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ANALYSE ÉLECTORALE DU SECOND TOUR DES ÉLECTIONS MUNICIPALES

Dans plus de 31 000 communes — soit près de 90 % des municipalités — le scrutin a été plié dès l’ouverture des enveloppes au 1er tour, souvent faute de concurrence ou par la reconduction immédiate de maires sortants (la plupart sans étiquette dans les villages et communes rurales). Ce dénouement précoce signifie que sur les 48,7 millions d’électeurs inscrits, environ 32 millions n’avaient plus à se rendre aux urnes pour le second tour, leur conseil municipal étant déjà au complet. Le 22 mars ne concernait donc qu’un « archipel » de 1 580 communes en ballottage, mais c’est précisément dans ce périmètre restreint, où se concentrent les plus grandes métropoles et les enjeux de pouvoir les plus inflammables, que les stratégies d’alliances les plus opportunistes ont vu le jour.

 

1.Les chiffres saillants du second tour et l’évolution par rapport à 2020

Sur environ 9,8 millions de suffrages exprimés au second tour, soit 57.7% de participation :

 

 

 

 

 

2.Répartition des villes : Les grandes métropoles pour la gauche socialiste et écologiste, les villes moyennes pour la droite, les villes périphériques pour le RN et la percée de LFI dans les banlieues et les conseils municipaux des métropoles.

Le paysage municipal traduit l’archipellisation territoriale de la société française et une sociologie électorale marquée :

 

 

 

 

 

Seul, LFI s’impose nettement à Roubaix ainsi que dans les banlieues des métropoles, dont Saint-Denis, La Courneuve, Sarcelles ou Le Blanc-Mesnil, où la sociologie électorale est marquée par une très forte abstention (62,5% à Roubaix, 58% à Saint-Denis). L’approche ethno-représentative adoptée par LFI dans ces banlieues, actant la fin du « porte-parolat » que Rima Hassan appelait de ses vœux, a fonctionné avec des élections très nettes bien que peu représentatives sur le plan purement électoral (très fortes abstentions).

Carte définitive des résultats du second tour publiée par Le Monde

 

 

3.Des stratégies électorales opportunistes d’entre-deux-tours qui varient selon les circonstances locales particulières 

Le second tour des municipales de 2026 restera comme le laboratoire d’un opportunisme électoral asymétrique. La gauche, fragmentée au premier tour, a opéré des choix de fusion avec La France Insoumise (LFI) dans la plupart de ses bastions métropolitains, dictés non par une cohérence idéologique nationale, mais par une arithmétique de survie locale.

 

1. L’alliance par nécessité : Une stratégie de « supplétif », LFI en appui à la gauche

Dans plusieurs métropoles, la gauche dite municipale (PS/EELV) a intégré LFI comme force d’appoint pour sécuriser une victoire ou compenser une érosion du bloc central. Cette stratégie a été payante là où LFI a accepté une position de partenaire minoritaire derrière une figure social-démocrate ou écologiste installée :

À l’inverse, à Paris (Emmanuel Grégoire) et Marseille (Benoît Payan), la puissance des maires sortants, la configuration sociologie électorale, les stratégies de campagne (communautariste pour le maire de Marseille) et la dynamique propre de leurs listes (intégration dans la liste de gauche à Paris de certains transfuges de la France insoumise) leur ont permis de se passer d’une alliance formelle ou contraignante avec LFI, préservant ainsi leur image de « gauche de responsabilité » auprès des classes moyennes. Même cas à Rennes ou à Lille, où les socialistes étaient en ballotage direct avec les Insoumis au second tour dans des triangulaires, et se sont facilement imposés.

 

2. L’effet « Épouvantail » : Quand l’alliance s’avère perdante

La stratégie d’union a produit un effet inverse là où elle a été perçue comme un basculement vers la radicalité et la compromission. L’intégration de LFI (et parfois du NPA) a agi comme un catalyseur pour l’électorat modéré, provoquant un réflexe de défense républicaine au profit de la droite :

 

3. Cas pratique : Le « Modèle Toulousain » ou le front anti-LFI

Toulouse constitue une anomalie politique majeure : quatrième ville de France, traditionnellement ancrée à gauche lors des scrutins nationaux, elle demeure la seule des vingt plus grandes agglomérations (hors le cas particulier de Nice-UDR) dirigée par la droite traditionnelle (LR).

La mécanique de l’explosion du vote Moudenc : Le second tour a été marqué par une mobilisation exceptionnelle dite « de protection ». Face à la liste de François Piquemal (LFI-PS-NPA), Jean-Luc Moudenc a opéré une spectaculaire remontée :

  1. Explosion du volume : Passant de 58 500 voix au premier tour à 92 152 voix au second, Moudenc a largement augmenté son capital, sans disposer pourtant d’une réserve électorale importante (faiblesse du RN à Toulouse, pas de candidat macroniste).
  2. Le report des « Orphelins » : Il a capté la quasi-totalité des voix du bloc central et, fait crucial, une part significative des électeurs socialistes modérés horrifiés par la perspective d’une mairie sous influence insoumise et anticapitaliste, dans une ville où l’innovation et l’industrie comptent, tout autant que la mémoire face à l’islamisme
  3. Le Paradoxe des Chiffres : Si la gauche unie réalise 47 % (un niveau jamais atteint pour une liste incluant LFI à Toulouse), elle échoue car elle a provoqué, par sa composition, la réunion de toutes les autres forces politiques contre elle.

