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Les Accords d’Abraham : une promesse de paix pour le monde

Lundi 2 mai 2022, ELNET et le Campus francophone du Collège académique de Netanya organisait un colloque inédit au Sénat intitulé « Les Accords d’Abraham : une promesse de paix pour le monde », sous le haut patronage du Président Gérard Larcher, et le parrainage du vice-président Roger Karoutchi, également Président du groupe d’amitié France-Israël, et du sénateur Olivier Cadic, Président du groupe d’amitié France – Pays du Golfe.

Pendant quatre heures, 25 intervenants de haut niveau venant de France, d’Israël, et du Moyen-Orient se sont succédés pour discuter des perspectives créées par ces accords et d’ores et déjà évaluer leur impact. Parmi les intervenants présents, Tzachi Hanegbi, ancien Ministre de la Coopération régionale d’Israël, le Dr Emmanuel Navon, professeur de relations internationales, S.E. Xavier Chatel, Ambassadeur de France aux Emirats arabes unis, Robert Greenway, Président et Directeur exécutif du Abraham Accords Peace Institute, S.E. Shaikh Khalifa bin Ahmed Al Khalifa, Ambassadeur du Bahreïn en France…

OUVERTURE

Le vice-Président du Sénat Roger Karoutchi a ouvert le colloque en déclarant que la conclusion des Accords d’Abraham était le fruit d’un long travail de rapprochement entre les différents États concernés, et d’une conjoncture politique exceptionnelle. Selon lui, du fait de ses activités de diplomatie parlementaire, le Sénat apparaissait comme un choix naturel pour organiser un événement consacré à des traités devant permettre de promouvoir la paix et la prospérité entre l’État d’Israël et les États arabes.

Il a ensuite replacé dans leur contexte les accords. Il est incontestable que le désengagement progressif des États-Unis de la région a poussé les États concernés à construire, ensemble, les fondations d’un partenariat pragmatique face à des défis sécuritaires communs. La menace imminente de l’achèvement du programme nucléaire iranien a sans doute favorisé le rapprochement entre des pays autrefois hostiles ou rivaux. Alors que notre monde connaît de nombreuses zones de tensions, ces accords sont un espoir pour une voie diplomatique et légaliste, attachée au dialogue et au respect du droit international, qu’a toujours promue la France. Ils posent les jalons d’une normalisation des relations d’Israël avec les pays arabes. Cette dynamique s’inscrit d’ailleurs dans la tradition diplomatique de la France dans la région, qui se veut être un médiateur dans la résolution des conflits régionaux, tel que celui opposant l’Arabie Saoudite à l’Iran ou Israël à la Palestine.

Roger Karoutchi a rappelé que l’expérience européenne des 70 dernières années nous a prouvé que l’interdépendance économique, mais également les coopérations en matière scientifique, technique et culturelle, permettaient de surmonter des contentieux historiques et de promouvoir des solutions pacifiques et durables.

Deux ans après leur signature, de multiples réalisations ont vu le jour, dépassant déjà les espoirs suscités lors de leur annonce. Il suffit d’observer la progression des échanges commerciaux entre Israël et les Émirats arabes unis, qui ont atteint 600 millions de dollars au seul premier semestre 2021. L’ouverture des relations diplomatiques entre Israël et les pays arabes a également permis un développement des coopérations industrielles et technologiques, à l’image de l’accord en matière de cybersécurité entre le Maroc et Israël.

Loin d’être figés, les accords d’Abraham ont considérablement enrichi leur volet économique et se sont dotés d’un volet militaire. En mars dernier, la signature d’accords de libre-échange entre Tel Aviv et Abou Dhabi, ainsi que la formation d’une alliance militaire avec les pays signataires du traité, ont créé une dynamique vertueuse dans la région qui incitera, espère Roger Karoutchi, d’autres pays à rejoindre rapidement cette union régionale.

INTRODUCTION

La parole a ensuite été donnée aux organisateurs du colloque. Dr Arié Bensemhoun, directeur exécutif d’ELNET France, a défini les Accords d’Abraham comme une « révolution copernicienne » dont l’Europe n’a pas encore pris la mesure. Selon lui, il y a une opportunité incroyable de relancer tous les processus de paix, et il a émis le vœu que les parlements français créent un caucus* dédié aux accords, en assurant leur promotion.

La Présidente du Campus francophone du Collège académique de Netanya, Claude Grundman, a souligné l’importance du moment, à l’heure où Israël commémorait la Shoah. Les Accords d’Abraham constituent « un rêve un peu fou » à qui il faut donner davantage de corps. Ils doivent être porteurs de sérénité.

