Passe d’armes diplomatique entre Macron et Assad

LE MONDE | Par Marc Semo (journaliste)

Il y a le terrain, où Bachar Al-Assad a de fait gagné la guerre en Syrie avec le soutien de la Russie et de l’Iran, ce qui implique de devoir négocier avec lui. Mais il y a aussi l’évidence des crimes d’un dictateur qui a fait le choix, dès 2011, d’écraser dans le sang les protestations pacifiques de l’opposition, plongeant son pays dans la guerre civile, systématisant l’usage de la torture et n’hésitant pas à employer l’arme chimique contre sa propre population. Ce double constat structure, depuis son arrivée à l’Elysée, la position d’Emmanuel Macron sur la Syrie, telle qu’il l’avait rappelée encore une fois, dimanche 17 décembre, dans son interview sur France 2 avec Laurent Delahousse, déchaînant une passe d’arme inédite avec le dictateur syrien. Ce dernier accuse la France de « soutien au terrorisme », des propos jugés « inacceptables » par le chef de l’Etat français.

Lors de son entretien télévisé, Emmanuel Macron affirme notamment que, d’ici la fin février, la guerre contre l’organisation Etat islamique (EI) sera aussi gagnée en Syrie, après l’Irak. « Bachar Al-Assad sera là (…). Nous ne pouvons pas dire : on ne veut pas parler avec lui ou avec ses représentants », a affirmé le président français, reprenant à nouveau l’antienne lancée par Jean- Yves Le Drian, alors ministre de la défense, à la fin du précédent quinquennat : « Bachar est l’ennemi du peuple syrien, Daech est notre ennemi. » Mais le président français a aussi rappelé, comme il l’avait fait à la tribune de l’ONU en septembre, que cela n’empêchera pas le dirigeant syrien « de répondre de ses crimes devant son peuple, devant la justice internationale ». Le conflit syrien a fait plus de 350 000 morts, 6 millions de réfugiés et encore plus de déplacés.


« Fer de lance du terrorisme »
L’inflexion de Paris, qui avait pris fait et cause pour la rébellion, a en fait débuté à la fin de la présidence Hollande. Emmanuel Macron n’a fait qu’accentuer le trait, rappelant que le départ du dictateur n’était « pas un préalable à tout ». Dimanche, Emmanuel Macron s’est explicitement  projeté dans l’après guerre, en soulignant la nécessité de faire émerger un processus diplomatique « où il y aura des représentants de Bachar » mais aussi « de toutes les oppositions, y compris les représentants de ceux qui ont quitté la Syrie » pour réussir à construire une « paix durable » dans le
respect des droits des minorités.
« La France a été le fer de lance du terrorisme, et ses mains sont couvertes de sang syrien depuis les premiers jours [du soulèvement] », a répliqué lundi Bachar Al-Assad, à l’issue d’une rencontre avec une délégation d’hommes d’affaires russes. Et de renchérir, en ajoutant que « celui qui soutient
le terrorisme n’a pas le droit de parler de paix ». Le pouvoir syrien est sous pression de Moscou pour qu’il participe véritablement aux pourparlers de Genève, sous l’égide des Nations unies. La délégation du régime s’y était rendue à reculons, début décembre, faisant tout pour torpiller cette « occasion en or », selon la formule du médiateur de l’ONU, Staffan de Mistura.

Emmanuel Macron, à l’issue d’une rencontre avec le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg, mardi 19 décembre, a rappelé ses fondamentaux, dissipant ainsi les doutes sur un supposé retournement de la position française. « Je ne crois ni à la résolution d’un conflit par des puissances extérieures qui voudraient imposer une paix qui viendrait d’elles, je ne crois pas davantage à la complaisance avec quelqu’un qui pense que son pays se résume à lui-même », a-t-il déclaré à l’adresse du dictateur syrien. Et de renchérir : « Il y a des millions de Syriens qui vivent aujourd’hui en dehors de la Syrie. Ces Syriens-là ont un ennemi, il s’appelle Bachar Al-Assad. »