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  • Afghanistan : de l’accord de Doha au retrait en catastrophe

Revenons à l’accord de « paix » honteux entre Trump et les Talibans

Andrew C. McCarthy / National Review Online / 17 août

C’est à Biden d’endosser la débâcle afghane, mais son prédécesseur est complice du désastre.

Le commandant taliban Mawlavi Talib figure parmi les 5 000 prisonniers relâchés par le gouvernement afghan sous pression du président Trump, déterminé à boucler son deal de paix bidon avec les Talibans, dans la continuation de la politique d’Obama : convaincre les islamistes de négocier, reconnaître leur « démocratie-sharia » et espérer quitter en douce l’Afghanistan. Le commandant Mawlavi Talib, dûment libéré, a dirigé les combats dans la province de Helmand. Des combattants d’Al-Qaida, relâchés en même temps que lui, ont repris du service, comme à la veille des attentats du 11 septembre. Et Taiib a ouvert les portes d’autres prisons.

Voyons les circonstances autour de cet accord hallucinant du 29 février 2020 : « Accord pour apporter la paix à l‘Afghanistan / Entre l‘Emirat islamique d’Afghanistan, pas reconnu comme Etat par les Etats-Unis et connu comme les Talibans ».

Les Talibans, un groupe terroriste, ont offert refuge à Al-Qaida après les attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie (200 morts), contre l’USS Cole (17 marins tués) et les attaques du 11 septembre (3 000 morts américains). L’administration Trump, comme ses prédécesseurs Republican et Democrat, a supprimé la désignation « terroristes»  afin de justifier des pourparlers avec les Talibans.

L’accord honteux Trump–Taliban, négocié directement et exclusivement avec les Talibans, a sabordé le gouvernement élu. Trump était pressé de se retirer, malgré  les risques sécuritaires. La formule ridicule de l’entête est citée à seize reprises dans ce document de 3 pages. C’est du bidon.  Du début à la fin, une grotesque escroquerie. Et ce n’est pas anodin. « L’émirat » signifie l‘adhésion au projet du califat mondial, selon une stratégie jihadiste d’agglomération progressive  des territoires, les émirats, régis par la sharia, qui  ne reconnaissent pas le système d’Etats aux frontières définies et protégées. En reprenant la formule, le gouvernement américain a cautionné ce projet.

Des fidèles et des anciens responsables de l’administration Trump prétendent que l’accord est renforcé par des jalons [benchmarks]. Ils disent que Trump, à la différence de Biden, n’aurait pas laissé pourrir la situation si les Talibans avaient franchi ces lignes rouges. C’est faux. Les benchmarks, faits pour être ignorés, étaient déjà violés pendant les négociations et les responsables le savaient. Notamment, l‘interdiction aux Talibans de permettre aux groupes jihadistes, y compris Al-Qaida, de menacer la sécurité des USA et de ses alliés, à partir de son territoire. Le partenariat Taliban-Al Qaida n’avait jamais cessé. En coulisses, des hauts responsables stoïques suppliaient Trump de ne pas abandonner l’Afghanistan, mais le président avait hâte d’en finir avec cette guerre sans fin [forever war]. En avril dernier, Trump s’était moqué de Biden, qui avait reporté le délai de ce retrait  merveilleux  fixé par l’accord au premier mai.

L’accord de paix avec les talibans, vanté sur le site du Republican National Committee avant les présidentielles de 2020, a disparu à la faveur de propos contre le président Biden. Mais l’accord de « paix » ne sera pas effacé de l’Histoire par une touche de clavier. Biden sera à juste titre tenu responsable de la débâcle, mais la  complicité enthousiaste de Trump ne sera pas oubliée.

https://www.nationalreview.com/2021/08/remembering-the-shameful-trump-taliban-peace-agreement/

VOIR : l’Accord de Doha

https://www.state.gov/wp-content/uploads/2020/02/Agreement-For-Bringing-Peace-to-Afghanistan-02.29.20.pdf

Une sortie sans honneur

Eliot A. Cohen / The Atlantic / septembre 2021

L’honneur exigeait le sauvetage des Afghans ayant servis à nos côtés et l’assistance à ceux qui ont eu, selon nos souhaits, confiance en leur pays.

