Thibault de Montbrial: «En 2021, osons l’autorité!» (Le Figaro)

TRIBUNE – La faiblesse de l’État face à la «rave party» près de Rennes est un indice supplémentaire de sa propension à être pusillanime face aux groupes violents. Or, les Français respectueux des lois ne le supportent plus, argumente l’avocat et essayiste, Thibault de Montbrial.

Même si l’attention est actuellement focalisée sur la crise sanitaire, et en particulier sur la navrante gestion de la campagne de vaccination, d’autres difficultés vont jalonner la rentrée du gouvernement.

Mère de toutes les batailles, la question de l’autorité de l’État se pose en effet plus que jamais en ce début d’année.

Plusieurs événements survenus lors de la mal nommée «trêve des confiseurs» illustrent la poursuite de l’affaissement de cette autorité. Ainsi, malgré un couvre-feu extrêmement strict à partir de 20 heures et le déploiement fortement médiatisé de 100.000 policiers et gendarmes, la nuit du Nouvel An n’a pas échappé à son triste cortège d’incendies de véhicules (861 officiellement) et de violences diverses. On déplore notamment 25 policiers et gendarmes blessés en service.

Ce dimanche 3 janvier en fin d’après-midi, deux policiers à moto qui contrôlaient des motards dans une rue d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) se sont fait lyncher par une quinzaine d’individus, eux-mêmes encouragés et excités par des témoins dans une ambiance dont une vidéo devenue virale témoigne de l’agressivité. Tel est désormais le quotidien des interventions de police dans les quartiers difficiles.

Mais la séquence la plus choquante de cette période est indiscutablement celle de la «rave party» près de Rennes. Plus de 2000 personnes venues de toute la France, et même de l’étranger, se sont rassemblées dans deux hangars désaffectés de la commune de Lieuron (Ille-et-Vilaine). Alcool, musique techno et drogue étaient au rendez-vous, sans préoccupation de gestes barrières. Une fois la «fête» entamée, les premiers gendarmes venus au contact ont été agressés (trois blessés) et leur véhicule incendié. Sa carcasse taguée encore fumante illustrait le formidable pied de nez des organisateurs et participants à l’ensemble de nos institutions.

Ces agissements s’inscrivent dans une tendance à l’augmentation significative des violences dans notre pays depuis plusieurs mois

Il fallut près de 48 heures pour mobiliser les effectifs de gendarmerie nécessaires afin de procéder à l’évacuation des lieux, sans pour autant que l’on parvienne à contrôler l’identité de l’ensemble des participants. Certains ont réussi à échapper aux mailles du filet. Et si les organisateurs ont fini par être interpellés, l’effet ainsi produit en pleine pandémie est dévastateur. Chacun redoute désormais les conséquences sanitaires de ce foyer géant. Les deux événements sont bien sûr de nature extrêmement différente, et les participants très dissemblables, mais le nombre de personnes présentes à la «rave party» est comparable au rassemblement organisé par une église évangéliste à Mulhouse à la mi-février 2020. Or il est établi que ce dernier a, involontairement, constitué une formidable accélération de la diffusion du virus dans toute la France. Le rassemblement de l’église évangéliste avait provoqué une polémique durable. Mais la «rave party» près de Rennes, elle, paraît déjà presque oubliée.

Il ne faut pas s’y tromper. Le comportement d’individus qui violent ouvertement les règles sociales et s’en prennent physiquement à ceux qui sont chargés de les faire appliquer, est insupportable pour la grande majorité de nos concitoyens. Plus largement, ces agissements s’inscrivent dans une tendance à l’augmentation significative des violences dans notre pays depuis plusieurs mois. La fusillade au terme de laquelle, samedi 2 janvier au soir, un adolescent a été tué et plusieurs autres blessés dans le quartier des Aubiers de Bordeaux – en pleine dégradation sécuritaire – constitue le dernier exemple en date. Le gouvernement doit faire face à ce défi essentiel pour l’avenir de notre société, qui consiste à restaurer l’autorité.

Il est absolument crucial que la machine judiciaire suive, avec des décisions rapides, fermes… et exécutées

La nomination de Gérald Darmanin place Beauvau a marqué un tournant, même si les événements de ces derniers jours montrent combien le chemin est rude. Mais le ministère de l’Intérieur ne peut pas tout, et il est absolument crucial que la machine judiciaire suive, avec des décisions rapides, fermes… et exécutées.

Dans cette même logique de rétablissement de l’autorité, le gouvernement est également attendu par nombre de nos concitoyens sur la question de l’islamisme. Après des années d’atermoiements, le président de la République avait enfin dénoncé clairement le danger de l’islam politique en France dans deux discours fondateurs à Mulhouse le 18 février 2020 puis aux Mureaux le 2 octobre 2020, avant le choc de l’application de la charia contre un enseignant, décapité un vendredi après-midi d’automne dans une banlieue parisienne.

Le projet de loi qui va être débattu prochainement à l’Assemblée nationale est crucial. À l’issue des travaux parlementaires, il faudra un texte clair et courageux, à la hauteur du défi politico-religieux posé à notre pays.

Renoncer à utiliser le terme de « séparatisme » dans l’intitulé d’un projet de loi désormais intitulé « confortant les principes républicains » n’est pas un signe encourageant

À cet égard, il faut souligner sans se lasser que l’époque n’est plus au «en même temps» et à la recherche d’un équilibre impossible puisqu’il n’en existe pas sur cet enjeu où transiger n’est pas une option. Ces dernières semaines, le refus de différentes associations islamistes, dont Musulmans de France (proche des frères musulmans), de signer la «charte des valeurs» demandée au CFCM par Emmanuel Macron, montre d’ailleurs que les positions se raidissent et que les masques tombent.

Dans cette perspective, renoncer à utiliser le terme de «séparatisme» dans l’intitulé d’un projet de loi désormais intitulé «confortant les principes républicains» n’est pas un signe encourageant. Sur le fond, chacun devra prendre ses responsabilités, que ce soit au sein de la majorité ou dans les partis d’opposition de droite dont on comprendrait mal qu’ils ne votent pas un tel texte, même imparfait.

Notre société est aujourd’hui soumise à des tensions inédites dans notre histoire contemporaine. Le non-respect des règles, la banalisation de la violence contre les forces de l’ordre mais aussi comme mode de résolution du conflit, les coups de boutoir de l’islam politique, constituent différentes facettes d’une tendance lourde dont les conséquences peuvent être catastrophiques dans un futur beaucoup plus proche que beaucoup ne l’imaginent.

Il est plus que jamais temps d’oser l’autorité. Nombre de députés de toutes tendances me racontent régulièrement combien ces sujets préoccupent nos compatriotes dans leurs circonscriptions. Rarement l’intérêt politique de ceux qui nous gouvernent et celui de la France n’auront été autant alignés.