Yahya Sanwar, redoutable va-t-en-guerre, nommé à la tête du Hamas à Gaza

Le 13 février dernier, le Hamas a nommé à sa tête Yahya Sanwar, 55 ans, farouche partisan de la lutte armée, augurant d’une ligne plus dure vis-à-vis d’Israël alors que les deux parties se sont livrées trois guerres en six ans.

Le successeur d’Ismaël Haniyeh, âgé de 54 ans, est un teigneux qui a payé cher sa « résistance » à « l’ennemi sioniste ». Yahya Sanwar, qui a passé 22 ans en prison, est issu d’une famille de réfugiés palestiniens d’Ashkelon, ville côtière israélienne. L’un de ses frères est ingénieur, deux autres enseignants ; quant au dernier, commandant au sein des Brigades Ezzedine Al-Qassam, il est toujours recherché par les Israéliens.

Yahya Sanwar est l’un des fondateurs de la branche armée du Hamas. Président du conseil étudiant à l’université islamique de Gaza, il a créé pendant la première Intifada le groupe Al-Majd. L’une de ses prérogatives était la chasse aux collaborateurs avec Tsahal et le Shin Bet (service de sécurité intérieur israélien). Arrêté en 1988 par les Israéliens après l’exécution de deux informateurs, Sanwar a été accusé d’implication dans la mort de soldats.

En prison, il est désigné représentant des autres prisonniers palestiniens. En 2005, suite à un accident cardio-vasculaire où il frôle la mort, les médecins israéliens lui découvrent une tumeur qu’ils parviennent à résorber. Durant sa convalescence, il apprend l’hébreu, lit beaucoup et continue d’être actif. Il participe aux négociations sur un échange de détenus, impliquant la libération du soldat Gilad Shalit, détenu à Gaza. L’échange se concrétise en 2011 ; il aurait été opposé à ses termes, jugés pas assez favorables. Près de mille Palestiniens recouvrent pourtant la liberté. Yahia Sanwar est le plus « prestigieux » d’entre eux. De retour à Gaza, il intègre le bureau politique en 2012, instance comptant entre 50 et 80 membres, au fonctionnement presque aussi confidentiel que l’aile militaire.

Yahia Sanwar aura pour tâche la négociation avec Israël concernant les deux civils entrés et capturés dans la bande de Gaza à l’été 2014, ainsi que les dépouilles de deux soldats, prononcés officiellement morts par l’Etat hébreu pendant l’opération « Bordure protectrice ». Le Hamas entretient le mystère sur leur condition. Le mouvement exige la remise en liberté préalable des prisonniers qui avaient été libérés au moment de l’échange du soldat Gilad Shalit, puis à nouveau arrêtés par les Israéliens en Cisjordanie, en juin 2014.

Yahya Sanwar est devenu le gardien du dogme de l’organisation terroriste. Entouré de ses « fidèles », il a notamment fait assassiner sans procès des cadres du Hamas qu’il soupçonnait de trahison. Ces liquidations ont soulevé l’indignation à Gaza, notamment dans les cercles dirigeants, puisque Ismaël Haniyeh est intervenu pour lui demander de calmer ses ardeurs. 

L’arrivée de Sanwar à la direction du Hamas à Gaza ne signifie pas nécessairement qu’une nouvelle guerre éclatera demain. Toutefois, les dirigeants israéliens sont persuadés que le nouveau leader encouragera la branche armée de son organisation à enlever d’autres soldats israéliens pour les échanger contre des détenus palestiniens. « Il n’y a que ça qui fait peur aux sionistes et c’est notre seul moyen de les faire plier », avait-il déclaré en 2011, peu après sa libération. Yahya Sanwar est un va-t-en-guerre, même au sein de l’organisation. Et ce n’est pas avec lui non plus que le Fatah de Mahmoud Abbas pourra facilement parvenir à une réconciliation.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.