Le projet américain rapproche les frères ennemis du Hamas et du Fatah (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Le projet de Trump a créé une unité précaire à travers un rejet commun des propositions américaines.

Ce sont en principe des «journées de la rage». L’annonce du plan Trump qualifié de «complot du siècle pour liquider la cause palestinienne» a déclenché de modestes manifestations en Cisjordanie et de plus substantielles dans la bande de Gaza. L’appel lancé par l’ensemble des factions a rassemblé environ deux cents activistes à Ramallah. Les protestataires se sont retrouvés sur la place al-Manara, lieu de rassemblement traditionnel, pour brûler des faux dollars aux cris de «La Palestine n’est pas à vendre».

Dans un café voisin, les fumeurs de narguilé n’ont même pas daigné lever un œil sur les écrans de télévision retransmettant en direct la présentation du «deal du siècle». À Gaza, les manifestants ont incendié des effigies de Donald Trump. Ismaël Haniyeh, le patron du Hamas, leur a promis que le plan conduira à «une nouvelle phase de (leur) lutte».

Ce n’est rien d’autre qu’un plan pour achever la cause palestinienne

Mohammed Shtayyeh, le premier ministre palestinien.

Pour le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, «il est impossible pour n’importe quel enfant, arabe ou palestinien, d’accepter de ne pas avoir Jérusalem»comme capitale d’un État indépendant. «C’est une triste mascarade politique», déplore, de son côté, Hossam Zomlot, l’ancien chef de la mission palestinienne à Washington et conseiller stratégique du président Mahmoud Abbas.

Le projet de Donald Trump réduit, selon lui, le territoire palestinien à des «bantoustans» à la sud-africaine sans continuité territoriale. «C’est un État pour Mickey Mouse. Le 28 janvier 2020 restera la date à laquelle les États-Unis auront autorisé Israël à mettre en œuvre un régime d’apartheid à part entière.» La virulence des réactions et leur ton incantatoire sont à la hauteur de l’impuissance palestinienne. «Ce n’est rien d’autre qu’un plan pour achever la cause palestinienne», estime en guise d’oraison funèbre Mohammed Shtayyeh, le premier ministre palestinien.

Une unité précaire

Le projet du président américain a eu pour première conséquence de rapprocher les frères ennemis du Hamas, le mouvement qui contrôle Gaza, et le Fatah. Il a créé une unité précaire à travers un rejet commun des propositions américaines. Les dirigeants islamo-nationalistes et les nationalistes laïcs sont pour une fois unanimes. L’ensemble des factions palestiniennes se sont réunies mardi soir à la Muqata, le palais présidentiel de Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne (AP). La réplique à apporter était au centre des discussions.

Les dirigeants palestiniens ont peu d’alternatives. Ils appellent la communauté internationale à boycotter le projet américain. L’arme ultime de l’autodissolution de l’Autorité palestinienne a été évoquée par le porte-parole d’Abbas, Nabil Abu Rudeineh. Elle plongerait la Cisjordanie dans une grave crise politique, économique et sociale. L’AP, qui bénéficie d’importantes subventions internationales, est le principal pourvoyeur d’emplois du proto-État. Pour empêcher l’anarchie, Israël serait contraint de se déployer dans l’ensemble de la Cisjordanie et de prendre en charge ses besoins.

Crainte d’une résurgence du terrorisme

Il est également question d’un retrait des dispositions clés des accords d’Oslo. Ils avaient abouti à la reconnaissance par Israël de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) en tant que représentant du peuple palestinien et partie aux négociations de paix et par l’OLP du droit d’Israël à exister pacifiquement. Dans le même temps, l’OLP renonçait à l’usage à la violence pour atteindre ses objectifs. Un trait tiré sur Oslo pourrait signifier l’abandon d’une solution à deux États.

Des voix commencent à s’élever parmi les Palestiniens afin de s’engager dans cette direction lourde de conséquences pour l’avenir d’Israël. Un reniement des accords sécuritaires israélo-palestiniens est une autre option. Il provoquerait une résurgence du terrorisme. Autant de voies que l’Autorité palestinienne, habituée au réalisme, hésite à emprunter alors que le statu quo risque de voler en éclats.