GRAND TEMOIN : Tzachi Hanegbi

Tzachi Hanegbi, ancien Ministre de la Coopération régionale et parlementaire, a commencé son propos en reconnaissant que les Accords d’Abraham n’appartiennent pas qu’à Israël et aux Etats-Unis : la France doit y être associée.

Il est revenu sur l’histoire de la tragédie du Moyen-Orient en évoquant ses souvenirs d’enfance et de jeunesse, marquées par les différentes guerres opposant Israël à ses voisins arabes. Lors de la Guerre des Six jours, tous les hommes avaient été réquisitionnés, laissant les femmes seules auprès des enfants. Les bombardements dans Tel Aviv ne présumaient rien du futur accord de paix avec l’Egypte dix ans plus tard (en 1978) : personne ne pouvait y croire sur le moment.  Il en allait de même pour la guerre de Kippour en 1973. Selon lui, la guerre n’est pas une question d’héroïsme ou de victoire mais de pertes humaines, c’est ce qui a fini par convaincre les dirigeants d’opter en faveur de la paix. Le discours de Saddate à la Knesset en 1978 l’a convaincu que l’avenir ne pouvait être que la paix et la sécurité pour la région. En 1982, sa première expérience de guerre en tant que parachutiste au Liban, l’a profondément marqué et confirmé dans l’idée que l’histoire ne peut être changée que grâce à des dirigeants courageux. Les accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie, suspects aux yeux des peuples, ont cependant connu un nouvel essor avec les Accords d’Abraham puisque les retombées profitent à tous les acteurs de la région. Un début de coopération avant même la signature de ces Accords commençait à se faire du temps de son mandat de Ministre de la Coopération régionale d’Israël entre 2016 et 2020. Selon Tzachi Hanegbi, il n’y a pas de limite à cette coopération, elle n’en est qu’à son tout début. Il en va de l’engagement personnel de chacun pour la poursuivre et l’entretenir.

PANEL 1 : CHRONIQUE D’UN RAPPROCHEMENT HISTORIQUE

S.E. Dr. Ali Rashid Al Nuaimi, Président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Conseil national des Émirats arabes unis, s’est exprimé dans une vidéo dans laquelle il a rappelé les enjeux que constituent les Accords d’Abraham. Aux Emirats, ils sont perçus comme un agent du changement au Moyen-Orient. Dans une région qui a souffert de nombreuses guerres, de la haine, du terrorisme, il était nécessaire de trouver une solution « hors des sentiers battus ». Les EAU ont pris l’initiative de cette décision courageuse qu’est la normalisation car ils ont compris que la paix servirait les intérêts de tous dans la région. S.E. Dr. Ali Rashid Al Nuaimi a appelé les Européens à s’impliquer davantage et à inciter d’autres pays arabes à rejoindre les Accords d’Abraham. La stabilité, la sécurité et la prospérité du Moyen-Orient en dépendent. Tout ce qui menace cette région a une incidence sur l’Europe.

INTRODUCTION

Le sénateur Olivier Cadic a introduit la première table ronde en rappelant que les Accords d’Abraham officialisent des relations plus anciennes mais peu visibles entre les pays signataires, souvent portées par des intermédiaires, américains notamment. Ainsi par exemple, les Émirats arabes unis entretenaient avec Israël des relations tacites dans plusieurs domaines, notamment militaire, diplomatique, scientifique ou sanitaire.

N’y a-t-il pas là un basculement de considérations purement géopolitiques et sécuritaires, à une normalisation motivée par des intérêts économiques partagés, ainsi que par la volonté d’une coopération technologique accrue ?, s’est-il interrogé. Il convient, selon lui d’analyser quels facteurs explicatifs (désengagement américain, montée en puissance de la menace iranienne…) se trouvent derrière cette accélération, et surtout cette officialisation, du rapprochement entre l’État hébreu et certains pays du monde arabe.

Une fois ces éléments fondateurs posés, il faut de comprendre quel rôle l’Union européenne, ses États-membres, et singulièrement la France, pourront jouer afin de rendre ces accords réellement opérants et de leur faire atteindre leurs objectifs, à savoir la pacification durable des relations entre les pays signataires et le développement de leurs échanges économiques. À l’heure du désengagement des États-Unis du Moyen-Orient et du basculement de leurs priorités vers la zone indo-pacifique et la Chine, qui laissent les acteurs locaux dans l’incertitude, sans doute y-a-t-il, pour l’Union européenne et la France, qui en assure la présidence pendant encore deux mois, une « carte à jouer » dans la recomposition des logiques régionales en vue de trouver un équilibre et une paix de long termes entre les différents acteurs impliqués, mais plus encore, une véritable coopération dans de nombreux domaines.

