Révélations sur l’Opération Orchard : Le message d’Israël à l’Iran

Onze ans après le bombardement du réacteur nucléaire syrien d’al-Kibar, situé dans la région de Deir ez-Zor, Israël a enfin décidé de s’attribuer l’opération Orchard (« Outside the box » en anglais), conduite sur ordre du Premier ministre de l’époque Ehoud Olmert . L’armée a partagé un dossier sur ce sujet avec un groupe de journalistes israéliens et étrangers – qui ont dû soumettre leur article à la censure militaire, en vertu de la procédure sur les questions de sécurité nationale.

Le secret de cette opération, entretenu par Israël et le régime syrien, évidemment non désireux de confirmer l’existence de son programme clandestin, était en réalité connu de longue date. Dès les semaines qui ont suivi le raid israélien dans la nuit du 5 au 6 septembre 2007, la presse américaine avait fait le récit des discussions confidentielles entre le gouvernement Olmert et l’administration Bush, qui ne voulait pas s’engager dans une telle opération, déjà enlisée depuis 4 ans en Irak. Le 25 avril 2008, dans un télégramme diplomatique, qui sera par la suite révélé par WikiLeaks, la secrétaire d’Etat Condoleezza Rice confirmait qu’Israël était bien l’instigateur des frappes. Pourtant, l’Etat hébreu a longuement hésité. D’une part, parce qu’il redoutait une guerre avec la Syrie dans la foulée, d’où cette volonté de faire profil bas après le bombardement. D’autre part, parce qu’il craignait une catastrophe écologique, le site étant situé à proximité de l’Euphrate.

Pourquoi Israël a-t-il attendu une décennie pour faire ces révélations ? Trois raisons expliquent ce choix. Premièrement, l’Iran. Depuis plusieurs mois, les dirigeants israéliens ne cessent de dire qu’ils ne tolèreront pas l’implantation de forces iraniennes ou d’usines permettant de fabriquer des missiles de précision à sa frontière nord. L’annonce israélienne est donc une opération de communication avec un message clair : « ne franchissez pas notre ligne rouge, sinon nous attaquerons ». Deuxième motif de ces aveux à la presse : les Européens. Israël et les Etats-Unis les pressent d’imposer un renforcement des mesures visant à empêcher l’Iran d’acquérir la bombe atomique. Donald Trump leur a lancé un ultimatum au 12 mai prochain et les a menacés de sortir de l’accord de Vienne s’ils n’étaient pas plus intransigeants avec la République islamique. L’éviction de Rex Tillerson et son remplacement par Mike Pompeo s’inscrit dans cette perspective. Le nouveau Secrétaire d’Etat partage l’avis du président américain et estime qu’il faut être intraitable avec l’Iran.

Enfin, la parution prochaine des mémoires d’Ehud Olmert dans lequel il consacre un chapitre à son rôle dans le déclenchement de l’opération Orchard, a aussi contribué à accélérer la révélation du secret israélien. Sorti de prison en juillet 2017 après plus de seize mois d’incarcération pour corruption, il avait rédigé le livre dans sa cellule. A l’époque, la police avait perquisitionné son éditeur, car l’ancien Premier ministre avait utilisé, via ses avocats, des documents classés confidentiels pour évoquer le raid de 2007.

En 2007, Gabi Ashkenazi, alors chef d’état-major, avait déclaré aux officiers de l’escadron impliqués dans les frappes en Syrie: « Ce qui est significatif, ce n’est pas seulement la destruction du réacteur mais ce qui se passera après ». Onze ans sont passés et la situation n’a jamais été aussi critique entre l’Iran, sa milice, le Hezbollah et Israël. Sommes-nous à l’aube d’un nouveau conflit armé ?

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.