Syrie : Damas durcit son pilonnage du Sud (Georges Malbrunot – Le Figaro)

Deraa, le berceau de la révolution, et les positions djihadistes près du Golan, occupé par Israël, sont sous le feu.

Appuyée par l’aviation russe, l’armée syrienne accentue la pression contre les dernières poches rebelles dans le sud-ouest du pays. Des raids aériens et d’intenses bombardements d’artillerie ont visé mercredi le bassin de la rivière Yarmouk, qui jouxte la Jordanie et le plateau du Golan annexé par Israël, une zone tenue par un groupe djihadiste lié à Daech. Pour la première fois depuis son engagement aux côtés de Bachar el-Assad en 2015, l’aviation russe a frappé cette poche djihadiste du sud. De leur côté, les hélicoptères syriens ont largué des barils d’explosifs sur les positions rebelles.

Contrairement aux autres insurgés, les djihadistes refusent toute négociation avec le couple russo-syrien. Vendredi, un accord a été trouvé entre officiers russes et représentants des rebelles non djihadistes de la province de Deraa aux termes duquel la ville de Deraa de même que d’autres localités de la province passeront progressivement sous le contrôle de l’État syrien. Les insurgés ont notamment accepté de remettre leurs armes lourdes et légères à Damas.

Damas contrôle désormais près de 80 % de la province de Deraa. C’est de là qu’était partie en mars 2011 l’insurrection anti-Assad, rapidement réprimée par l’appareil sécuritaire

Outre la région de Yarmouk, l’offensive syrienne vise la ville de Deraa, ou plutôt les derniers quartiers toujours tenus par les anti-Assad. Plusieurs milliers de personnes sont encerclées, depuis que l’armée s’est emparée sans coup férir d’une base située dans le sud-ouest de la ville.

«Certains combattants de Deraa souhaitent se rendre à Idleb (province du nord-ouest contrôlée par les rebelles), mais cela est compromis étant donné que nous sommes assiégés», déclarait en début de semaine à Reuters Abou Chaïma, porte-parole de l’opposition à Deraa. De nouvelles négociations se tiennent pour régler les derniers litiges. Pour les insurgés, l’accord de vendredi ne permet pas à l’armée de s’emparer de leurs bastions. Certains veulent se réfugier à Idleb, mais d’autres tiennent à rester au sein d’une force locale que les anti-Assad espèrent créer en coopération avec la police militaire russe.

Deux semaines d’intense pilonnage des positions rebelles ont fini par faire plier les insurgés. Damas contrôle désormais près de 80 % de la province de Deraa. C’est de là qu’était partie en mars 2011 l’insurrection anti-Assad, rapidement réprimée par l’appareil sécuritaire. Une région de la plus haute importance dans la mesure où elle est frontalière de la Jordanie. Quelques heures après l’accord de vendredi, les rebelles ont dû céder le poste-frontière de Nassib, dont ils s’étaient emparés il y a trois ans. Damas espère que cette reconquête va permettre de relancer les échanges commerciaux avec la Jordanie voisine, voire même avec les pays du Golfe. Le pouvoir syrien contrôle désormais près de la moitié des 19 postes-frontières officiels avec les pays voisins: Liban, Irak, Turquie et Jordanie. Fort du soutien militaire de ses alliés indéfectibles, Russie et Iran en tête, le régime est plus que jamais déterminé à asseoir son pouvoir sur l’ensemble de la Syrie qu’il contrôle à hauteur de 60 % de son territoire.

Retour des déplacés

Au sud, plus de 300.000 personnes ont été déplacées en trois semaines de combats. Mais à la faveur de l’accord de vendredi, plus de 60.000 seraient déjà rentrées chez elles, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Dans les prochains jours, l’offensive gouvernementale va se tourner vers les positions rebelles de la province de Qouneytra, près du plateau du Golan. Des djihadistes liés à Daech y ont leurs bases, mais aussi en face d’eux, les combattants chiites pro-iraniens du Hezbollah libanais ou de milices irakiennes et afghanes. Une présence intolérable pour l’État hébreu qui négocie avec la Russie un retrait de ceux-ci.

Hostiles à tout compromis avec Damas, et devant également lutter contre d’autres rebelles, les djihadistes ont encore été capables mardi de faire exploser une voiture piégée dans le village de Zayzoun, cédé par les rebelles aux loyalistes, tuant au moins 14 combattants prorégime et insurgés. Une fois de plus, les djihadistes empêcheraient les civils de quitter la zone sous leur contrôle.

Ce nouveau revers des insurgés intervient après leur lâchage le mois dernier par les États-Unis, d’abord préoccupés par un recul iranien de Syrie, pour répondre à la priorité numéro un de leur allié israélien.