On rappelle à présent l’admonition de Winston Churchill, suite à l‘accord de Munich de 1938 : «  …. Vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ». La question de l’honneur se pose sur le déroulé de notre départ d’Afghanistan. La décision de se désengager peut se discuter entre des gens raisonnables, mais la façon dont elle s’est déroulée –la préparation, l’exécution et sa justification—était déshonorante. L‘honneur n’est pas la gratitude ; c’est une fierté. Ce qui explique les efforts extraordinaires, de la part d’officiers passés et présents, pour exfiltrer leurs camarades afghans. L’honneur exige le sauvetage de tous nos complices, pas seulement de ceux éligibles au Special Immigrant Visas. Comme le contractor afghan, aujourd’hui en danger de mort, venu en 2008 à la rescousse de Biden, alors sénateur, dans un hélicoptère bloqué par la neige. L’honneur c’est accepter les conséquences. Suite à l’attentat contre les Marines à Beirut en 1983, personne n’a voulu endosser la responsabilité des erreurs commises en amont. L’honneur exige la prise de risque. Les militaires ne veulent pas de la pitié, ils ne sont pas des victimes, ils font le choix de se comporter selon un code de valeurs. Il y aura une enquête du Congrès sur l’incompétence pendant les six derniers mois de la guerre, le retrait programmé au plein milieu de la saison des combats, la limite fixée sur le nombre de renforts déployés, la faible mobilisation des ressources civiles pendant le printemps et l’été pour notifier et traiter les dossiers  des Afghans exposés au grand danger.  On cherchera à savoir s’il y a eu consultation avec nos alliés. Que disaient leurs services de renseignements ? Qu’est-ce qui explique la promesse, par excès de confiance, que ce départ ne serait pas un deuxième Saigon ? Churchill, conscient des limites de l’honneur comme guide à l’action, a dit dans son éloge de Neville Chamberlain, qu’on ne peut pas prévoir les conséquences des actions d’un homme d’Etat, ce pourquoi l’honneur et la prudence doivent avancer la main dans la main. Si seulement c’était le cas en 2021 pendant l’été du déshonneur.

https://www.theatlantic.com/ideas/archive/2021/09/americas-dishonorable-exit-afghanistan/619962/

  • Afghanistan! : militaires et humanitaires juifs

Exclusif : des vétérans juifs d’Afghanistan confient au Times of Israel leurs sentiments de  soulagement … et de trahison

A l’heure où la guerre la plus longue des Etats-Unis se termine en chaos, des officiers juifs partagent leurs souvenirs de camaraderie avec leurs frères d’armes et avec des alliés afghans, du vin de kiddush en terre islamique et se demandent à quoi ont servi tant de sacrifices.

Lazar Berman / Times of Israel / 23 août

Une semaine après les attentats du 11 septembre, le capitaine Joshua Zager, pilote de combat dans les Marines, récitait dans la  synagogue historique Beth Israel de Beaufort, South Carolina, la prière de Rosh Hashana, U’Netaneh Tokef : qui vivra et qui mourra … Il partait le lendemain sur l’USS Theodore Roosevelt, se battre contre Al-Qaida et l’Afghanistan.  Zager, l’un des nombreux militaires juifs  déployés là-bas, dont 23 sont morts au combat, a assuré un total de 42 missions. Il avait démarré sa carrière militaire comme para en Israël, d’abord à Hébron, dans la foulée du massacre commis par Baruch Goldstein en 1994, puis contre des combattants du Hezbollah dans la Zone de Sécurité du sud Liban. Il s’agissait, là aussi, d’une occupation prolongée et coûteuse, par de puissantes  forces occidentales, qui s’est terminée par un retrait hâtif , suivi d’un douloureux examen de conscience national.

