’ai été le négociateur en chef israélien du dernier accord formel jamais signé entre Israël et les Palestiniens, le mémorandum de Sharm el-Sheikh de septembre 1999. Je crois encore aujourd’hui qu’en dépit de tous les obstacles, occasions manquées, récits contradictoires et impasses, le partage du territoire entre le

Jourdain et la Méditerranée en deux États-nations est une absolue nécessité. C’est l’option la plus viable pour assurer l’avenir des quelque 14 millions d’Israéliens et de Palestiniens qui vivent sur cet étroit territoire. Israël garantirait ainsi son avenir en tant qu’État-nation démocratique du peuple juif à l’intérieur de frontières sûres et reconnues tandis que les Palestiniens réaliseraient leur droit à l’autodétermination politique.

Le rapport d’Amnesty ne contribue en rien à faire advenir cette solution pacifique. Bien au contraire, il nous en éloigne. En stigmatisant et en diabolisant Israël tout en exonérant les Palestiniens de toute responsabilité dans l’impasse actuelle, il aggrave la querelle israélo- palestinienne et attise les tensions.

Selon ce rapport, Israël mettrait en place une « oppression raciste institutionnalisée » privant « systématiquement les Palestiniens d’Israël de leurs droits ». Cette accusation est à la fois mensongère et grotesque.

Mon associé est un Arabe israélien et notre cabinet d’avocats porte son nom aux côtés du mien. Israël compte plus de deux millions de citoyens arabes. Ces « Palestiniens d’Israël » jouissent strictement des mêmes droits que leurs compatriotes juifs : participation aux élections locales et nationales, liberté de circuler, d’entreprendre, liberté d’expression et d’association, liberté de culte, accès au système de santé et égalité devant la justice. Si des discriminations persistent, de nombreuses études montrent qu’elles sont en net recul.

En effet, les citoyens arabes d’Israël sont représentés actuellement au gouvernement par un ministre et à la Knesset par des parlementaires appartenant à l’ensemble des formations politiques qui composent le paysage politique de mon pays. Ils occupent désormais des postes de direction dans tous les domaines de la vie publique. Les médecins, avocats, hauts fonctionnaires et chefs d’entreprise arabes israéliens sont légion. Aucun racisme d’État ne prévaut en Israël qui est une authentique démocratie. Il suffit de se promener dans les universités, les hôpitaux, les centres commerciaux ou les jardins publics pour mesurer l’énormité du mensonge éhonté véhiculé par le rapport d’Amnesty.

L’affrontement de deux nationalismes

Il va sans dire qu’Israël peut et doit être critiqué. Je suis le premier à admettre que mon gouvernement et la société dont je fais partie auraient pu être plus proactifs et constants dans la recherche d’un accord négocié. Néanmoins, les Palestiniens portent leur propre part de responsabilité. Leur leadership a systématiquement rejeté les offres de compromis territoriaux et de retraits négociés proposés par Israël, notamment et pour n’en nommer que quelques-unes, lorsque Ehoud Barak et Ehoud Olmert étaient Premiers ministres et lorsque le Secrétaire d’État John Kerry et les Présidents Bill Clinton et George W. Bush étaient aux affaires. Une solution permanente négociée aurait pourtant mis fin à l’occupation, à l’issue d’une série de phases de transition, d’accords intérimaires et de mesures constructives.

Par ailleurs, ce rapport passe sous silence l’utilisation récurrente par des groupes radicaux palestiniens du terrorisme contre les civils israéliens fauchés par des missiles et roquettes tirés depuis Gaza, tués par des bombes inhumaines qui ont explosé dans les bus, les cafés et les restaurants pendant la seconde Intifada ou assassinés à coups de couteau en pleine rue. Curieusement, l’expression terrorisme palestinien n’apparaît pas une seule fois dans ce rapport de 278 pages démontrant s’il le fallait la vision pour le moins sélective et profondément anti-israélienne d’Amnesty.

S’agissant désormais de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, la majorité de la population palestinienne qui y vit n’est pas administrée par Israël mais par l’Autorité palestinienne en Cisjordanie et le Hamas – une organisation terroriste reconnue comme telle par la communauté internationale – à Gaza. Cette fragmentation territoriale n’a pas été créée par Israël. Elle est le fruit de la guerre intestine à laquelle se livrent les frères ennemis palestiniens, le Hamas et le Fatah.

Par ailleurs, Israël s’est désengagé unilatéralement de la bande de Gaza en 2005. Le Premier ministre d’alors, Ariel Sharon, a procédé à l’évacuation de 8 500 juifs israéliens de leurs foyers et, depuis août 2005, l’armée israélienne a évacué la totalité de la bande de Gaza. Or c’est depuis ce territoire que sont tirés à intervalles réguliers des roquettes et des missiles sur le Sud et le centre d’Israël.

Une solution à deux États toujours indispensable

Par conséquent, l’application du qualificatif infamant d’apartheid à la situation qui règne en Cisjordanie et à Gaza n’a pas plus de sens qu’en Israël stricto sensu. Elle fait fi du contexte belligène et de la nature du conflit séculaire qui oppose les Palestiniens à Israël : un conflit politico-territorial qui n’a rien à voir avec un quelconque racisme mais tout à voir avec l’affrontement de deux nationalismes qui revendiquent les mêmes droits sur le même territoire.

La grande majorité des Israéliens et des Palestiniens aspirent à une vie normale et paisible. Les extrémistes des deux côtés nourrissent cependant la haine et promeuvent dans les faits le paradigme de l’État unique qui serait un désastre pour les Israéliens comme pour les Palestiniens.

Ce conflit peut être résolu. Pour surmonter les difficultés, il est essentiel de favoriser une culture de paix afin de préparer le terrain à l’émergence, le moment venu, d’une solution à deux États. Il est de ce point de vue impératif de ne pas fermer les yeux sur la violence et les injustices commises par les fondamentalistes et les extrémistes des deux camps. Le rapport biaisé d’Amnesty International fait exactement le contraire. J’invite les authentiques partisans d’une solution à deux Etats à encourager ceux qui sur le terrain font preuve de pragmatisme, de ténacité et de courage politique pour construire un autre avenir que celui du rejet et de la haine, un avenir de paix et de réconciliation.

L’avocat Gilead Sher, ancien Directeur de cabinet et coordinateur politique du Premier ministre israélien Ehoud Barak et principal négociateur de la paix, est un chercheur associé de la Chaire Brochstein pour la Paix et la Sécurité créée en l’honneur d’Yitzhak Rabin à l’Institut Baker de Politique publique de l’Université Rice à Houston, Texas.