Saad Hariri de retour à Riyad, sur les lieux de sa démission forcée

L’Arabie saoudite veut à présent recomposer ses relations avec le Liban.

Saad Hariri est de retour dans le pays qui a bien failli couler sa carrière politique. Le premier ministre libanais a été reçu, mercredi 28 février, à Riyad par le roi Salman et devait aussi rencontrer son fils, le prince héritier Mohammed Ben Salman, dit « MBS », l’homme qui l’avait contraint à démissionner à l’automne 2017. Pas rancunier, ou du moins comédien accompli, le fils de Rafik Hariri a posé tout sourire devant les photographes de l’agence de presse saoudienne, devisant avec le souverain de relations bilatérales, une tasse de café à la main, comme si l’affront du 4 novembre était définitivement oublié.

Ce jour-là, dans un discours surprise, prononcé depuis Riyad, M. Hariri avait annoncé son retrait du gouvernement, imputant son geste à la « mainmise » de l’Iran et du Hezbollah sur les affaires de son pays. Cette décision choc, dictée par MBS dans le but de dresser la rue sunnite contre le mouvement chiite libanais et d’endiguer l’influence de Téhéran au Proche-Orient, s’était très vite retournée contre le numéro deux saoudien, taxé d’apprenti sorcier par de nombreux observateurs, et accusé de retenir M. Hariri contre son gré. Une médiation du président français, Emmanuel Macron, avait permis au premier ministre libanais de regagner Beyrouth, le 22 novembre, avant qu’il ne retire sa démission, quelques jours plus tard.

Le retour de M. Hariri sur les lieux de son humiliation est le signe de son pragmatisme. Le chef du gouvernement, qui répugne à s’exprimer sur l’épreuve qu’il a endurée, n’a pas les moyens de se fâcher avec la couronne saoudienne, protectrice du camp sunnite libanais et sponsor historique de sa famille. A fortiori à la veille d’échéances très importantes pour son pays.

Replâtrer les relations

Une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise doit se tenir le 15 mars à Rome, suivie d’une deuxième grand-messe, en soutien à l’économie libanaise, le 6 avril à Paris, et d’un sommet à Bruxelles, les 24 et 25 mai, consacré aux Etats accueillant des réfugiés syriens, ce qui est le cas du Liban. Trois événements en forme de collecte de fonds, auxquels M. Hariri est venu s’assurer que l’Arabie saoudite participera. Autre objectif de son déplacement : la préparation des élections législatives du mois de mai, rendez-vous majeur pour le premier ministre, qui espère être reconduit à son poste.

Le simple fait que le royaume saoudien ait choisi de le faire venir à Riyad démontre sa volonté, sinon de relancer, du moins de replâtrer ses relations avec le Liban. « Dans l’entourage de MBS, il y a deux théories concernant le Liban, explique un proche de Saad Hariri. La première consiste à dire : “Il n’y a plus rien à tirer de ce pays qui est sous la coupe du Hezbollah, il faut le lâcher et arrêter les frais.” La seconde dit, au contraire, “rien n’est perdu, ce serait une erreur historique de l’abandonner après y avoir autant investi”. La première approche l’a emporté en novembre. Mais, aujourd’hui, c’est la seconde qui semble prédominer. »

Preuve de ce changement de ligne au sein de l’appareil d’Etat saoudien, le dossier libanais semble avoir été retiré des mains du belliqueux Thamer Al-Sabhan, ministre des affaires du Golfe. En amont et pendant la crise de novembre, ce général, ex-ambassadeur en Irak, avait multiplié les Tweet et les déclarations incendiaires, allant jusqu’à accuser le Liban d’avoir « déclaré la guerre » à l’Arabie saoudite. Mardi 27 février, dans une interview au Washington Post, Mohammed Ben Salman a déclaré que Saad Hariri était « dans une meilleure position » au Liban. Un indice supplémentaire du désir de Riyad de calmer le jeu.