Un proche de Nétanyahou se retourne contre lui et devient témoin de la police

La presse israélienne s’est déchaînée, mercredi, au sujet de la fin proche du premier ministre, mis en cause dans de nombreuses enquêtes de corruption.

Shlomo Filber n’est pas un personnage public de premier plan en Israël. Pourtant, tous ceux qui suivent de près les activités du chef du gouvernement, Benyamin Nétanyahou, connaissent son importance. Pendant vingt ans, ce juif religieux a été un homme de l’ombre, un intime sûr et silencieux, un émissaire chargé des tâches confidentielles.

Aujourd’hui, il représente une menace grave pour son ancien patron. Après Ari Harow, ex-chef de cabinet de M. Nétanyahou, Shlomo Filber est le deuxième personnage clé de l’entourage du premier ministre, depuis un an, qui accepte de se retourner contre lui.

Pour se sauver lui-même et échapper à la prison, il a accepté, mardi 20 février, de devenir un témoin au profit des policiers qui enquêtent sur plusieurs affaires de corruption, rapporte la presse israélienne. Dans deux d’entre elles, les enquêteurs ont recommandé au parquet général l’inculpation de M. Nétanyahou, le 13 février. Son sort se trouve à présent entre les mains du procureur général, Avichaï Mandelblit. Mais la pression monte de toutes parts.

Le témoignage forcément explosif de Shlomo Filber, arrêté le 18 février, devrait concerner en premier lieu l’affaire Bezeq, du nom du groupe de télécoms dirigé par Shaul Elovitch, lui aussi interpellé. M. Filber est mis en cause dans l’enquête en tant que directeur général du ministère des communications, poste dont il a été suspendu. Il aurait facilité le rachat du groupe de télévision par satellite Yes par Bezeq.

Obsession pour le contrôle des médias

Benyamin Nétanyahou, qui a gardé entre ses mains ce portefeuille des communications – comme celui des affaires étrangères – après les élections de 2015, avant d’y renoncer en 2017, est soupçonné d’avoir aidé Bezeq en échange d’une couverture favorable assurée par Walla, l’un des plus importants sites d’information du pays. Favorable, elle l’a été, avec des enquêtes censurées et des publireportages consacrés à l’épouse du premier ministre, Sara Nétanyahou.

Pour l’heure, le premier ministre n’a pas été interrogé dans cette affaire, qui ressemble énormément au « dossier 2000 », dans lequel la police a recommandé son inculpation. On y découvre une même obsession pour le contrôle des médias.

Ce « dossier 2000 » met en cause les liens entre M. Nétanyahou et le propriétaire du quotidien Yediot Aharonot, Arnon Mozes. La police dispose d’enregistrements entre les deux hommes, qui envisagent un pacte compromettant, aux dépens de Sheldon Adelson.

Ce dernier est un milliardaire américain, magnat des casinos, qui a créé en 2007 Israel Hayom, un quotidien gratuit à grand tirage. Dans ses conversations avec Arnon Mozes, M. Nétanyahou propose de soutenir un projet de loi pour réduire la circulation du grand rival du Yediot Aharonot. En échange, M. Mozes organiserait une couverture plus favorable du premier ministre par son propre journal.

La perspective d’élections anticipées se profile

Quelques heures avant la révélation de l’accord passé entre Shlomo Filber et la police, le journaliste vedette Ben Caspit publiait un autre scoop spectaculaire dans le quotidien Maariv. Fin 2015, l’ancien conseiller stratégique de M. Nétanyahou, Nir Hefetz, aurait proposé à une juge, Hila Gerstl, de favoriser sa nomination comme procureure générale, à condition qu’elle ferme une instruction visant Sara Nétanyahou pour des malversations dans la gestion de la résidence officielle du premier ministre. Nir Hefetz aurait pu agir de sa propre initiative, mais le hoquet de l’histoire n’en demeure pas moins surprenant.

« Son désir d’éradiquer ses rivaux par tous les moyens, son dédain pour les contre-pouvoirs, son cynisme et son auto-apitoiement ont remplacé son bon jugement », écrit l’éditorialiste Nahum Barnea dans « Yediot Aharonot ».

En 1997, déjà, M. Nétanyahou était suspecté par la police d’avoir proposé ce même poste de procureur général à l’avocat Ronni Bar-On, à condition qu’il trouve un arrangement pour épargner son allié politique, Aryé Dery, du parti Shas, poursuivi pour corruption. Le parquet général avait conclu à un manque d’éléments pour inculper le premier ministre, qui exerçait alors son premier mandat.

La presse israélienne se déchaînait mercredi matin au sujet de la fin proche de l’ère Nétanyahou. « Le fil qui relie toutes ces enquêtes est le temps excessivement long passé par Nétanyahou à se vautrer dans le marais du pouvoir, écrit l’éditorialiste Nahum Barnea dans le quotidien Yediot Aharonot. (…) Plus le temps a passé, et moins il est devenu prudent, et plus son sentiment d’être dans son bon droit a grandi. Son désir d’éradiquer ses rivaux par tous les moyens, son dédain pour les contre-pouvoirs, son cynisme et son auto-apitoiement ont remplacé son bon jugement et il est allé trop loin. »

Selon les commentateurs, l’accumulation des affaires compromettantes, avant même l’inculpation éventuelle du premier ministre, va rendre impossible l’exercice de ses responsabilités. La perspective d’élections anticipées – avant le terme prévu, en novembre 2019 – se profile.

M. Nétanyahou se rassure en brandissant le dernier sondage du quotidien Israel Hayom, qui indiquait mercredi que son parti, le Likoud, gagnerait encore des sièges supplémentaires à la Knesset en cas de scrutin. Mais au sein de la formation, on s’interroge de plus en plus sur le handicap que représenterait une tête de liste noyée dans les scandales.