Que retenir de l’action diplomatique de Barack Obama au Moyen-Orient ?

Mardi 10 janvier Barack Obama a choisi Chicago pour prononcer son discours d’adieu, en tant que président des Etats-Unis, au peuple américain. Dans une semaine, il cèdera la place au déjà très controversé Donald Trump. Après deux mandats, celui qui a défini sa doctrine dans la formule « Don’t do stupid shit » (« Ne pas faire de choses stupides ») a dû faire face à un monde profondément tourmenté par de multiples crises internationales (printemps arabes, terrorisme de Daech, ambitions hégémoniques russes, nucléaire iranien) qui laissent un bilan en demi-teinte. Que retenir de l’action diplomatique au Moyen-Orient du 44ème président des Etats-Unis ?

Un des succès incontestables de sa présidence sera le raid sur Abbottabad au Pakistan qui a permis de tuer Ben Laden et de donner à Barack Obama une certaine assise. Toutefois, la prudence militaire est sans doute l’expression qui a le mieux caractérisé sa posture en  relations internationales. Echaudé par l’échec de l’administration Bush en Irak, il avait émis le vœu lors de sa campagne de retirer ses troupes ainsi qu’en Afghanistan, ce qu’il a effectivement fait. Cependant, la situation fragile dans ces deux pays ont laissé des plaies béantes : quitter l’Irak a aidé l’Etat islamique à prendre le pouvoir dans plusieurs grandes régions en Syrie et en Irak et l’action de Daech a contraint les Etats-Unis à renvoyer des troupes –même si elles sont bien moins nombreuses- et à prendre part activement à l’anéantissement de l’organisation djihadiste. La frilosité de Barack Obama dans le dossier syrien puis son impuissance ont vivement été critiquées. La brèche qu’il a creusée a permis à la Russie de bouleverser la donne dans la région. 

Il faudra attendre l’été 2014 pour que les Etats-Unis bombardent les positions de l’Etat islamique en Irak, puis en Syrie. Tout en appelant au départ d’Assad, Washington ne s’en prendra cependant pas directement à un régime syrien soutenu par Moscou et Téhéran. Le président américain est aussi perçu comme celui qui a abandonné le président égyptien Hosni Moubarak, qu’il a décrit au début de son mandat comme l’un des plus importants alliés des Etats-Unis dans la région, et a vivement critiqué la contre-révolution d’Abdel Fattah Al-Sissi.

D’autre part, la participation américaine dans l’intervention militaire de l’OTAN en Libye a conduit à l’assassinat de Mouammar Kadhafi mais a aussi eu pour effet de fragiliser encore plus le pays. 

Barack Obama a fait de la résolution du conflit israélo-palestinien une priorité. Il est arrivé au pouvoir aux Etats-Unis la même année que Benyamin Netanyahu en Israël. Ils ont gouverné ensemble ces deux pays alliés. Et s’ils n’ont eu de cesse de réaffirmer l’amitié qui unit Etats-Unis et Israël, leurs relations personnelles fut plus compliquées, allant de la froideur à l’hostilité affichée. Les deux hommes ont eu plusieurs désaccords fondamentaux concernant la résolution du conflit, les implantations et le programme nucléaire iranien. La tension a atteint son paroxysme lorsque Benyamin Netanyahou a fustigé l’accord avec Téhéran dans un discours prononcé devant le Congrès américain. Cependant, Obama a maintenu les liens sécuritaires entre les deux pays, et a même signé avec Israël, vers la fin de son mandat, un accord d’aide militaire sur 10 ans d’un montant record de 38 milliards de dollars.

Le 23 décembre dernier, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté la résolution 2334 appelant Israël à stopper « immédiatement et complètement la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ». Cette décision, rendue possible par l’abstention des États-Unis, a été vécue par Israël comme un véritable coup de grâce de l’administration Obama. A cet égard, l’entrée en fonction de Donald Trump est attendue par les Israéliens avec beaucoup d’impatience.

Même si l’on peut déjà observer certaines conséquences de la politique étrangère de Barack Obama au Moyen-Orient, il est encore trop tôt pour dresser un bilan définitif. Si certains commentateurs lui ont reproché une trop grande passivité dans la région, il ne faut pas oublier qu’il a rappelé à de nombreuses reprises qu’il fut un président élu pour terminer les guerres, pas pour en commencer de nouvelles.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.