Terrorisme : les drones civils, la nouvelle arme de l’État islamique (Jean Chichizola – Le Figaro)

Un rapport de l’ONU note que Daech et ses affiliés auraient atteint un «niveau élevé de sophistication» pour armer ces engins.

«L’État islamique et ses affiliés auraient atteint un niveau élevé de sophistication (notamment) pour ce qui est de l’armement de drones. Des États membres (des Nations unies) estiment par conséquent que l’un des dangers liés au retour des combattants terroristes étrangers dans leur pays d’origine tient aux connaissances acquises dans les zones de conflit s’agissant du maniement» de ce type d’armes. Dans un contexte marqué par le vol, le 6 août, d’un drone au-dessus du fort de Brégançon, où réside ce mois-ci le président de la République, ou par l’explosion, le 4 août, de deux engins civils lestés chacun d’un kilo de C4 (explosif militaire) dans le ciel de Caracas, le constat dressé par un récent rapport des Nations unies ne peut qu’inquiéter.

Sous la coordination d’Edmund Fitton-Brown, ancien ambassadeur du Royaume-Uni au Yémen, ce point semestriel d’experts indépendants sur les activités de Daech, d’al-Qaida et «des personnes, groupes, entreprises et entités qui leur sont associés», a été remis le mois dernier au Conseil de sécurité et rendu public le 13 août.

«Un risque potentiel pour la sécurité»

L’usage d’un drone pour commettre un attentat est un risque souligné depuis plusieurs années par les spécialistes de l’antiterrorisme. Avant leur dernier rapport, les experts des Nations unies, se fondant sur les informations livrées par les États membres, avaient d’ailleurs déjà abordé cette question. Début 2018, ils remarquaient que «les États membres continuent de s’inquiéter du mésusage par les groupes terroristes des drones disponibles dans le commerce, notamment à la suite de l’utilisation fréquente de drones par l’État islamique. Certains États membres exercent un contrôle sur l’importation et la commercialisation de ces équipements. Toutefois, la non-réglementation de la vente globale de drones sur Internet a été soulignée comme un risque potentiel pour la sécurité».

L’an dernier, ce même groupe d’experts soulignait que Daech a développé la capacité d’adapter «des drones disponibles dans le commerce en recyclant les pièces des modèles en vente libre», la majorité des drones «identifiés sur les champs de bataille en Irak et en République arabe syrienne» étant «des modèles disponibles dans le commerce», d’un coût allant «de 100 à 1 000 dollars». Des engins utilisés, depuis 2014, «pour filmer des documents de propagande, mener des missions d’observation, effectuer des tirs indirects, transporter et larguer de petites bombes et des engins explosifs improvisés. Il est également arrivé (que Daech) lance sur des forces rivales des drones chargés d’explosifs».

Après une série de survols suspects, notamment de centrales nucléaires, ces dernières années, la France s’est préparée à contrer ce nouveau risque

Les experts indiquent qu’al-Qaida a également déjà utilisé des drones, une première opération menée par un de ces groupes «affiliés» remontant à 2012. À l’époque de sa splendeur, Daech cherchait même «à se doter des moyens nécessaires pour concevoir et construire des drones de plus grande taille», ce qui aurait pu lui permettre «progressivement d’armer ses drones, accroissant ainsi sa capacité de frapper à distance». L’Agence France Presse rappelait récemment qu’«en janvier 2018, la Russie avait affirmé que dix drones chargés d’explosifs avaient attaqué sa base aérienne à Hmeimim, dans le Nord-Ouest syrien, et trois autres sa flotte à Tartous, sans faire de victimes ni de dégâts».

Après une série de survols suspects, notamment de centrales nucléaires, ces dernières années, la France s’est bien sûr préparée à contrer ce nouveau risque, pouvant aussi bien venir de citoyens malveillants que de voyous (pour faciliter les évasions de prison par exemple) ou de terroristes. Il est à noter que le drone survolant le fort de Brégançon a vu son vol déstabilisé par un dispositif de brouillage des ondes.

Plusieurs méthodes de repérage et de neutralisation des engins ont été testées sous la houlette du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Et la législation en la matière a été par ailleurs «durcie» pour que l’utilisation des milliers de drones professionnels et des centaines de milliers de drones à usage privé soit la plus sûre possible. En octobre 2016, Paris avait déjà été confronté aux drones de Daech, dans des circonstances toutefois bien particulières, quand deux soldats français des forces spéciales déployées près de Mossoul (Irak) avaient été grièvement blessés. Cette fois-là, l’engin, posé sur le sol, avait été piégé pour exploser à la moindre manipulation.