Syrie – Israël : le dilemme des réfugiés

Deux semaines après le lancement de l’offensive du régime dans la région de Deraa, plus de 164 000 Syriens se sont réfugiés dans des campements de fortune et des villages situés près du plateau du Golan. L’armée israélienne fournit une aide humanitaire discrète aux populations syriennes établies près de la clôture ainsi qu’un soutien militaire à plusieurs groupes rebelles affiliés à l’Armée syrienne libre. Son objectif est de contrer les tentatives d’implantation du Hezbollah dans cette zone stratégique, ce qui nourrit de fortes attentes chez ces factions et ces civils qui se sentent abandonnés de toutes parts.

Israël n’a toutefois pas accueilli de réfugiés syriens sur son territoire, mettant en avant sa neutralité : « Nous avons compris depuis le début du conflit que les deux parties impliquées, les Alaouites d’Assad et les groupes sunnites (…), n’avaient aucune affection pour Israël », avait souligné Yaakov Amidror, ancien chef du Conseil de sécurité nationale. Lors d’une réunion hebdomadaire du gouvernement cette semaine, Benyamin Netanyahou a déclaré : « Nous continuerons de défendre nos frontières, nous (les) aiderons autant que nous pouvons, mais nous permettrons pas l’entrée dans notre territoire », soulignant qu’Israël « demandera le strict respect de l’Accord de 1974 sur le désengagement des forces de l’armée syrienne », se référant à l’accord de cessez-le-feu signé entre Israël et la Syrie.

Pour éviter tout embrasement de sa frontière avec la Syrie et empêcher que des milices pro-iraniennes ne s’en approchent, Israël a noué des liens avec des communautés du Golan. Baptisée « Bon voisin », cette politique s’est traduite par un accueil de centaines de blessés dans des hôpitaux israéliens, une livraison d’aide humanitaire et un soutien à quelques groupes rebelles, alliés de circonstances. Le week-end dernier, l’armée israélienne a ordonné le transfert de 300 tentes et de 30 tonnes de vivres aux Syriens rassemblés près de Qunaytra.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu hier une réunion d’urgence pour discuter de l’offensive de l’armée syrienne contre les groupes rebelles dans le sud de la Syrie, qui a forcé quelque 300 000 personnes à fuir vers les frontières jordanienne et israélienne. Le gouvernement Netanyahou, quant à lui, multiplie les contacts avec les autorités russes pour tenter de peser sur le déroulement des opérations. Le Premier ministre israélien se rendra d’ailleurs à Moscou mercredi prochain pour rencontrer le président russe Vladimir Poutine. Par ailleurs, les États-Unis, la Russie et la Jordanie seraient en négociations sur le sort des provinces de Daraa et Quneitra, en grande partie tenues par les rebelles, dans le sud de la Syrie. Depuis le début de l’offensive d’Assad, un certain nombre de villes de la région de Daraa se sont rendues, tandis que d’autres ont repoussé les offres et ont juré de se battre jusqu’au bout.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.