Roumanie et République tchèque débattent du déménagement de leur ambassade à Jérusalem ( Mirel Bran, Blaise Gauquelin et Jean-Pierre Stroobants – Le Monde)

Bucarest et Prague ont suscité la controverse en proposant de suivre la décision prise par Donald Trump en décembre 2017, contre la ligne de conduite fixée au sein des pays de l’UE.

Après les divisions sur la relation avec Moscou, sur d’éventuelles sanctions contre l’Iran ou sur l’attitude à adopter face au régime syrien, voilà la diplomatie européenne confrontée à de nouvelles divergences. Elles portent, cette fois, sur l’éventuelle implantation d’ambassades de pays membres à Jérusalem.

Prenant le contre-pied de la position officielle des Vingt-Huit, certaines capitales semblent, en effet, vouloir imiter la décision prise, en décembre 2017, par Donald Trump. Le président américain avait, à l’époque, reconnu la ville sainte comme la capitale d’Israël et décidé d’y installer l’ambassade de son pays, en lieu et place de Tel-Aviv. Une décision rapidement condamnée, au nom de l’Union européenne (UE), par la haute représentante pour les affaires étrangères, Federica Mogherini.

En Roumanie, la question du déménagement de l’ambassade divise et fait désormais l’objet d’une rude bataille politique. Le 20 avril, le gouvernement social-démocrate a confirmé son intention d’organiser le transfert vers Jérusalem. « Nous sommes responsables, nous ferons preuve de discernement et nous discuterons avec toutes les institutions », a déclaré la première ministre, Viorica Dancila, qui doit effectuer une visite officielle à Jérusalem, les 25 et 26 avril. Le président libéral Klaus Iohannis, qui cohabite difficilement avec des gouvernements sociaux-démocrates depuis 2016, a aussitôt réagi. « Selon la Constitution, cette décision appartient au président, mais je n’ai été ni informé ni consulté à ce sujet, a-t-il affirmé. Un transfert de l’ambassade représenterait une violation du droit international. »

Les sociaux-démocrates ont pris leurs distances avec l’UE et l’homme fort du pays, Liviu Dragnea, chef de file des sociaux-démocrates, espère en fait gagner le soutien des Etats-Unis – critiques à l’égard d’un projet de réforme de la justice – en suivant Washington sur la question du déménagement de l’ambassade.

« Sérieuse préoccupation »

En République tchèque, le président eurosceptique, Milos Zeman, avait, lui, précédé Donald Trump en exprimant, il y a quatre ans déjà, sa volonté de fermer la représentation diplomatique à Tel-Aviv pour la rouvrir à Jérusalem. Son rôle est toutefois largement protocolaire et le premier ministre, Andrej Babis, envisage quant à lui l’ouverture d’un simple consulat dans la Ville sainte. Son inauguration est prévue dans les prochains mois.

En Autriche, l’extrême droite est, elle aussi, convaincue du bien-fondé d’un déménagement. De longue date, Heinz-Christian Strache, le leadeur du FPÖ (Parti de la liberté), plaide pour une reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Il juge « totalement absurde » que les diplomates envoyés par Vienne se trouvent toujours dans la ville de Ramat Gan. La formation d’extrême droite – boycottée par le gouvernement israélien – n’a toutefois pas réussi à imposer ses vues au partenaire majoritaire de la coalition gouvernementale, le parti conservateur ÖVP (Parti populaire), qui s’en tient pour l’instant à la position européenne.

En Hongrie, le premier ministre, Viktor Orban, fait également preuve d’une certaine retenue sur le sujet, même s’il défend une ligne clairement pro-israélienne et s’il avait bloqué, juste après l’annonce de M. Trump, la publication d’une condamnation conjointe des Vingt-Huit. Mme Mogherini avait dès lors été contrainte d’exprimer seulement la « sérieuse préoccupation » de l’UE. Après la récente victoire électorale de M. Orban, son homologue israélien, Benyamin Nétanyahou, l’a remercié pour le soutien qu’il apporte à son pays au sein des organismes internationaux.

Calmer le jeu

M. Nétanyahou avait été reçu à Bruxelles en février peu de temps après Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Il avait alors tablé sur les divisions du camp européen en invitant ses membres à imiter la décision des Etats-Unis, estimant qu’elle rendait la paix « possible ». Mme Mogherini avait répliqué en rappelant que l’UE défendait la seule solution « réaliste » : la coexistence des deux Etats, avec Jérusalem comme capitale. Toute autre option ne ferait qu’encourager l’extrémisme dans les deux camps, insistait-elle.

Cette position, présentée comme unanime, était en fait déjà contestée – plus discrètement – par d’autres pays que la Hongrie, à savoir la République tchèque, la Lituanie, Chypre et la Grèce. Ce qui n’allait pas empêcher l’UE de débloquer, peu après, 42,5 millions d’euros pour renforcer les institutions étatiques palestiniennes et financer des activités à Jérusalem-Est. Une décision qui se voulait symbolique.

Interrogé lundi 23 avril, l’entourage de Mme Mogherini entendait calmer le jeu. « Nous n’avons reçu aucune notification d’un quelconque déménagement, indiquait une porte-parole. Et la position des Vingt-Huit a été réaffirmée à trois reprises au cours des trois derniers mois. »