La rébellion des juifs ultraorthodoxes tourne à la violence en Israël (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Une partie marginale de la population israélienne n’accepte pas les consignes sanitaires.

La station de tram est hors d’usage. La ligne qui circule à la frontière entre les quartiers juifs ultraorthodoxes et palestiniens de Jérusalem a été attaquée samedi à la sortie du shabbat par de jeunes manifestants haredis qui dénoncent le confinement. Sur place, la police est omniprésente. En uniforme et en civil. Des adolescents peu portés sur le port du masque sanitaire, obligatoire en Israël, les défient en silence, à distance, depuis une aire de jeux pour enfants. La flambée de violences dans les quartiers ultraorthodoxes laisse des traces. De l’autre côté de la voie, les Arabes craignent des agressions.

À Jérusalem, Bnei Brak, une ville de la banlieue de Tel Aviv, à Beit Shemesh, Ashdod, des émeutiers ont affronté la police. Ces confrontations témoignent des relations tumultueuses entre une partie de la population israélienne qui ne reconnaît pas, dans ses branches dissidentes et marginales, l’existence même de l’État hébreu et n’accepte pas les consignes sanitaires. À Jérusalem, à Mea Sharim, des manifestants ont incendié des poubelles et lancé des tomates et des œufs vers la police qui a riposté avec des canons à eau. Un jeu codifié.

Vols suspendus

«Il y a eu des blocages de routes et des jets de pierres en direction des forces de l’ordre (…) Les policiers ont été attaqués alors qu’ils étaient venus faire respecter les instructions de confinement», indique le porte-parole de la police. Dans la nuit de dimanche à lundi, un bus a été pris d’assaut et brûlé. Quant à son chauffeur, il a été blessé et hospitalisé à Bnei Brak. «Les personnes qui ont incendié le bus ont été arrêtées et la police utilise la manière forte comme elle doit le faire contre les personnes qui ne respectent pas la loi», a affirmé Nétanyahou. Le premier ministre a lancé un appel à un rabbin, Chaim Kanievsky, influent dans la communauté ultraorthodoxe. Il n’a pas reçu de réponse officielle.

Israël a imposé fin décembre son troisième confinement. Malgré ces mesures sanitaires, le mois de janvier a été marqué à ce jour par plus de 1000 morts. Des yechivot (instituts talmudiques) sont ouvertes en dépit des restrictions sanitaires qui ont poussé le gouvernement à suspendre les vols internationaux à partir de mardi et jusqu’à la fin du mois. Les milieux ultraorthodoxes ont des difficultés, au-delà des questions religieuses, à s’astreindre aux prescriptions pour des raisons sociales. Les familles ont souvent environ huit enfants et la fermeture des écoles accentue les tensions dans les domiciles privés.