Les relations avec la Russie agitent le débat sur la politique étrangère

Le Monde – Marc Semo


Les différentes options diplomatiques défendues s’inspirent des principes d’indépendance et d’équilibre hérités du gaullisme.

Une élection présidentielle ne se gagne pas sur la politique étrangère, même si cette dernière, ­domaine réservé du chef de l’Etat, occupe une bonne part de son temps. Si l’Europe suscite des positions tranchées, les grandes options diplomatiques évoquées dans les programmes des principaux candidats restent très générales, énumérant les menaces et rappelant explicitement ou implicitement les grands principes d’indépendance et d’équilibre hérités du gaullisme. La guerre en Syrie et plus encore les relations avec la Russie sont les sujets les plus clivants au sein aussi bien de la gauche que de la droite et les plus révélateurs de la vision du monde des différents candidats.

« La Russie est un élément décisif de l’équilibre des forces qui peut pacifier la mondialisation », a déclaré Marine Le Pen, le 23 février, dans un grand discours sur « la politique internationale de la France dans un monde multipolaire », soulignant que ce pays est « maltraité par l’Union européenne et une France vassalisée ». Les représentants d’une quarantaine de pays dont quatre ou cinq ambassadeurs (Cambodge, Cuba, Vietnam, Arabie saoudite et, selon le FN, l’Albanie) assistaient à cet exercice destiné à crédibiliser son image de présidentiable. « Il faut renouer avec les réalités du monde ; le déni de réalité se paie cher », a insisté la candidate du Front ­national, qui ne cache pas ses sympathies pour le régime syrien, relevant que « le soutien français aux islamistes dits modérés a été et demeure une erreur ».

Nécessité du dialogue

Le ton face à Moscou se fait en revanche très ferme chez Emmanuel Macron. « La Russie de Vladimir Poutine mène une politique dangereuse qui n’hésite pas à s’affranchir du droit international », relève son programme, qui évoque « un monde de menaces et d’opportunités ». Les attaques informatiques contre le site d’En marche ! attribuées à des hackeurs russes ont ­contribué à durcir les positions de l’ancien locataire de Bercy. Et, s’il rappelle la nécessité du dialogue avec la Russie comme avec la Turquie ou avec les pays du Moyen-Orient et du Golfe, il souligne que celui-ci doit être « exigeant », notamment sur le terrain des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

C’est une synthèse lisse dans la continuité de la diplomatie menée ces dernières années. Elle élude néanmoins la question syrienne – juste une demi-phrase – et assure que, hors légitime défense, la France n’engagera des opérations extérieures que « si les conditions politiques d’une sortie de crise politique sont posées ».

Le candidat des Républicains, François Fillon, dispute à Marine Le Pen la palme de l’impétrant le plus russophile. Dans une interview aux Echos, le 13 mars, il s’est inquiété d’une « Russie dérivant dans le mauvais sens ». Et d’en attribuer la responsabilité à l’Union européenne. « Nous avons à l’origine eu une mauvaise politique vis-à-vis de la Russie, a-t-il aussi précisé, c’est-à-dire qu’on a repoussé la Russie ; on lui a imposé des sanctions. » Comme lors de sa campagne pour les primaires, il rappelle aussi que la priorité est la lutte contre « le totalitarisme islamique » et que le réalisme impose d’œuvrer aussi avec Bachar Al-Assad contre les djihadistes.

« L’impérialisme agressif de la Russie »

Le programme du socialiste Benoît ­Hamon n’aborde – hors questions européennes – que très marginalement les grands enjeux internationaux. Il promet de reconnaître l’Etat palestinien, rappelant dans diverses interviews que cela aidera à « l’insertion pacifique » d’Israël dans son environnement régional.

Ses autres priorités sont l’instauration d’un visa humanitaire de protection temporaire pour l’accueil des réfugiés, le renforcement du budget de la défense pour atteindre 3 % du PIB et la création d’un « pavillon pour la défense de la langue française ». Mais dans ses propos il n’hésite pas à dénoncer haut et fort « l’impérialisme agressif de la Russie qu’il faut traiter avec fermeté et certainement pas avec complaisance ».

A l’opposé, Jean-Luc Mélenchon appelle à rétablir « une relation normale avec les Russes en l’assumant sans complexe »« Pour la France, les Russes sont des partenaires, pas des ennemis. Jamais ! Quel que soit le régime politique qui est le leur. C’est la géopolitique qui commande. Elle nous impose de s’accorder avec les Russes. Le dire, ce n’est pas tout accepter d’eux. Mais quelle odieuse cotisation forcée à la pensée dominante d’être obligé de le préciser ! », expliquait, dans un long entretien à ­Famille chrétienne, le candidat de La France insoumise dont le programme, en matière de politique étrangère, appelle notamment à reconnaître l’Etat palestinien, à sortir de l’OTAN ou à créer un Erasmus de la francophonie.