Claude Grundman, Présidente du Campus francophone du Collège académique de Netanya, a modéré cette table ronde qui réunissait Robert Greenway, Président et Directeur exécutif du Abraham Accords Peace Institute, Youssef Chiheb, Professeur des universités, et le Dr. Emmanuel Navon, Professeur de relations internationales à l’Université de Tel Aviv

Robert Greenway a évoqué l’impact de ces accords, avec l’espoir qu’ils se déploient davantage dans la région. Il a affirmé qu’une nouvelle approche était nécessaire et l’administration américaine s’y est grandement impliquée, appuyée par des hommes d’affaires qui avaient une vision différente des relations internationales. La vision et le leadership des instigateurs des accords ont été importants. Tous les pays ont eu un rôle décisif. Beaucoup de travaux ont mené à ce résultat. L’accord avec le Maroc a été discuté pendant 18 mois. L’accord avec les EAU a pris un an.

Il a par ailleurs expliqué que deux approches pouvaient s’observer dans la région : une « approche destructrice » (faire face à la menace causée par ISIS et par l’Iran) à laquelle il fallait opposer une « approche constructive ». Pour Robert Greenway, les Accords d’Abraham ont établi une architecture de sécurité durable au Moyen-Orient et permettent la normalisation des relations entre Israël et ses voisins.

Dans les années à venir, de nombreux défis se présenteront dans la région c’est pourquoi il est impératif d’élargir et de renforcer les relations entre les partenaires.

Le Professeur Youssef Chiheb, d’origine marocaine, a évoqué les Accords dans ses trois dimensions : le passé, le présent et le futur. Il considère que la normalisation avec le Maroc n’est pas une normalisation comme les autres. Les autres pays (Egypte, Jordanie), avaient des conflits territoriaux, étaient en guerre, avaient une proximité géographique (Bahreïn, EAU). Le Maroc est loin géographiquement et n’avait pas de conflit, au contraire. L’histoire du judaïsme au Maroc est une exception dans le monde arabe (par l’histoire, la démographie, le statut juridique des compatriotes juifs)

Les négociations ont été entamées secrètement au Maroc sous l’égide du feu roi Hassan II. Les rois suivants y ont également pris part. Ce processus de rapprochement est devenu vital compte tenu de l’instabilité que connaît le monde. Israël et le Maroc ont des ennemis communs : Iran, nucléaire, Hamas, Hezbollah, al Qassam… et dans cette perspective, les accords apportent une réponse sécuritaire.

Pour Youssef Chiheb, il convient désormais de renforcer plusieurs axes de coopération et surtout sortir de la normalisation pour ouvrir une ouverture d’Israël à Rabah et une  ambassade du Maroc en Israël.

Israël n’est pas un ennemi et est un partenaire majeur, a-t-il poursuivi. Seule une meilleure coordination permettra de contrer les menaces. De plus, le Maroc doit amener Israël et Palestiniens à la table des négociations sans parler de polémiques artificielles comme le statut de Jérusalem. Il estime par ailleurs que pour des raisons sécuritaires, la ville sainte doit rester sous souveraineté israélienne.

Enfin, Youssef Chiheb pense qu’il faut accélérer la coopération stratégique sur la question de l’eau – l’expertise israélienne dans ce domaine doit se déployer au Maroc (notamment), et la question des énergies renouvelables et du gaz. Il faut aussi accélérer la coopération dans le renseignement car la menace islamiste est prégnante, et la coopération militaire et le transfert de technologie.

En conclusion, il suggère la création d’un marché commun entre les pays signataires.

Le Dr. Emmanuel Navon a apporté une perspective stratégique et géopolitique à l’analyse des Accords d’Abraham. Selon lui, Israël a changé de stratégie. Dans les années 60, Ben Gourion avait développé avec succès l’alliance de la périphérie avec les pays non arabes. A l’époque Israël, l’Iran et Turquie avaient des intérêts sécuritaires communs, notamment le nassérisme et la menace soviétique. Cette alliance est partie en désuétude et les relations se sont dégradées avec ces pays.

