Le premier ministre israélien met le cap à droite toute

Par Cyrille Louis pour le Figaro

À droite, toute! Cerné par les affaires, Benyamin Nétanyahou multiplie depuis une dizaine de jours les appels du pied à la frange la plus dure de son électorat. Se présentant comme le meilleur avocat des colons israéliens de Cisjordanie, il promet d’expulser des milliers de migrants africains en situation illégale et multiplie les attaques contre la gauche et les médias dont les «fausses nouvelles», dit-il, ne visent qu’à l’abattre. Une rhétorique qu’il semble avoir empruntée à Donald Trump pour mieux ressouder ses troupes alors que les
nuages s’amoncellent – et que la rumeur lui prête l’intention de convoquer des élections anticipées.

Lundi 28 août, le premier ministre a profité d’une cérémonie célébrant le cinquantième anniversaire de la conquête de la Cisjordanie pour affirmer: «Nous ne démantèlerons plus d’implantation sur la terre d’Israël. «Nous garderons la Samarie contre ceux qui veulent nous en chasser», a-t-il ajouté, employant le nom biblique du territoire occupé et promettant «d’approfondir nos racines, de construire et de nous renforcer».


Chasse aux clandestins
Une telle profession de foi n’est pas à proprement parler nouvelle dans la bouche de Benyamin Nétanyahou, qui s’est pourtant déclaré favorable en 2009 à la solution dite des deux États. Mais elle prend des accents troublants alors que le président américain s’est juré de sceller le «deal ultime» entre Israéliens et Palestiniens. La position traditionnelle des États-Unis, tout comme des Européens, est en effet de considérer que les colonies établies au cœur de la Cisjordanie minent la viabilité d’un éventuel État palestinien.

Dans un autre registre, Benyamin Nétanyahou a effectué jeudi 31 août une visite impromptue dans les quartiers sud de Tel-Aviv pour y dénoncer la présence de nombreux immigrés africains entrés clandestinement en Israël avant que l’édification, en 2011, d’une clôture le long la frontière avec l’Égypte, n’interrompe ce flux. «Nous allons rendre le sud de Tel-Aviv à ses habitants israéliens», a-t-il promis.
Dénonçant «la crasse de ces rues», il s’est félicité d’avoir déjà présidé à l’expulsion de 20.000 «infiltrés» et a laissé entendre qu’un nombre équivalent de migrants pourraient à l’avenir être reconduits à la frontière. «Je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas d’un problème de réfugiés mais d’immigrés clandestins qui viennent chercher du travail en Israël», a martelé le premier ministre, dont le pays n’accorde l’asile que dans des cas très rares. Une habitante, aux anges, lui a baisé la main pour le remercier de sa visite.

«Pour ses admirateurs, il est devenu une sorte de martyr», sourit l’éditorialiste Yossi Verter dans le quotidien Haaretz. Une image que Benyamin Nétanyahou sculpte en dénonçant, chaque fois que l’occasion s’en présente, une chasse aux sorcières. Fin août, il a mené une charge violente contre les «industriels de la fausse nouvelle» devant plusieurs milliers de militants du Likoud. «Ils font tout ce qu’ils peuvent pour me blesser et pour blesser ma femme, leur a-t-il lancé. Parce qu’ils pensent qu’en nous faisant chuter, ils vous feront chuter.»