Syrie : vers un retrait des forces iraniennes du Sud (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Poussé par Israël, Moscou négocie un recul des forces de Téhéran en échange du redéploiement de l’armée.

Après avoir vidé la banlieue de Damas et le nord de Homs de leurs poches rebelles, le régime de Bachar el-Assad s’apprête à lancer une offensive contre la province de Deraa dans le Sud, frontalière de la Jordanie. Une offensive hautement symbolique puisque Deraa est à la fois le berceau de la révolution anti-Assad et l’une des dernières provinces – avec celle d’Idlib au nord-ouest de la Syrie – toujours aux mains des groupes armés. Mais, comme le souligne un diplomate onusien en charge du dossier syrien, «la particularité du Sud, c’est surtout de rassembler tous les acteurs régionaux et internationaux du conflit: Israël, Jordanie, Iran, Hezbollah, Russie et États-Unis».

La région abrite deux fronts: un front actif qui met aux prises des opposants au pouvoir syrien et à ses alliés, et un second, moins incandescent, mais à terme plus dangereux, car il est marqué par la présence des milices pro-iraniennes à la frontière avec le plateau du Golan syrien, occupé par Israël depuis 1967. Cette présence est intolérable pour l’État hébreu, qui, ces derniers mois, a multiplié les attaques contre des positions iraniennes en profondeur en Syrie, tuant plusieurs dizaines d’Iraniens, une première depuis des décennies. L’affrontement direct Israël-Iran menace. Après avoir laissé les pro-iraniens s’implanter aux flancs nord de l’État hébreu, la Russie, arbitre du conflit syrien, s’en est émue.

« l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rien faire pour contrecarrer les différentes pressions régionales et internationales, ils doivent quitter le Sud»

Un diplomate onusien en charge du dossier syrien

Selon plusieurs sources, Moscou a convaincu Téhéran d’éloigner ses relais du Sud syrien d’environ 40 km de la frontière avec le Golan, à l’est de l’autoroute reliant Deraa à Damas. «La seule présence militaire qui devrait être admise dans le Sud, près de la Jordanie et d’Israël, est celle de l’armée gouvernementale syrienne, a affirmé lundi le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Bien sûr, le retrait de toutes les forces non syriennes doit être mené sur la base d’un accord mutuel.»

«Un arrangement gagnant-gagnant»

Le 17 mai, une semaine après avoir reçu le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, Vladimir Poutine rencontra Bachar el-Assad à Sotchi. Au terme de leur entretien, Poutine appela au départ des «forces étrangères» de Syrie. Aussitôt après, un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères répondait que «personne ne peut forcer l’Iran à faire quoi que ce soit». Mais «l’Iran et le Hezbollah ne peuvent rien faire pour contrecarrer les différentes pressions régionales et internationales, ils doivent quitter le Sud», estime le diplomate onusien. «Leur priorité est de ne pas donner à Trump un prétexte, que ce soit sur l’accord nucléaire ou la Syrie, pour les affaiblir encore», renchérit un opposant, originaire du Sud syrien. Mardi, Lavrov a rappelé que ce départ du Sud devait se faire «aussi rapidement que possible».

«C’est un arrangement gagnant-gagnant pour Israël, Assad et la Russie. Les perdants seront une fois de plus les rebelles qui seront transférés vers Idlib»

Un opposant syrien

Accompagné du chef des renseignements militaires, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, est attendu ce jeudi à Moscou pour y rencontrer son homologue, Sergueï Choïgou. Les entretiens devraient se concentrer sur le Sud syrien et le «deal» annoncé par certains médias israéliens, au terme duquel l’État hébreu accepterait que Damas déploie ses troupes près de la ligne de démarcation israélo-syrienne, en échange du retrait des forces pro-iraniennes du Sud. «Ils devraient reconfirmer l’accord de désengagement de 1974 entre Israël et la Syrie et permettre à l’ONU de renvoyer sur place ses observateurs, qui avaient quitté la Syrie au début du conflit, précise le diplomate onusien. Les Israéliens ne sont pas fâchés que l’armée syrienne reprenne le contrôle du Sud.» Entre 1974 et 2013, la frontière avec la Syrie a été la plus sûre d’Israël. Quant à Assad, toujours selon le diplomate, «il est plutôt content, l’État devrait recouvrer sa souveraineté au Sud, il a utilisé le levier russe en contrepoids de l’influence iranienne».

Moscou veut organiser «le plus tôt possible» une rencontre avec les États-Unis et la Jordanie. Il s’agit de réactiver l’accord de désescalade des violences dans le Sud, signé en novembre par ces trois pays, mais qui n’a pas été respecté. Dans ses tractations avec la Russie, Israël cherche également à obtenir le droit de pouvoir continuer de frapper des cibles iraniennes et du Hezbollah, identifiées comme menaçantes, et au-delà du sud de la Syrie. Cet accord de retrait des forces étrangères du Sud syrien est «un arrangement gagnant-gagnant pour Israël, Assad et la Russie, décrypte l’opposant, originaire de Deraa. Les perdants seront une fois de plus les rebelles qui seront transférés vers Idlib. Pour l’Iran et le Hezbollah, c’est aussi une défaite, mais ils trouveront une sortie honorable en affirmant qu’ils ont vaincu les terroristes de Daech.»