Retour au calme dans la bande de Gaza (Cyrille Louis – Le Figaro)

Alors qu’un responsable du Hamas évoque un accord de cessez-le-feu, un ministre israélien reste plus ambigu. Sur le terrain, les tirs de roquettes vers Israël et les bombardements contre la bande de Gaza semblent s’espacer.

Cessez-le-feu durable ou simple pause? Mercredi matin, au terme d’une nuit agitée, l’engrenage des tirs de roquettes vers Israël et des bombardements contre la bande de Gaza s’est interrompu. Un haut responsable du Hamas, Khalil al-Haya, a déclaré que les factions impliquées dans ce regain de violence sont prêtes à cesser les hostilités. «Un certain nombre de médiateurs sont intervenus ces dernières heures et un accord a été conclu pour le retour du cessez-le-feu à Gaz», a-t-il précisé. Au même moment, le ministre israélien des Renseignements, Yisrael Katz, confirmait à demi-mot: «Israël ne veut pas que la situation se détériore, mais celui qui a commencé avec la violence doit la faire cesser.»

La perspective d’un cessez-le-feu négocié par l’intermédiaire de l’Égypte avait été évoquée dès mardi soir par un dirigeant du Djihad islamique, mais le fracas des bombardements avait vite fait taire cet espoir. Selon l’armée israélienne, 25 sites décrits comme des ateliers de fabrication de roquettes, des hangars abritant des drones et d’autres infrastructures militaires ont été frappés durant la nuit – en plus de la trentaine de cibles visées mardi après-midi. Le Hamas et le Djihad islamique, de leur côté, ont poursuivi les tirs de projectiles en direction des localités israéliennes, dont les habitants ont été réveillés à de nombreuses reprises par les sirènes les invitant à trouver refuge dans des abris sécurisés. Au total, l’armée israélienne estime qu’une centaine de projectiles ont été tirés depuis la bande de Gaza au cours des 24 dernières heures.

Un bilan étonnement léger

Cet échange de feu, le plus important depuis la guerre de l’été 2014, s’est à ce stade soldé par un bilan étonnamment léger. Trois soldats israéliens ont été touchés mardi par des éclats d’obus, tandis qu’un autre projectile palestinien a atterri dans un jardin d’enfants sans faire de blessé. Les frappes israéliennes, conduites exclusivement contre des sites militaires que les groupes armés palestiniens avaient eu le temps d’évacuer, n’ont pas de victime. L’État hébreu a manifestement voulu afficher son intransigeance après la salve de roquettes et d’obus de mortier tirée mardi matin par le Hamas et le Djihad islamique, tout en veillant à ce que sa riposte ne provoque pas un nouvel embrasement dans la bande de Gaza.

Le regain de violence intervient alors que des rumeurs insistantes font état de négociations secrètes menées, par l’intermédiaire du Qatar et de l’Égypte, en vue de parvenir à une trêve de longue durée entre Israël et le Hamas. «Notre but à court terme est d’obtenir la levée du blocus, confirme Ghazi Hamad, haut responsable du mouvement du mouvement islamiste au pouvoir à Gaza, mais en dépit des discussions en cours, aucune proposition sérieuse n’a pour l’heure été mise sur la table».

«Les deux parties marchent au bord du gouffre.»

Nahum Barnea, l’éditorialiste israélien

Le recours limité aux armes, dans ce contexte, peut être vu comme une façon d’accroître la pression contre la partie adverse. Mais, il s’agit d’un jeu dangereux, comme le souligne l’éditorialiste israélien Nahum Barnea. «Chaque côté s’efforce de jouer selon les règles en vigueur, écrit-il dans le quotidien Yedioth Ahronoth, mais les risques sont importants. Si l’obus de mortier tiré contre un jardin d’enfants à la périphérie de Gaza était tombé quelques minutes plus tard, des enfants et leurs parents auraient été blessés ou tués et rien n’aurait pu empêcher une attaque terrestre contre Gaza. Les deux parties marchent au bord du gouffre.»

Le gouvernement israélien, ne voulant pas donner l’impression de céder sous la menace des roquettes ennemies, se refusait mercredi matin à confirmer formellement la conclusion d’un cessez-le-feu. Zeev Elkin, une figure du Likoud qui brigue la mairie de Jérusalem, a déploré: «Si cet épisode s’achève maintenant, le résultat n’est pas satisfaisant. Il était possible de réagir plus fortement». Mais un haut responsable israélien a implicitement confirmé la fin de cette passe d’arme en prévenant, sous couvert de l’anonymat: «Nous avons fait passer le message que si ces tirs de roquette reprennent, les frappes contre le Hamas et ses alliés seront d’une tout autre ampleur».