Synthèse des discours de Nikki Haley et Benyamin Netanyahou au Congrès annuel de l’AIPAC à Washington (4-6 mars 2018)

Lundi 5 mars, l’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations Unies Nikki Haley est intervenue la conférence annuelle de l’AIPAC, qui regroupe 18 000 personnes, pour réaffirmer son soutien infaillible à Israël dans un discours ovationné par l’assemblée. Saluant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par le président américain Donald Trump, elle a prédit que le jour viendra où le monde entier suivra l’exemple, précisant qu’elle avait l’intention de venir à Jérusalem pour la cérémonie d’ouverture de l’ambassade américaine en mai. Puis Nikki Haley a adressé un message très ferme au secrétaire général de l’Organisation de Libération de la Palestine, Saëb Erakat qui l’avait vivement critiquée : « Certains d’entre vous avez peut-être noté que le négociateur palestinien en chef Saeb Erakat m’a récemment adressé un conseil… il m’a demandé de me taire. M. Erekat, je serai toujours respectueuse, mais je ne me tairai jamais », a-t-elle répliqué. L’ambassadrice a rappelé le non-veto américain de l’administration précédente à une résolution de l’ONU condamnant les implantations israéliennes permettant ainsi l’adoption du texte, et a qualifié l’événement de « journée honteuse pour les Etats-Unis ». « Sous mon autorité, cela ne se reproduira jamais et je suis fière de vous dire que cela ne s’est pas reproduit », a-t-elle lancé, promettant de lutter contre la marginalisation d’Israël au sein des institutions onusiennes, fustigeant par la même occasion l’UNESCO qui, le 12 octobre dernier a voté une résolution qui niait le lien historique entre le peuple juif et Jérusalem.

Nikki Haley a suggéré à l’organisation de dédier ces sessions à la « dizaine de problématiques majeures au Moyen-Orient » comme « l’Iran, la Syrie, le Hezbollah, le Hamas, l’Etat islamique, ou encore les femmes au Yémen ». L’ambassadrice américaine a défendu le fait « qu’il ne peut y avoir de cas unique dans le monde où un seul pays ne puisse pas choisir sa capitale lui-même », pour qui « le Conseil des droits de l’homme de l’ONU organise un agenda spécifique », pour qui « une organisation qui compte 193 pays, l’ONU, passe la moitié de son temps l’attaquer ». Pour l’ambassadrice, la partialité de l’ONU n’a eu pour conséquence que de saper la paix « en encourageant l’illusion qu’Israël s’en ira tout simplement, mais Israël ne s’en ira pas ». « Quand le monde le reconnaîtra, alors la paix deviendra possible parce que toutes les parties seront alors confrontées à des réalités et non à des fantasmes », a-t-elle conclu en remerciant l’assistance.

Le lendemain, ce fut au tour du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou de monter à la tribune de l’AIPAC, centrant son discours sur deux points majeurs : la promesse de contrecarrer les ambitions nucléaires iraniennes et la promotion des relations israélo-américaines avec Donald Trump.

Dans un premier temps, il a remercié le président américain d’avoir reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël et a déclaré qu’Israël boycotterait chaque pays qui tenterait de l’isoler : « Si j’ai un message pour vous aujourd’hui, c’est celui-ci: nous devons arrêter l’Iran, nous arrêterons l’Iran », a-t-il déclaré. Benyamin Netanyahou s’est engagé à soutenir l’ultimatum de Donald Trump qui invite le Congrès et les Européens à modifier l’accord de Vienne de 2015 sous peine d’abroger l’accord historique.

Puis, évoquant la pression de l’administration Trump pour consolider un accord de paix entre Israël et les Palestiniens, il a salué le travail effectué par la diplomatie américaine : « Israël reste déterminé à parvenir à la paix avec tous nos voisins, y compris les Palestiniens », a-t-il déclaré. « Nous apprécions les efforts de la superbe équipe du président Trump », qui comprend le gendre et conseiller principal de Trump, Jared Kushner, son envoyé au Moyen-Orient, Jason Greenblatt, et l’ambassadeur américain en Israël David Friedman. A cette occasion, il a également plaidé en faveur d’une législation qui sera présentée au Congrès et qui couperait l’aide à l’Autorité palestinienne si elle ne cessait pas de verser des prestations sociales aux familles des terroristes palestiniens» (…) « Pour obtenir la paix, le président Abbas doit embrasser la paix et cesser de soutenir la terreur ». Puis, s’adressant directement au leader de l’autorité palestinienne, il a alors déclaré : « J’ai un message pour le président Abbas : ‘Arrêtez de payer des terroristes’. Parce que quel message cela envoie aux enfants palestiniens ? Ils se disent : ‘Tuer des juifs et devenir riche.’ Je crois que le président Abbas devrait mieux utiliser cet argent », a-t-il poursuivi, énumérant les projets d’infrastructure potentiels et d’autres initiatives visant à améliorer la qualité de vie en Cisjordanie.

Sur le volet économique, Benyamin Netanyahou a loué les avantages du libéralisme « qui a permis au génie israélien de produire tout son potentiel » et souligné que des grandes entreprises internationales comme Apple, Google, Amazon ont ouvert des centres de recherche et de développement en Israël grâce à l’esprit d’invention et d’innovation qui caractérise Israël. Sous les ovations, le Premier ministre a rajouté: « Vous vous souvenez de ceux qui parlaient d’isolement international d’Israël? Bientôt, ce sont les pays qui boycottent Israël qui seront isolées! Et nous boycotterons ceux qui voulaient nous isoler! »

Benyamin Netanyahou a conclu son discours en saluant à nouveau la décision du Président Donald Trump de déplacer l’Ambassade américaine en Israël à Jérusalem.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.