Le « style » Trump peut-il changer la donne dans le conflit israélo-palestinien?

Mercredi dernier, à l’occasion de la première visite de Mahmoud Abbas à Washington depuis son élection, Donald Trump a affiché son optimisme sur la possibilité d’aboutir à un accord de paix au Proche-Orient : « Nous voulons créer la paix entre Israël et les Palestiniens, nous y arriverons », a-t-il déclaré, tout en restant évasif sur la méthode, et alors que tous ses prédécesseurs ont échoué. Se proposant d’être un « médiateur », un « arbitre » ou un « facilitateur », le président américain a insisté sur le fait que les échecs passés ne rendaient pas nécessairement la tâche impossible, ajoutant ainsi : « Dans ma vie, j’ai toujours entendu que l’accord le plus difficile à conclure était probablement celui entre les Israéliens et les Palestiniens. Voyons si nous pouvons faire mentir cette affirmation. (…) Il ne peut y avoir de paix durable si les dirigeants palestiniens ne condamnent pas à l’unisson les appels à la violence et la haine. »

Debout à ses côtés, le leader palestinien a partagé le même enthousiasme. Réaffirmant son attachement à une solution à deux Etats, il a évoqué l’espoir d’un « traité de paix historique ». Il est toutefois resté sur ses positions concernant la résolution du conflit: la paix signifie une solution à deux Etats, dans les frontières de 1967. « Notre peuple subit, depuis 50 ans, la plus longue occupation de l’histoire, a-t-il poursuivi, et nous demandons aux Israéliens de reconnaître un Etat palestinien, dont Jérusalem-Est, comme nous reconnaissons Israël ».

Les deux hommes sont restés sur des propos très généraux qui laissent pour l’heure peu de places aux dissensions, et Mahmoud Abbas semble croire aux bonnes intentions de Donald Trump. Mais dans les rues de Gaza et même à Ramallah, l’homme a été jugé faible et soumis par les dirigeants du Hamas et du Fatah qui ont protesté contre son leadership.

Si la nouvelle résolution de l’UNESCO votée mardi, à la veille du 69ème anniversaire de l’Etat hébreu a une fois de plus été applaudie par les Palestiniens, du fait de sa négation du lien historique et millénaire entre les Juifs et Jérusalem, cela ne suffit guère à redorer le blason d’un Mahmoud Abbas très contesté. Du reste, la révision de la Charte du Hamas qui a été publiée cette semaine s’inscrit dans une volonté du groupe terroriste de s’imposer comme un interlocuteur complémentaire, voire préférable au Fatah.

Donald Trump a peut-être fait montre d’optimisme avec le leader palestinien mais les Etats-Unis ne sont pas dupes pour autant et se sont une fois de plus opposés à la résolution de l’UNESCO. En 2012, ils avaient cessé tout soutien financier à l’organisation suite à l’adhésion de la « Palestine ». A l’ONU, le nouveau Secrétaire général Antonio Guterres semble résister aux pressions partisanes tandis que Nikki Haley a affiché jusque-là un soutien indéfectible à Israël.

Le président américain aura-t-il la hauteur de vue nécessaire à la résolution du conflit? Son style « brut de décoffrage » pourrait braquer les Palestiniens tandis que la droite israélienne risque fort de déchanter s’il ne tient pas ses promesses de campagne, notamment sur la question du transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem et sur les implantations.

La visite du chef d’Etat américain en Israël le 22 mai prochain permettra de clarifier ses positions et d’en savoir un plus sur sa méthode.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.