Israël a aujourd’hui inversé sa périphérie en s’alliant avec le monde arabe contre l’Iran dont l’ambition hégémonique inquiète les pays du Golfe.

Dans ce jeu d’alliances, l’énergie joue aussi un rôle central. Nous sommes dans l’ère post-pétrolière, a assuré le Dr. Navon qui impose aux pays rentiers de diversifier l’économie et d’introduire de la technologie. C’est pour cela que l’intérêt pour Israël est important.

On observe d’autre part une alliance inversée avec la Grèce qui est considérée comme un partenaire stratégique alors qu’elle n’était pas un allié. La Grèce a besoin du partenariat Chypre-Israël, ce qui explique également l’attitude d’Erdogan qui opère un rapprochement avec l’Etat hébreu.

Les Accords d’Abraham sont une « révolution copernicienne », la paix s’est établie au sein de la société civile. Il pense enfin que l’Europe et la France doivent y apporter leur contribution.

GRAND TEMOIN: Ruth Wasserman Lande

Selon Ruth Wasserman Lande, parlementaire et Présidente du groupe de travail sur les Accords d’Abraham à la Knesset, les efforts des Egyptiens et des Jordaniens pour apaiser les tensions sur le Mont du Temple aux côtés des nouveaux alliés arabes d’Israël est la preuve du renversement de l’ordre régional existant. Si les accords ont fait beaucoup pour ouvrir de nouvelles fenêtres d’opportunités, ils ont aussi créé une tribune pour lutter contre les menaces régionales. L’Egypte n‘est plus le seul pays arabe musulman à coopérer ouvertement avec Israël et à lutter activement contre l’antisémitisme et l’antisionisme, ce qu’elle rechignait à faire jusqu’à présent, malgré l’accord de paix de 1978. Le début d’une prise de conscience s’opère : ces Accords servent les intérêts du gouvernement actuel contre les frères musulmans et l’extrémisme intérieur. Les autres Etats musulmans ont reconnu implicitement la liberté de culte permise par Israël en ne condamnant pas l’Etat hébreu par rapport aux tensions sur le Mont du Temple. 100 000 fidèles prient sur le site, preuve irréfutable que la rhétorique de l’Iran, du Hamas et des frères musulmans, « les trois impies » n’a plus de prise sur eux. Si les médias internationaux tombent encore dans ce piège, les dirigeants du cercle abrahamique ne sont pas dupes et comprennent clairement que cette nouvelle alliance est plus pertinente et doit l’emporter face au risque de succomber à l’instabilité et au terrorisme.

Ruth Wasserman Lande a conclu son propos en faisant cinq recommandations. Selon elle, l’Europe devrait créer un comité directeur pour superviser les implications relatives aux Accords ; s’inspirer du modèle israélien et américain en créant un groupe parlementaire pro-Accords au Parlement européen; la rhétorique des médias doit cesser d’être populiste, au même titre que les Jordaniens doivent comprendre qu’ils sont les gardiens officiels des lieux saints de Jérusalem et non le Hamas. Les médias internationaux devraient avoir l’accès libre à la mosquée du Mont du Temple pour constater le désordre qui y règne en période de Ramadan. Enfin, les forces de la cohésion du bien doivent se rassembler car la coopération est une recette gagnante : du côté des forces politiques israéliennes comme de la communauté contre le Hamas, l’Iran et les frères musulmans. L’administration américaine doit adopter une position plus ferme par rapport à ces derniers.

GRAND TEMOIN  – Yaacov Hagoel

Yaacov Hagoel, Président de l’exécutif de l’Organisation sioniste mondiale a replacé les Accords d’Abraham dans le contexte de l’anniversaire de l’Etat d’Israël qui fête les 74 ans de son indépendance. Ces dernières décennies, a-t-il dit, un narratif s’est imposé selon lequel la paix régionale et la reconnaissance de l’Etat d’Israël par les pays arabes, ne pouvait seulement passer que par la paix avec les Palestiniens, or les Accords d’Abraham prouvent le contraire. Ils ciblent les intérêts communs des peuples et des nations. Les coopérations entre les pays aux niveaux économique, technologique, biotechnologique, du tourisme et de la sécurité, offrent une opportunité de paix stable et forte, dont toutes les parties bénéficient. Elles permettent à Israël de renforcer son économie, de mélanger les cultures et construire une véritable alliance, dont il y a quelques années, nous ne pouvions que rêver.

