Zizanie ministérielle en Israël (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Des ministres ont manifesté dimanche contre leur gouvernement, en pleine surenchère sécuritaire, alors que des législatives se profilent à l’horizon.

La moitié du gouvernement israélien est descendu dimanche dans la rue pour manifester contre le gouvernement. Neuf ministres sur dix-huit ont participé à un rassemblement de l’extrême droite religieuse sous les fenêtres du domicile du premier ministre Benyamin Nétanyahou, pour protester contre leur propre politique sécuritaire en Cisjordanie, qu’ils jugent trop laxiste. Deux participants, le ministre de l’Éducation Naftali Bennet et la ministre de la Justice Ayelet Shaked, membres du parti Foyer juif, présentent la particularité d’appartenir au cabinet de sécurité d’Israël qui met en œuvre la politique de défense.

Certains contestataires appartiennent au Likoud, le propre parti du premier ministre, comme Ze’ev Elkin, le ministre des Affaires de Jérusalem. Lancés dans une surenchère, ils se sont mêlés aux colons et aux partisans du petit parti nationaliste religieux Kach, interdit depuis le massacre du tombeau des Patriarche à Hébron en 1994. Certains manifestants, qui ont appelé à brûler des villages arabes, brandissaient des pancartes de Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne, dont le visage était entouré d’une cible.

Crise gouvernementale

Les ministres entendaient mettre sous pression Benyamin Nétanyahou après une série d’attaques palestiniennes meurtrières contre des militaires et des civils dans les Territoires occupés, et surtout se situer à sa droite alors que des élections législatives se profilent à l’horizon. Le scrutin est prévu en principe à l’automne 2019, mais pourrait être avancé tant la marge de manœuvre de l’inamovible chef du gouvernement est étroite. Le premier ministre ne dispose plus que d’une voix de majorité à la Knesset, le Parlement israélien.

La crise couve depuis la démission en novembre du tonitruant ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, en désaccord avec la gestion de l’affrontement israélo-palestinien à Gaza. Il reprochait à Benyamin Nétanyahou d’avoir accepté une trêve avec le Hamas et d’avoir desserré l’étau sur le territoire, en permettant au Qatar d’apporter une aide humanitaire et financière aux Gazaouis. Issu lui aussi du mouvement sioniste religieux, son rival, Naftali Bennett avait revendiqué le poste. Son épreuve de force avec le premier ministre s’était achevée par une dérobade. Benyamin Nétanyahou, qui occupe déjà les postes de ministre des Affaires étrangères, s’est octroyé le portefeuille de la Défense, sans que Naftali Bennett ose mettre à exécution son chantage public à la démission.

Le nouvel acte du psychodrame s’est, cette fois, déplacé de Gaza, où un calme relatif règne, à la Cisjordanie depuis peu en ébullition. Passé au second plan des préoccupations israéliennes et internationales, le conflit de basse intensité qui oppose Israéliens et Palestiniens est monté d’un cran ces dernières semaines avec de spectaculaires attaques palestiniennes à l’arme automatique sur des routes empruntées par les Israéliens. L’une d’elles a coûté la vie, la semaine dernière, à un bébé mort après un accouchement prématuré. Sa mère avait été victime d’un tir dans l’abdomen. Et jeudi, deux soldats de Tsahal avaient été tués et un troisième grièvement blessé dans un attentat près du poste avancé de Givat Asaf, une colonie sauvage israélienne.

Opérations de ratissage

L’armée israélienne a répliqué en abattant deux Palestiniens soupçonnés d’avoir commis récemment des attaques, et a mené des opérations de ratissage jusque dans le centre de Ramallah, le siège de l’Autorité palestinienne. Ce lundi, des centaines de soldats israéliens ont détruit, près de Tulkarem, la maison où résidait avec sa famille l’auteur présumé d’un double meurtre de civils israéliens. Benyamin Nétanyahou a promis que le rythme de ces démolitions punitives allait s’accélérer. Il a approuvé un texte de loi permettant de déporter des membres de la famille d’assaillants palestiniens à l’intérieur de la Cisjordanie. Il a également donné son feu vert à la légalisation de 66 «avant-postes». Si la communauté internationale juge hors la loi toutes les implantations israéliennes, Israël distingue les colonies autorisées ou tolérées des colonies sauvages qui violent ses lois.

Ce panachage de mesures coercitives et de cadeaux offerts aux colons et à leurs supporteurs est jugé insuffisant par une partie de la coalition gouvernementale, assemblage hétéroclite de partis de l’extrême droite religieuse et du centre autour du Likoud. «Même l’opposition est moins opposée au gouvernement que ses propres ministres», note Sima Kadmon du quotidien Yedioth Ahronoth. Dans cette étrange ambiance, aucun d’entre eux n’a cependant évoqué une possible démission.