Riposte occidentale en Syrie : Israël en état d’alerte

Alors que l’imminence de frappes occidentales contre la Syrie est de plus en plus palpable, la Russie a exigé d’Israël de « s’abstenir de toute action déstabilisante » tandis que Benyamin Netanyahou a menacé l’Iran « de ne pas tester la détermination d’Israël ». Moscou a accusé Israël d’avoir frappé, lundi matin, une base de l’armée de l’air syrienne situé entre Homs et Palmyre. Selon plusieurs médias iraniens, sept des quatorze militaires tués par les missiles israéliens servaient dans les rangs des gardiens de la révolution. Selon un haut gradé de Tsahal cité par la dixième chaîne de télévision, les frappes conduites par Israël avaient pour but d’empêcher la création, par l’Iran, d’une base aérienne en Syrie.

Le Premier ministre israélien a demandé à ses ministres de ne pas commenter publiquement la situation actuelle en matière de sécurité vis-à-vis de l’Iran et de la Syrie. Mais dans les conversations privées, les responsables israéliens considèrent qu’un conflit prochain avec l’Iran est inévitable. Israël a tracé ses lignes rouges, déclarant à maintes reprises qu’il ne permettra pas à l’Iran de s’enraciner dans les rangs militaires en Syrie.

Avec la menace de frappes américaines et françaises sur la Syrie, les risques d’un débordement ou d’un dérapage augmentent car en cas de bombardements sur l’allié de Téhéran, l’Iran pourrait décider de s’en prendre à l’allié des Etats-Unis le plus proche, c’est-à-dire Israël, à partir de ses bases en Syrie ou au Liban. Dans ce contexte, l’ouverture d’un nouveau front, une incursion israélienne au Sud Liban se justifierait. Cela fait des mois que les états-majors des pays de la région et les Casques bleus de l’ONU au Liban redoutent cette possibilité, même si Israël garde un avantage tactique et stratégique sur les forces pro-iraniennes au Liban et en Syrie. Les renseignements militaires israéliens estiment que 20.000 hommes sont actuellement déployés – soit environ 2000 conseillers militaires et soldats iraniens, 7500 membres de la milice libanaise chiite Hezbollah et 9000 combattants originaires d’Afghanistan, du Pakistan ou d’Irak. Les dirigeants de l’État hébreu se disent prêts à contrecarrer activement les ambitions hégémoniques de la République islamique à leur frontière nord.

Si  les Russes ont adopté un ton accusateur à l’égard d’Israël, ils n’ont pas intérêt à ce que la situation s’embrase. A plusieurs reprises, Benyamin Netanyahou a répété à Vladimir Poutine qu’Israël ne tolérerait pas de présence militaire iranienne forte en Syrie. Le Kremlin, qui maitrise le ciel syrien, n’a jamais essayé de contrer les bombardements israéliens en Syrie. Ce qui prouve que l’alliance purement opportuniste de la Russie et l’Iran en Syrie, cessera dès que les intérêts supérieurs de l’un des deux pays reprendra le dessus.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.