A l’heure où des combats militaires entre Etats prennent place sur le sol européen, on ne peut qu’être inspiré par la capacité de trouver un terrain d’entente et une interdépendance entre les parties, a conclu Yaacov Hagoel.

PANEL 2 : CONTENU ET DISPOSITIONS DES ACCORDS D’ABRAHAM

Dr. Arié Bensemhoun, Directeur exécutif d’ELNET France, a introduit la table ronde consacrée au contenu et aux dispositions des Accords d’Abraham.

Jonathan Medved, fondateur et dirigeant d’OurCrowd, a commencé par souligner l’importance incontestable au niveau historique de ces Accords. Il y avait 300 à 400 000 touristes israéliens dans les pays du Golfe juste après la signature. Au niveau économique, ces Accords signent la fin du « rideau de sable » au Moyen-Orient : aucun retour en arrière n’est possible. Cette nouvelle dynamique contagieuse ne peut que s’élargir à de nouveaux partenaires, des signes au Liban se sont manifestés à cet égard. Un rôle multilatéral s’impose, au niveau de l’UE notamment. L’heure est à un plan Marshall pour soutenir ces Accords en investissant significativement, à l’image des investissements faits pour soutenir l’économie post-pandémie. Des milliards de dollars peuvent cimenter cette réconciliation en l’élargissant au-delà de la sphère régionale. La cybersécurité, la sécurité alimentaire et tant d’autres domaines sont au cœur de ces Accords et concernent la communauté internationale dans son ensemble. OurCrowd fait figure de pionnier en ayant investi largement dans les pays arabes signataires. 

Dr. Tajeddine Seif, Ambassadeur de la fondation pontificale Gravissimum Educationis aux Emirats arabes unis, a insisté sur l’importance du dialogue interreligieux et de l’éducation pour rassembler les hommes entre eux, à l’image de la fondation qui rassemble plus d’un million d’étudiants de toute confession dans les établissements qu’elle gère. Les Emirats arabes unis ont été les premiers à remettre sur le devant de la scène la notion de tolérance, si chère au Pape et ardemment défendue par les dirigeants émiratis, comme moteur de l’éducation. La prévention des conflits au niveau international passe par la coopération internationale dans ce domaine. 

Nirit Ofir, chercheuse à l’Université de Haïfa, a présenté les implications concrètes de ces Accords au travers du domaine éducatif. En 2014, la création du projet « Shams » avait déjà permis de réunir des étudiants israéliens et arabes, certains issus des frères musulmans, au sein de séminaires. En s’appuyant sur des systèmes de formation qui visent les populations les plus défavorisées pour les familiariser avec les questions de cybersécurité, de technologie et d’informatique, des passerelles ont ainsi été établies entre les populations et les institutions (Tsahal, par exemple). Des centres d’excellence ont été créés pour mettre en lien la recherche et l’enseignement, le secteur public et le secteur privé. L’éducation a la cybersécurité, entre autres, permet de soutenir l’innovation qui est au cœur de ces Accords, en impliquant les forces vives des pays signataires que sont les les étudiants, grâce au transfert des connaissances et des compétences.

Efi Stenzler, ancien Président du KKL, a axé son propos sur la question écologique et sur la problématique de l’eau, centrale pour Israël et les pays des Accords d’Abraham puisque ces derniers sont des territoires en majorité désertique. Israël a très vite innové avec le recyclage de l’eau ou la désalinisation de l’eau de mer par exemple, faisant ainsi figure de modèle et de pionnier pour le Moyen Orient mais aussi le monde, grâce à de nombreuses techniques et technologies qui ont transformé en cent ans le pays, en optant également pour le reboisement. Prenant comme exemple la Californie, frappée de plein fouet par la sécheresse et les feux de forêt, et la nécessité de repenser l’usage et la gestion de l’eau potable, il a ensuite cité le modèle vertueux pensé par la ville du Cap, malgré une forte pression démographique. L’eau est le vecteur de la paix, d’où le besoin de mutualiser les connaissances et les techniques nécessaires pour la faire advenir.

 

Panel 3 : VERS LA PAIX ET LA PROSPERITE AU MOYEN-ORIENT 

Ce troisième panel a été introduit par Henrique Cymerman, Président de la Chambre de commerce et d’industrie Israël-Pays du Golfe, journaliste et maître de conférence.

