Que retenir de la première rencontre officielle entre Emmanuel Macron et Benyamin Netanyahou?

Dimanche 16 juillet, deux jours après avoir célébré aux côtés de Donald Trump, le centenaire de l’entrée en guerre des Etats-Unis dans la Première guerre mondiale, le Président français a commémoré, aux côtés du premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le 75e anniversaire de la rafle du Vél’d’Hiv, l’arrestation par la police française de plus de 13 000 juifs de la région parisienne, dont 4 000 enfants, déportés ensuite vers les camps de la mort nazis. Il s’agissait de la première rencontre officielle entre les deux hommes, et ce fut pour eux l’occasion de clarifier leurs positions sur les sujets qui affectent la relation bilatérale France-Israël.

Un discours historique au Vel d’Hiv

Au cours d’un discours très solennel relatant cet épisode tragique de notre histoire, Emmanuel Macron a laissé transparaître une vive émotion, d’autant qu’il a toujours affirmé considérer la mémoire comme essentielle dans la construction d’une nation. S’inscrivant dans la lignée de Jacques Chirac en 1995, puis Nicolas Sarkozy et François Hollande, il a réaffirmé que « c’est bien la France qui organisa la rafle du Vél d’Hiv en juillet 1942 » et la déportation de milliers de juifs. « Oui, je le redis ici, c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation et donc, pour presque tous, la mort des 13 152 personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet à leur domicile », a déclaré le chef de l’Etat. « Les 16 et 17 juillet 1942 furent l’oeuvre de la police française. Pas un seul Allemand n’y prêta la main », a-t-il ajouté. « Récemment encore, ce que nous croyons établi par les autorités de la République, sans distinction partisane, avéré par tous les historiens, (…) s’est trouvé contesté par des responsables politiques français prêts à faire reculer la vérité », a-t-il rappelé, faisant référence aux propos de Marine Le Pen, qui avait déclaré le 9 avril dernier que « la France [n’était] pas responsable du Vel d’Hiv ». Soixante-quinze ans après, la question de la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs de France continue encore de faire polémique. Dans les jours qui ont suivi cette allocution, Jean-Luc Mélenchon a  lui aussi condamné les propos du président.

Macron adopte une posture « vallsienne » sur l’antisionisme

Au-delà de la question du rôle de la France, Emmanuel Macron a replacé Vichy dans son contexte historique depuis l’affaire Dreyfus, en passant par les diatribes antisémites d’une partie de la classe politique française sous la IIIe République. C’est en assistant à Paris à la déchéance du capitaine Dreyfus que le père du sionisme, Theodor Herzl, décida de lancer son combat pour la création d’un foyer national. Celui-ci servirait de refuge aux juifs européens dont il pressentait le funeste destin. Poursuivant sa chronologie et évoquant le triste sort d’Ilan Halimi, de Jonathan Sandler et ses deux fils, Gabriel et Arieh, de Myriam Monsonego, Yohan Cohen, Philippe Braham, François-Michel Saada, Yoav Hattab, il évoqua enfin Sarah Halimi dont l’assassinat, a été passé sous silence par les médias. « Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi », a martelé Emmanuel Macron, avant d’évoquer l’antisionisme qu’il a assimilé à l’antisémitisme : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme » qui est la « forme réinventée de l’antisémitisme ». Vivement applaudi par l’assistance, il s’est inscrit dans une posture « vallsienne ». L’ancien Premier ministre fut en effet le seul homme politique a avoir fermement condamné ceux qui prétendaient rejeter l’Etat hébreu mais ne pas être antisémite. Avec cette déclaration, Emmanuel Macron bouscule un tabou et rend justice à l’Histoire.

De minces nuances sur le conflit israélo-palestinien, une vigilance accrue face à l’Iran

Après la cérémonie, les dirigeants français et israélien se sont retrouvés pour un entretien de travail à l’Elysée. A l’issue de la rencontre, Emmanuel Macron a rappelé « le soutien indéfectible et inconditionnel [de la France] à la sécurité d’Israël » et appelé à la reprise des négociations de paix pour « une solution à deux Etats ». Les discussions sont au point mort depuis l’échec d’une médiation américaine au printemps 2014. Macron a annoncé qu’il se rendrait en Israël « dans les prochains mois ».
Rappelons que président français avait reçu le 5 juillet dernier à l’Elysée le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, et condamné la colonisation israélienne. Mais lors de sa conférence de presse avec Benyamin Netanyahou, il s’est montré plus nuancé, déclarant qu’il fallait « cesser les constructions dans les colonies » mais n’a pas dit qu’il fallait « cesser la colonisation ». Il n’a en revanche pas repris à son compte l’initiative de François Hollande, qui prônait une approche internationale du conflit et avait organisé en janvier une conférence sur le Proche-Orient.
Les dossiers régionaux ont également été abordés. Emmanuel Macron a assuré Israël de sa « vigilance » sur la mise en œuvre de l’accord sur le nucléaire iranien de 2015 et dit « partager ses inquiétudes sur l’armement du Hezbollah » libanais, soutenu par l’Iran. Il a assuré le Premier ministre israélien de veiller à la « mise en oeuvre stricte » de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien.

En conclusion, les deux chefs d’Etat ont promis une coopération renforcée dans les domaines diplomatiques, sécuritaires, commerciaux, technologiques et culturels entre la France et Israël. Ce premier grand rendez-vous entre les deux chefs d’Etat a permis à chacun de manifester son soutien et ses attentes envers l’autre. Les propos tenus par Emmanuel Macron ont sans doute rassuré le Premier ministre israélien même si sa perception du conflit israélo-palestinien ne varie pas tellement de celle de ces prédécesseurs, si ce n’est sur le traitement. Le président français refuse en effet toute reconnaissance unilatérale de l’Etat de Palestine, contrairement à François Hollande qui en avait fait sa 59ème promesse de campagne. La prochaine visite d’Emmanuel Macron, pas encore programmée mais qui aura sans doute lieu courant 2018, nous en dira plus sur ses intentions.