Pompeo souffle le chaud et le froid en Israël (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Venu donner son feu vert à l’annexion de pans entiers de la Cisjordanie, le secrétaire d’Etat américain a reproché au gouvernement israélien en formation d’entretenir des relations dangereuses avec Pékin.

Après 500 jours de crise politique et la visite mercredi du secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, Israël va avoir dimanche un gouvernement qui ne fera pas que gérer les affaires courantes. Signataires d’un accord d’union nationale, le premier ministre Benyamin Nétanyahou et Benny Gantz, nouveau ministre de la Défense et chef du gouvernement dans dix-huit mois – si le système de rotation entre les deux rivaux fonctionne – vont bientôt prêter serment devant la Knesset.

Avant d’avoir bouclé la formation d’une équipe pléthorique de trente-deux ministres, «Bibi» comme le surnomme ses admirateurs, a indiqué ses priorités. Elles concernent la lutte contre le coronavirus, un domaine où le pays a obtenu des résultats satisfaisants, et surtout la crise économique avec la mise au chômage d’un quart de la population active et de graves difficultés sociales pour les travailleurs indépendants. Le premier ministre a insisté sur la nécessité de parvenir à une «réconciliation nationale» après des mois de déchirements et de joutes verbales souvent violentes.

Le projet d’annexion de pans entiers de la Cisjordanie n’a en revanche pas été mentionné. L’initiative controversée, qui pourrait être soumise à la Knesset en juillet, était absente de ses déclarations communes avec Mike Pompeo, comme si, à l’issue de la visite mercredi du diplomate américain, il était urgent d’attendre.

25 milliards de dollars d’investissements chinois

Consacrée également à la «menace» iranienne, la rencontre américano-israélienne a été l’occasion aussi pour le représentant de Donald Trump d’aborder un sujet qui fâche, celui des relations entre l’État hébreu et la Chine. C’est que le rapprochement économique opéré ces dernières années entre le géant chinois et la «start-up nation» n’est pas du goût de la Maison-Blanche.

«Nous ne voulons pas que le Parti communiste chinois ait accès aux infrastructures israéliennes, aux systèmes de communication, à tout ce qui peut mettre en danger les citoyens israéliens et de ce fait mettre en danger les capacités des États-Unis et à œuvrer avec Israël pour de nouveaux projets» a déclaré Mike Pompeo à la première chaîne de télévision israélienne.

Face aux critiques de son principal allié, Israël envisage de reconsidérer la participation chinoise à un appel d’offres pour une usine de dessalement mais de toute évidence, ce recul n’a pas apaisé l’«ami américain». Pékin a investi 25 milliards de dollars ces dernières années en Israël. Un groupe public chinois a pris le contrôle de Tnuva, le principal groupe alimentaire israélien. Des entreprises chinoises ont également remporté des appels d’offres pour la gestion pendant 25 ans des deux principaux ports, ceux d’Haïfa et d’Ashdod.

Nous ne voulons pas que le Parti communiste chinois ait accès aux infrastructures israéliennes, aux systèmes de communication, à tout ce qui peut mettre en danger les citoyens israéliens et de ce fait mettre en danger les capacités des États-Unis et à œuvrer avec Israël pour de nouveaux projets

Mike Pompeo

Cette montée en puissance suscite des inquiétudes à Washington mais également en Israël. «Il n’y a pas de mécanisme sérieux pour s’assurer que nous ne vendons pas des actifs économiques clés et des connaissances technologiques précieuses» avait assuré l’an dernier Ephraïm Halevy, un ancien chef du Mossad. Les interrogations sont alimentées par la vente à la Chine de produits d’intelligence artificielle et de cybertechnologie à double usage, qui peuvent être utilisés à des fins policières et militaires. Elles portent enfin sur la société chinoise SIPG qui devrait inaugurer son projet d’extension portuaire d’Haïfa en 2021. Les Chinois interviennent en effet à proximité de la voie de sortie d’une base navale militaire, où est stationnée la flotte sous-marine israélienne qui est dotée de capacités secrètes de lancement de missiles nucléaires.