Les Accords d’Abraham sont selon lui une « révolution géopolitique » qui s’est développée étape par étape. Les mentalités ont progressivement évolué au Moyen-Orient, même au sein de l’opinion publique. 70% de la population aux Emirats ont moins de 30 ans et ne veulent pas garder le fardeau du passé. Ils veulent du changement. Les accords stabilisent indéniablement la région en transformant les alliances au Moyen-Orient. Nous devrions assister à un effet domino auquel la France pourrait prendre part.

 S.E. Xavier Chatel, Ambassadeur de France aux Emirats arabes unis, a rappelé la position de la France qui s’est réjouit des Accords et espère qu’ils auront un impact sur la résolution du conflit israélo-palestinien. Pour lui, il s’agit moins d’une « révolution copernicienne » que d’une « évolution darwinienne ». Les accords de paix avec l’Egypte et la Jordanie semblaient plus improbables à l’époque. C’était un « must have » pas un « nice to have ».

Néanmoins, ces accords sont audacieux, stratégiques et disruptifs. Du point de vue émirien, Israël ne donne pas de garanties de sécurité mais c’est une super puissance du renseignement, du cyber, et un moyen de s’ancrer davantage en Occident.

Les Emiriens éprouvent un certain ressentiment vis-à-vis du retrait américain et recherchent de nouveaux cercles de solidarité. Ils sont en train de changer de politique régionale et sont dans une logique d’apaisement. Ils se sont retirés du Yemen, changé leur rôle en Libye etc.

Les économies sont complémentaires entre le capital émirien et les capacités technologiques israéliennes. Les Emiriens se perçoivent comme « un mix de Singapour et Israël ». Ils ont d’ailleurs conclu un CEPA (Comprehensive Economic Partnership Agreement) avec Israël.

Toutefois, ces progrès sont fragiles et les choses peuvent changer. Il existe notamment des réticences au sein de la population, elles sont minoritaires mais substantielles. 43% des Emiriens ont une image négative d’Israël. 63%  pensent que les accords n’aideront pas nécessairement à la résolution du conflit israélo-palestinien. Il y a aussi  des risques qui peuvent venir du côté iranien.

S.E. Shaikh Khalifa bin Ahmed Al Khalifa, Ambassadeur du Bahreïn en France, a affirmé que la paix et la prospérité étaient au cœur de la vision du roi du Bahreïn et si les Accords ont été controversés, la volonté d’apporter la paix a dominé.

La prospérité est un point crucial. Israël et le Bahreïn ont des intérêts communs : sécurité de l’eau, commerce… Avec la paix, vient la prospérité a-t-il ajouté. Ceux qui veulent propager la division perdront toute crédibilité dès lors que l’opinion publique est acquise à la paix.

Ruth Wasserman-Lande a parlé de ses fonctions au sein du caucus qui promeut les Accords d’Abraham à la Knesset. Celui-ci est co-dirigé par un membre de la coalition et un membre de l’opposition car tout le monde se rejoint dans ces accords. Ce sont des accords de paix entre les peuples, pas seulement inter-gouvernementaux. Le peuple peut recueillir les dividendes de la paix. Le caucus ambitionne de réunir des experts, des économistes, des artistes…et mettre en valeur ces acteurs du monde scientifique ou académique. Un grand pas a été franchi.

CONCLUSION

Pour S.E. Yaël German, ambassadrice d’Israël en France, les Accords d’Abraham changent le cours de l’histoire. En Israël la nouvelle coalition a amplifié ce changement. Pour la première fois, un parti arabe a intégré le gouvernement. « Notre volonté est de fortifier ce pacte de paix en l’élargissant à d’autres pays », a-t-elle déclaré. Ces accords ont permis de renforcer des liens déjà existants avec d’autres pays arabes et sont un jalon dans la politique régionale et internationale.

Le sénateur Olivier Cadic a repris la parole pour conclure le colloque et souligner que les progrès sont déjà très concrets par une collaboration dans de multiples domaines tels la technologie, les médias, les services financiers, le tourisme, la recherche, l’énergie, la cybersécurité ou encore le transport aérien.

La France et l’Europe sont vivement préoccupées par la menace que constitue l’Iran et il sera important, à l’avenir, de s’assurer que les pays alliés fassent front commun. En cela, les Accords d’Abraham changent la donne.

Ce colloque sur les Accords d’Abraham, le premier du genre au Sénat, fut un véritable succès et une première étape importante pour la diplomatie parlementaire française.

ELNET ambitionne, dans les mois qui viennent, de pousser les parlements français à créer un caucus dédié aux Accords d’Abraham pour promouvoir la paix au Moyen-Orient.


*groupe de travail