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Jeudi 23 septembre, à Washington, la Chambre des représentants a adopté à une écrasante majorité (420 pour, 9 contre, et 2 abstentions) le Iron Dome Supplemental Appropriations Act, visant à fournir 1 milliard de dollars pour réapprovisionner le système de défense antimissile israélien Dôme de fer. Cela est intervenu après que plusieurs démocrates progressistes ont refusé de voter mardi 21 septembre en faveur du projet de loi s’il incluait le financement de cette technologie israélienne.

Les républicains avaient alors affirmé haut et fort que ce cafouillage législatif, qui avait amené la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, à sortir du projet de loi le milliard de dollars d’aides prévues pour Israël, était la preuve que le parti démocrate avait été officiellement coopté par les critiques d’Israël de la Squad, formée de députés progressistes, dont les très médiatisées Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Ilhan Omar et Rashida Tlaib.

Cet épisode a prouvé un soutien bipartisan à l’Etat hébreu quasiment unanime. Le projet de loi sera soumis au vote final du Sénat, à une date qui n’a pas encore été fixée. Les États-Unis participent régulièrement depuis dix ans au financement de ce système antimissile.

 

Comment est née la polémique autour du Dôme de fer ?

Fin 2020, le Congrès américain avait approuvé 1,6 milliard de dollars de dépenses liées à la maintenance et aux composants du Dôme de fer, à travers des votes à chaque fois soutenus largement dans les camps démocrate et républicain. Toutefois, mardi 21 septembre, cette nouvelle enveloppe d’un milliard avait été soudainement retirée d’un projet de loi budgétaire à la Chambre. Selon des médias américains, cette décision avait été prise sous la pression de certains élus dans l’aile gauche des démocrates, qui menaçaient de voter contre la loi de finances si elle contenait cette mesure. Le chef des républicains à la Chambre, Kevin McCarthy, les a immédiatement accusés d’avoir « capitulé sous l’influence antisémite de leurs élus radicaux », tandis que certains démocrates centristes ont également déploré cette décision. « Tragique. Les chefs démocrates se rendent à la gauche antisémite », avait de son côté tweeté le sénateur conservateur Ted Cruz.

Depuis plusieurs mois, le Président américain Joe Biden avait promis à Israël qu’un milliard de dollars de batteries pour le système de défense antimissile serait disponible. Il s’était notamment exprimé à ce sujet au mois de mai, à la fin de l’opération Gardien des murs, lancée en réponse aux roquettes tirées depuis la bande de Gaza sur des civils israéliens ; et il l’avait  encore promis au Premier ministre Naftali Bennett lors de sa visite au Bureau ovale le mois dernier.

 

Pourquoi les Américains financent-ils le Dôme de fer ?

Depuis des décennies, les États-Unis et Israël sont des partenaires stratégiques majeurs au Moyen-Orient. Israël, qui est la seule démocratie de la région, joue un rôle stabilisateur vital dans un environnement hostile. Lorsque Joe Biden était encore sénateur, il avait alors évoqué l’avantage stratégique que l’Amérique tire de son partenariat étroit avec l’Etat hébreu, sans égal dans la région, en déclarant : « S’il n’y avait pas Israël, les États-Unis devraient sortir et inventer un Israël[1] ».

Cette relation spéciale donne également aux Américains un accès à des technologies de pointe, c’est pourquoi les législateurs ont veillé sauvegarder l’avantage militaire qualitatif d’Israël (Qualitative Military Edge). S’assurer que les Forces de défense israéliennes ont des capacités supérieures permet ainsi de désamorcer les violences  en cas de conflit. Depuis 2011, les Etats-Unis injecté pas moins de 700 millions de dollars pour financer le Dôme de fer. Un protocole d’accord signé en 2016 par le président Barack Obama accorde 38 milliards de dollars d’aide militaire à Israël sur 10 ans, y compris un engagement sans précédent de 5 milliards de dollars pour la défense antimissile. Evaluées à l’unité à environ 50 000 $, les batteries du Dôme de fer ne sont utilisées qu’en cas de menaces pour la vie humaine ou les infrastructures. Le crédit proposé la semaine passée au Congrès américain remplit l’engagement annuel de l’Amérique envers Israël, dont la sécurité est menacée régulièrement.

 

Pourquoi l’aile gauche américaine se fourvoie en s’opposant au financement du Dôme de fer ?

