La Russie, ultime garde-fou d’une guerre entre le Liban et Israël ?

Pour la septième fois en deux ans, Benyamin Netanyahou a rencontré Vladimir Poutine, à la veille de la conférence pour la paix en Syrie qui s’est tenue à Sotchi mardi 30 janvier pour lui rappeler son opposition à l’expansion iranienne en Syrie et au Liban.

Lors d’un discours au Musée juif et centre de tolérance de Moscou où a eu lieu une cérémonie en mémoire des victimes de la Shoah, il a accusé l’Iran de vouloir « détruire » Israël, « Nous lui ferons face avec toute notre force pour garantir le caractère éternel d’Israël », avant d’ajouter qu’« il n’y aura pas d’autre Holocauste ». Il a par ailleurs indiqué qu’Israël « ne tolérera pas » que des usines de production de missiles de haute précision menaçant Israël soient construites par l’Iran au Liban, au profit de sa milice alliée, le Hezbollah chiite. « Ces usines sont déjà en chantier, et les Russes comprennent parfaitement pourquoi nous prenons les risques encourus au sérieux », a-t-il déclaré.

Au cours de son entretien avec le président russe, le Premier ministre israélien a rappelé qu’il existe entre Moscou et Jérusalem une convergence d’intérêts et qu’il existait des accords tacites permettant à Tsahal de jouir d’une certaine liberté d’action en Syrie. « L’armée russe est positionnée au-delà de notre frontière nord, et nous avons jusqu’à présent réussi à préserver notre liberté de manœuvre et nos intérêts », a déclaré Benyamin Netanyahou. Dans les faits, les Russes soutiennent l’Iran, qui lui même soutient le Hezbollah. Toutefois, il y a plus de deux ans, le Kremlin a conclu avec Israël un accord de coordination militaire en Syrie.

Les combattants du Hezbollah ont transféré une quantité signifiante de missiles syriens au Liban et l’arsenal de l’organisation s’est considérablement développé passant de 40 000 roquettes en 2010 à 150 000 en 2017[1]. D’où l’inquiétude grandissante des Israéliens qui redoutent l’imminence d’un nouveau conflit. Quelques jours plus tôt, dans un article publié en arabe dans plusieurs médias libanais, le porte-parole de l’armée israélienne Ronen Manelis a accusé le Hezbollah de transformer le Liban en une branche de l’Iran et en « une grande usine de missiles ». L’article suggère que, suite aux bombardements israéliens sur le territoire syrien, l’Iran a compris que la Syrie n’était plus un lieu sûr pour y placer ses nouvelles installations. Téhéran a alors décidé de les déplacer au Liban où il bénéficie de la protection du Hezbollah.

A l’heure actuelle, l’armée israélienne renforce ses lignes de défense à sa frontière avec le Liban pour empêcher d’éventuelles infiltrations du Hezbollah via des tunnels tandis qu’elle perfectionne son bouclier anti-missiles Iron Dome.

Si les efforts diplomatiques s’avèrent infructueux, Israël fera tout pour empêcher que des divisions iraniennes prennent pied en Syrie. Ainsi, fidèle à son paradigme du Qualitative Military Edge[2] (« avantage militaire qualitatif / stratégique »), il poursuivra  des raids aériens ou des opérations contre les entrepôts ou les convois d’armements sophistiqués destinés au Hezbollah.


[1] Selon le Washington Times cité par DEFA Press

[2] Capacité à contrer et vaincre toute menace militaire conventionnelle venant d’un Etat, d’une éventuelle coalition d’Etats ou d’acteurs non-étatiques par l’utilisation des moyens militaires supérieurs (armes, contrôle, renseignement, communication etc.), acquise en quantité suffisante.