À Ramallah, les Palestiniens n’attendent rien de Macron (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le chef de l’État français, en visite ce mercredi à Ramallah, va être reçu par Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne. Les Palestiniens, eux, sont sans illusions.

Emmanuel Macron? Le nom du président français, lorsqu’il est prononcé à Jérusalem-Est ou en Cisjordanie, suscite peu de réactions chez les Palestiniens. Sans illusions sur leur sort immédiat, ils n’attendent rien de particulier de sa visite ce mercredi à Ramallah, où il va être reçu à la Mouqata’a, le palais présidentiel de Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne.

«Il n’y a pas d’attitude spécifique de l’opinion publique palestinienne à l’égard d’Emmanuel Macron car il n’a pas été actif dans le conflit du Moyen-Orient et sur la question Israël-Palestine», estime le politologue Ghassan Khatib, vice-président de l’université de Birzeit. «Il est sans doute le président français le moins impliqué dans le conflit. Cela vaut pour lui mais pour l’Europe en général. Ce manque d’intérêt et d’implication nous est dommageable car la prise de distance européenne laisse le champ libre aux Américains qui nous sont très hostiles et sont très partiaux envers Israël», poursuit cet intellectuel qui s’était impliqué dans les années 1990 dans le processus de paix.

«Approche équilibrée»

Les responsables palestiniens mettent cependant à l’actif du chef de l’État français d’avoir «une approche équilibrée» des relations avec les Israéliens et les Palestiniens alors que les contacts entre l’Autorité palestinienne et les États-Unis depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump ont cessé, que le dialogue israélo-palestinien est au point mort et que le premier ministre israélien par intérim, Benyamin Nétanyahou, menace d’annexer une partie de la Cisjordanie en cas de victoire aux élections législatives de mars.

Emmanuel Macron est l’un des rares chefs de délégation internationale avec Vladimir Poutine et le prince Charles à avoir prévu de se rendre en Cisjordanie à l’occasion de la commémoration, à Jérusalem, de la libération des camps d’extermination nazis. «En Palestine, nous avons une évaluation positive de cette démarche», dit Ghassan Khatib.

Vœu pieux

Une analyse en partie partagée par Ashraf Khatib, le porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) dans les négociations de paix. Pour cet officiel palestinien, la France doit être plus active et jouer un rôle moteur dans le processus de paix «en amenant les autres membres de l’Union européenne à prendre une position plus ferme sur la violation d’Israël envers les droits des Palestiniens et en poussant les différentes parties, y compris la partie américaine, à sauver la solution des deux États». Une déclaration en forme de vœu pieux dans le contexte actuel.

Il rappelle que François Hollande, à la fin de son mandat, avait tenté – sans succès – de convoquer une conférence internationale à Paris pour installer les Israéliens et les Palestiniens à la même table. «La France doit continuer à jouer ce rôle vital et nous espérons qu’elle fera également un pas en avant en légitimant l’État de Palestine, qui est l’étape importante pour avancer vers la solution à deux États, assure le porte-parole. Il est important que le président Macron, lors de sa visite en Israël et en Palestine, fasse de cette question une de ses priorités, car elle aura un effet non seulement dans la région, mais aussi en Europe.»