Selon les responsables israéliens, le Dôme de fer est efficace à environ 90 % pour arrêter les roquettes à courte portée tirées par le Hamas et le Jihad islamique dans la bande de Gaza ou par le Hezbollah au Liban. Le système protège tous les Israéliens sans distinction.

Par exemple, lorsque le Hamas et le Jihad islamique ont tiré plus de 4 300 roquettes depuis Gaza sur Israël en mai dernier, plus de 1 500 ont ciblé des zones densément peuplées, dont Tel Aviv. Le Dôme de fer a abattu plus de 90 % de ces roquettes, réduisant considérablement le nombre de morts. Une douzaine d’Israéliens ont été tués mais ce nombre aurait été beaucoup plus élevé sans ce système de défense.

Le Dôme de fer sauve aussi des vies palestiniennes en réduisant également le besoin d’opérations au sol, bien plus coûteuses en vies puisque les terroristes utilisent les civils comme boucliers humains.

 

Un épisode qui a permis au parti démocrate de se repositionner

Plusieurs démocrates modérés se sont montrés exaspérés face à la pression supposée de leur aile gauche. « Je n’arrive pas à croire que certains collègues démocrates» préféreraient voter contre une loi pour financer le gouvernement « plutôt que de défendre l’un de nos alliés les plus importants », a tweeté un élu de la Chambre, Dean Phillips. Une autre élue démocrate de la Chambre et ancienne analyste de la CIA, Elissa Slotkin, a affirmé que s’opposer au financement du Dôme de fer était « irresponsable » et témoignait « de la volonté d’attaquer quelque chose, n’importe quelle chose, qui soit liée à l’État d’Israël ». « Il n’y aura pas d’interruption dans le financement du Dôme de fer », a affirmé la présidente démocrate de la commission budgétaire à la Chambre, Rosa DeLauro, selon Politico, en précisant qu’il serait inclus dans le budget de la Défense.

 

Un désaveu pour la Squad 

Alexandria Ocasio-Cortez, qui avait dans un premier temps pris la tête de l’initiative contre le projet de loi, a finalement choisi de s’abstenir aux côtés de l’un de ses collègues progressistes, le représentant Hank Johnson. Dans un long courrier écrit à ses partisans, elle avait néanmoins attaqué les dirigeants du parti pour avoir imposé le vote, tout en insistant sur le fait qu’Israël ne méritait pas d’obtenir des financements supplémentaires pour le Dôme de fer sans avoir à offrir de justification en échange – et que l’État juif n’en avait pas besoin. Elle a pourtant fait le choix de s’abstenir, craignant de toute évidence d’éventuelles répercussions auprès des électeurs et des lobbyistes pro-israéliens.

Le projet de loi a même été soutenu par législateurs qui critiquent fréquemment Israël. La représentante Betty McCollum, qui avait présenté un projet de loi dont l’objectif était de limiter les aides apportées à Israël et qui a régulièrement dénoncé l’État juif en raison des constructions dans les implantations et du traitement réservé aux Palestiniens, s’est alignée dans son vote sur des représentants comme Ted Deutsch ou Ted Cruz.

Et lors d’une conférence de presse qui avait été organisée pour présenter un projet de loi visant à promouvoir la solution à deux États – qui comprenait des dispositions se référant à la Cisjordanie, à Jérusalem-Est et à la bande de Gaza en tant que territoires illégalement occupés par l’État juif – les représentants Andy Levin, Alan Lowenthal, Sara Jacobs et Peter Welch avaient annoncé qu’ils prévoyaient de voter en faveur du financement du Dôme de fer, à la fin de la même journée.

 

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Le positionnement traditionnel pro-israélien est donc encore largement majoritaire au Capitole. Toutefois, il faudra se montrer vigilant face à ceux qui prônent une souveraineté palestinienne en délégitimant Israël et qui sont plus représentés que cela pouvait être le cas dans le passé, même s’ils ne constituent pas encore une puissance législative : si la dernière Opération à Gaza a davantage polarisé le débat américain sur le conflit israélo-palestinien, moins de 2 % des représentants de la chambre ont voté contre un soutien robuste apporté à l’État juif.

Le Dôme de fer est indéniablement le système de défense anti-missiles le plus efficace et éprouvé au monde. Sans cela, Israël n’aurait d’autre choix que d’agir de manière plus agressive pour mettre fin aux tirs de roquettes et risquer davantage de victimes civiles.

[1] Edward-Isaac DOVERE, « Biden: Always Israel’s friend », Politico, 30 septembre 2013