Comment Trump veut mobiliser le monde contre l’Iran (Philippe Gélie – Le Figaro)

Devant l’ONU mardi, le président américain a désigné «la dictature corrompue» de Téhéran comme «le principal sponsor du terrorisme dans le monde».

L’expression a paru globalement plus modérée que l’an dernier, mais le fond reste musclé. Dans son discours à la tribune de l’ONU, mardi, Donald Trump a fixé des limites étroites au multilatéralisme et promis d’être le «comptable en chef» des deniers américains, qu’il ne veut plus gaspiller dans la défense de l’ordre international. «Nous rejetons l’idéologie mondialiste et nous embrassons la doctrine patriotique», a-t-il dit, encourageant chaque dirigeant présent à «rendre sa grandeur à son pays».

Le président américain n’a cependant pas renoncé à tout interventionnisme, réservant ses flèches les plus acérées à l’Iran. Il a taillé en pièces le régime des mollahs, dont la «dictature corrompue sème le chaos, la mort et la destruction. Les dirigeants iraniens ne respectent pas leurs voisins, les frontières et la souveraineté des autres nations, a-t-il martelé. Ils pillent les ressources de leur pays pour s’enrichir et semer le désordre à travers le Proche-Orient et bien au-delà». Contre ceux qu’il désigne comme «les principaux sponsors du terrorisme dans le monde», il a demandé «à toutes les nations de soutenir le peuple iranien et d’isoler le régime», en s’alignant sur les sanctions imposées par Washington depuis son retrait de l’accord nucléaire passé en 2015.

Après les imprécations, Trump entend passer aux actes ce mercredi en présidant pour la première fois le Conseil de sécurité. «Je suis sûre que ce sera la réunion onusienne la plus regardée de l’histoire», a prédit Nikki Haley, l’ambassadrice américaine aux Nations unies. Le thème officiel porte sur «la prolifération des armes de destruction massive», mais c’est bien l’Iran qui est dans le viseur de Trump. L’intitulé a été élargi lorsque l’Administration s’est souvenue que les règles de l’ONU imposent de donner la parole à un pays figurant au centre d’un débat. Pas question pour Donald Trump d’être contredit en direct par Hassan Rohani. Il n’en a pas moins tweeté vendredi dernier: «Je vais présider la séance du Conseil de sécurité sur l’Iran!»

Rires et relativisme

L’objectif de Washington est de rallier l’ONU à sa politique de «pressions maximales» et de porter le coup de grâce à l’accord nucléaire de 2015. Depuis sa dénonciation unilatérale par Trump en mai, les autres signataires – Européens, Chine, Russie – tentent de le sauver en contournant les sanctions imposées par les États-Unis. Un premier volet punitif a visé le secteur bancaire, début août, et des mesures additionnelles frapperont à partir du 4 novembre les exportations iraniennes de pétrole, que Washington veut réduire à néant. En étendant les sanctions aux entreprises étrangères commerçant avec Téhéran, l’Administration américaine n’entend pas laisser le choix de leur politique étrangère aux autres pays «souverains», un concept pourtant vanté à dix reprises dans son discours.

La rhétorique du chef de la Maison-Blanche semble accueillie avec plus de relativisme que l’an dernier par l’assemblée des nations. Au début de son intervention, des rires et quelques applaudissements ont ponctué sa description hyperbolique de ses triomphes depuis un an. Il a paru sincèrement étonné: «Je ne m’attendais pas à ça, a-t-il dit, mais c’est OK.»

Trump provoque malgré lui l’hilarité à l’ONU

L’an dernier, Trump avait menacé la Corée du Nord de «destruction totale» et ridiculisé «le petit homme-fusée» avec lequel il poursuit aujourd’hui «un dialogue constructif». En juillet, au président Rohani qui lui recommandait «de ne pas jouer avec la queue du lion», il avait éructé sur Twitter en majuscules: «Ne menacez jamais plus les États-Unis ou vous paierez des conséquences comme peu en ont connu dans l’histoire!» Plus posément, il a tweeté mardi matin: «En dépit des demandes, je n’ai pas l’intention de rencontrer le président iranien. Peut-être un jour futur. Je suis sûr que c’est un homme absolument charmant!» Rohani a démenti avoir sollicité un rendez-vous.

L’Iran menace les États-Unis et Israël de représailles

Washington affirme qu’un changement de régime à Téhéran n’est pas l’objectif officiel de sa politique. Mais on n’en est pas loin. En mai, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, avait dressé une liste de douze exigences devant mener à «un changement massif de comportement» des mollahs. Avec sa candeur habituelle, Rudy Giuliani, l’avocat du président, a déclaré le week-end dernier: «Je ne sais pas quand on va les renverser, mais ça va arriver.» Avant d’être dans l’Administration, Mike Pompeo, ainsi que John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale, plaidaient ouvertement pour leur renversement. Vendredi, le département d’État présentera à New York son «plan pour soutenir les voix indépendantes en Iran qui veulent installer la démocratie dans leur pays».

«Nous avons prévenu la République islamique qu’utiliser une force supplétive pour attaquer les intérêts américains ne nous retiendra pas de répondre à la source primaire»

Mike Pompeo, secrétaire d’État

Une cinquantaine d’experts américains de politique étrangère ont dénoncé une politique «qui ne laisse à Téhéran que le choix entre la capitulation ou la guerre». Interviewé samedi sur CNN, Mike Pompeo n’a pas exclu une confrontation directe si des milices pro-iraniennes s’en prennent aux forces américaines au Moyen-Orient: «Nous avons prévenu la République islamique qu’utiliser une force supplétive pour attaquer les intérêts américains ne nous retiendra pas de répondre à la source primaire. C’est l’Iran qui sera tenu pour responsable de tels incidents.» Avec une implication sur la présence américaine en Syrie. «Nous ne partirons pas tant que des troupes iraniennes sont hors des frontières de l’Iran, et cela inclut leurs milices et supplétifs», a déclaré Bolton à New York. Trump a réaffirmé que les États-Unis «répondraient si des armes chimiques étaient de nouveau déployées par le régime d’Assad».

Par contraste, les responsables militaires américains ont tenu à préciser qu’ils n’avaient aucun projet d’intervention armée contre le régime de Nicolas Maduro au Venezuela, après que Trump l’a également dénoncé mardi comme «brutal et corrompu», annonçant de nouvelles sanctions contre l’épouse du président, le vice-président et le ministre de la Défense. Après son discours, il a laissé entendre que Maduro pourrait être «renversé très rapidement» par l’armée vénézuélienne.