 

4. Quelles leçons pour 2027 ?

Les municipales de 2026 ont servi de répétition générale : la politique n’est pas tant une affaire de principes, mais une activité sociale de la conquête du pouvoir, définie par sa nature conflictuelle (Julian Freund). Si le second tour de la présidentielle semble promis au Rassemblement national, l’identité de son adversaire et les alliances qui en découleront redéfinissent l’avenir de la France.
D’autant plus que le seuil de qualification pour le second tour risque d’être très faible en 2027, à l’instar de 2002 (entre 13 et 20%), ouvrant un panel de possibilités importantes pour la victoire finale.
De plus, le candidat arrivé deuxième affrontera un Rassemblement national déjà battu trois fois dans cette configuration « de mode de scrutin uninominal majoritaire à deux tours » qu’est l’élection présidentielle. Avec seulement deux candidats qualifiés au second tour (pas de triangulaire possible), le RN devra, pour l’emporter, réunir plus de 50% des voix au second tour, ce qu’il n’a jamais réussi à l’échelle nationale.

Rappelons par ailleurs que ce mode de scrutin avait, dès 1962 et l’instauration de l’élection présidentielle au suffrage universel, pour objectif de marginaliser les partis dits tribuniciens (PCF à l’époque). Qualifié au second tour, le RN a jusque-là toujours été assez largement battu, en 2002, 2017 et 2022, suscitant un vote de rejet plus ou moins massif.
Néanmoins, la base du RN (35% crédités dans tous les derniers sondages) n’a jamais été aussi importante. Relativement dédiabolisé, il reste l’un des principaux favoris de l’élection 2027, d’autant plus dans une configuration de duel face à Jean-Luc Mélenchon, épouvantail rejeté par les Français (12% d’opinions positives, ELABE), voire même face à la gauche socialiste.

 

1. La Gauche : L’Union quoi qu’il en coûte

Le scrutin municipal a validé un axiome : la gauche se rangera derrière le plus fort, quel qu’il soit. Les fusions « scélérates » de l’entre-deux-tours (Lyon, Toulouse, Nantes) prouvent que l’étiquette LFI n’est pas et n’a jamais été un obstacle rédhibitoire pour le PS ou les Écologistes, dès lors que le pouvoir est à portée de main. Derrière la comédie « anti-LFI », l’adversaire de la gauche reste, de façon tautologique, la droite, le libéralisme économique et la politique régalienne d’autorité, notamment en matière d’immigration. À l’opposition de façade contre LFI se substitue une autre comédie, celle de « l’antifascisme », pour justifier l’unité de la gauche au second tour, comme on l’a vu à Toulouse ou ailleurs face à des candidats de droite.

 

 

 

2. Le Duel LFI / RN : Le scénario de la rupture des cordons sanitaires.

Si aucune ville n’a offert un duel pur LFI / RN en 2026, la présidentielle pourrait l’imposer. Dans cette configuration :

 

3. La Droite et le Centre : La stratégie du recours

La division entre les héritiers du macronisme (Édouard Philippe) et la droite républicaine (LR) au premier tour est une quasi-certitude.

La stratégie de second tour dépendra de l’ordre d’arrivée :

 

 

4. Le pivot : Une candidature unique allant du Centre à la Droite

Pour éviter l’effritement de l’électorat modéré, l’hypothèse d’une candidature unique de la droite et du centre s’impose comme un ultime rempart : c’est le souhait porté par Laurent Wauquiez et David Lisnard, celui d’une primaire « allant de Gabriel Attal à Sarah Knafo ».
Dans ce scénario, les Républicains (LR), les composantes du centre (Horizons, MoDem), voire Reconquête actent une alliance de raison dès le premier tour autour du candidat choisi lors de la primaire ouverte. Ce dernier dispose alors d’une chance majeure de se qualifier au second tour puis de gagner l’élection.
Néanmoins, de nombreux obstacles viennent heurter ce scénario : celui de la trop grande amplitude de candidats, qui refuseront de se ranger en bloc sur le candidat choisi à l’issue de la primaire. Une primaire nécessite par nature une forme de consentement et un socle commun de valeurs politiques, ce qui n’existe assurément pas entre l’ensemble des candidats proposés.
Le risque d’une telle manœuvre serait le déversement d’une partie de l’électorat « battu » durant la primaire vers le candidat « aux pôles » (Glucksmann du côté centriste (exemple à Paris avec une partie importante de l’électorat de Bournazel déversé sur Grégoire), Bardella du côté le plus droitier).

Enfin, le principe de réalité appelle la lucidité : ni Edouard Philippe, ni Bruno Retailleau ne s’accordent sur une primaire pour désigner un candidat unique de la droite et du centre. Ils ont d’ores-et-déjà annoncé et réaffirmé leur candidature, tout comme Éric Zemmour, figure d’épouvantail siphonnant des voix de l’électorat de droite, et David Lisnard.

L’exemple parisien : Le spectre de la division

Cette stratégie d’union est désormais dictée par la peur d’un « syndrome parisien ». À Paris, les échecs passés de la droite et du centre illustrent parfaitement ce risque : la multiplication des listes (souvent nées de rivalités personnelles entre figures de proue) a historiquement conduit à une dispersion des voix, offrant la victoire sur un plateau à la gauche.
La pseudo union de fortune d’entre-deux-tours à Paris, résultat de la fusion des listes de Bournazel et de Dati (à laquelle le candidat d’Edouard Philippe ne faisait finalement plus partie), et du retrait de celle de Knafo, n’a pas permis à Rachida Dati de rattraper son retard du premier tour. Partir divisé ne se rattraperait donc pas, bien que l’élection présidentielle revêt des rapports de force électoraux bien différents que ceux de Paris, capitale où la gauche est électoralement sur-représentée par rapport au reste du pays.