« Je combattais le Hezbollah et le Hamas ici, dans les rangs de Tsahal », nous confie Zager, depuis sa chambre d’hôtel à Tel Aviv. « Je rentre aux Etats-Unis, le terrorisme nous frappe et je reprends le combat contre eux, en uniforme américain. »

Warren Gross, opticien en Floride, intègre l’armée en 2010, à l’âge de 56 ans, profitant d’un programme qui offre aux soignants de 40 à 60 ans la possibilité de servir comme gradés. Il est déployé à Kandahar en 2011.

Adam Wojack, de père polonais et mère juive turque, a grandi en Californie, dans le Bay Area. II abandonne ses études en 1988, intègre l’armée de terre et sert dans la première Guerre du Golfe en 1991.  Il partage des souvenirs avec nous : la brume au-dessus du terrain d’aviation de Kaboul, la camaraderie avec les troupes de l’OTAN, la bonne bouffe dans les cantines américaines, britanniques et turques,  une visite en coulisses du Joint Special Operations Command Center à Bagram, le bonheur des militaires d’être là, de faire le boulot. « L’opération n’existait pas pour la majorité des Américains. C’était bien réel pour nous. On n’aurait pas voulu être ailleurs ».

L’effondrement de l’armée et du gouvernement afghans a inspiré des sentiments confus et provoqué des efforts  effrénés de secourir des amis et des camarades militaires.

« Comme la plupart des soldats, dit Gross, j’ai le cœur brisé  par le sort des interprètes et d’autres amis afghans. On a un sentiment de trahison. C’est peut-être fini pour les Américains, mais pas pour les Afghans. Ceux qui ont pris goût à la liberté ne vont pas se laisser faire. Ceux qui sont historiquement hostiles aux Talibans trouveront l’occasion et les alliés pour résister. C’est triste à dire, mais cette guerre n’est pas finie”.

In ToI interviews, Jewish veterans of Afghanistan speak of relief…and betrayal | The Times of Israel

VOIR AUSSI :

Jewish Marine who went viral cradling baby got start keeping kids happy at a JCC | The Times of Israel

At the chaotic Kabul airport, a Jewish group was this Afghan refugee’s lifeline | The Times of Israel

  • IRAN : retour au JCPOA improbable

Malley: les Américains ne peuvent pas attendre éternellement

Algemeiner / 5 septembre

Dans un entretien diffusé sur Bloomberg TV  le 3 septembre, Robert Malley, émissaire américain pour l’Iran, signale les limites de la patience américaine. Tout en comprenant la demande du nouveau gouvernement iranien d’un report de la reprise des pourparlers pendant la période de transition, Malley prévient que les avancées du programme nucléaire rendront la poursuite des pourparlers inutiles.  Reprenant les propos du secrétaire d’Etat, Antony Blinken, Malley précise que le retour au JCPOA , dans ce cas, sera moins avantageux pour les USA.  « Nous avons fait preuve de patience, nous continuerons  … mais si ça traine en longueur on arrivera à une conclusion différente ».

Pourtant, depuis l’élection de Raisi, l’Iran campe sur sa position : pas de retour au JCPOA sans levée préalable de toutes les sanctions et une assurance formelle contre un retrait éventuel d’une des parties.

Malley: Un retour rapide aux pourparlers serait souhaitable, mais la question la plus importante reste la position du gouvernement iranien. S’il est réaliste, s’il est basé sur des compromis des deux côtés, nous sommes prêts à lever des sanctions hors cadre à condition que l‘Iran revienne en arrière pour remettre son programme nucléaire en conformité avec le JCPOA.  Dans ce cas on arrivera rapidement à un deal. Mais si l‘Iran demande plus que l’accord peut offrir ou donne moins qu’il exige, peu importe la reprise des pourparlers hier, aujourd’hui ou d’ici trois mois, ça mènera à l’impasse. On n’accordera pas « d’assurance formelle ». Elle ne figure pas dans l’accord négocié en 2015 and 2016. Si les Iraniens cherchent autre chose que le JCPOA, il faudrait négocier un accord  différent. S’ils veulent un retour, revenons aux conditions conclues en 2016.

https://www.algemeiner.com/2021/09/05/malley-us-cant-wait-forever-for-iran-to-rejoin-nuclear-talks/