Pour les Palestiniens, les Etats-Unis ne sont plus légitimes comme médiateurs de paix

Appel à l’unité nationale, célébration de Jérusalem comme ville sainte musulmane et « capitale
éternelle » palestinienne, mais surtout attaque contre les Etats-Unis : voici comment le président de
l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a réagi sans tarder au discours prononcé par Donald Trump, mercredi 6 décembre. Le « raïs » a lu une allocution à la télévision, dans laquelle il a estimé que le président américain avait choisi d’« ignorer et de contredire le consensus international » sur Jérusalem. M. Trump aurait ainsi signé « une déclaration de retrait des Etats-Unis dans le rôle qu’ils ont joué ces dernières décennies », comme médiateur et facilitateur dans les négociations de paix.

Le président de l’Autorité palestinienne a aussi appelé à « accélérer et intensifier les efforts pour
mettre un terme à la division [entre factions palestiniennes] et restaurer l’unité nationale. » A cette
fin, il souhaite la convocation immédiate de toutes les instances politiques, dont le comité central de
l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Mais derrière ces mots, la marge de manœuvre
du dirigeant, âgé de 82 ans, est limitée.

La reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël par les Etats-Unis marque un échec à la foispersonnel et politique pour Mahmoud Abbas et ses proches, comme le négociateur Saeb Erekat. Ils ont consacré près de vingt-cinq ans aux cycles de négociation successifs, prônant la non-violence mais ne parvenant jamais à surmonter avec les dirigeants israéliens certains points clés, en particulier le statut de Jérusalem. « Malheureusement, le président Trump vient de détruire la possibilité de deux Etats » a réagi Saeb Erekat, qui est aussi le secrétaire général de l’OLP. Est- ce l’amertume d’un soir, ou bien l’indice d’un revirement stratégique ?


Les factions palestiniennes présentent en apparence un front uni
Aujourd’hui, l’Autorité palestinienne doit trouver une réponse politique. La tentation d’une rupture avec le médiateur américain est forte, mais ce pays est aussi une source de financement majeure. Selon une source diplomatique européenne, le « raïs » aurait essentiellement le choix entre un « statu-quo précaire, sans s’engager dans des négociations de paix où le sort de Jérusalem serait déjà ficelé entre Américains et Israéliens » et une orientation plus nationale. « Il s’agirait de resserrer les rangs entre factions et de privilégier la réconciliation, mais il faut pour cela un soutien de l’Egypte et d’un bailleur de fonds arabe pour payer les salaires des fonctionnaires » dans la bande de Gaza, souligne cette même source.

D’autres actions possibles s’offrent à l’Autorité palestinienne : demander la saisie du Conseil de sécurité des Nations unies ; transmettre à la Cour pénale internationale (CPI) une plainte formelle pour les crimes liés à la colonisation. L’Autorité palestinienne pourrait aussi suspendre la coordination sécuritaire avec les services israéliens, comme cela avait été brièvement le cas après la crise des portiques de sécurité, installés en juillet puis retirés autour de l’Esplanade des mosquées (Mont du temple pour les juifs) à Jérusalem-Est. Mais cette menace réccurente est aussi
contre-productive pour l’Autorité palestinienne elle-même. Cette coordination sécuritaire est l’un des piliers de son contrôle sur la Cisjordanie ; elle sert autant ses intérêts que ceux d’Israël, et permet d’y endiguer l’influence du Hamas et des salafistes.
Les factions palestiniennes présentent en apparence un front uni face à la décision américaine. Ismaïl Haniyeh, le chef du bureau politique du Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, s’est entretenu par téléphone avec Mahmoud Abbas. Ils ont convenu d’appeler ensemble les Palestiniens à manifester contre la décision américaine. La mesure de la mobilisation populaire sera, comme d’habitude, le vendredi, après la grande prière hebdomadaire. Elle permettra aussi aux acteurs politiques d’ajuster leurs positions, pour ne pas apparaître en décalage avec la rue
palestinienne.


Fractures internes
Mais derrière cette unanimité se dessine aussi des lignes de fracture internes. Elles recouvrent à la fois des rivalités de personnes et des différences d’analyse sur l’avenir du combat pour les droits palestiniens : poursuivre encore dans la quête, si vaine à ce jour, de la solution à deux Etats ? Ou bien réorienter la lutte pour des droits égaux entre juifs et arabes, au sein d’un seul Etat, binational ?

Une figure de premier plan est sortie mercredi de son silence, observé depuis plusieurs semaines en raison de la poursuite du processus de réconciliation entre factions, dans la bande de Gaza : il s’agit de Mohammed Dahlan. L’homme d’affaires et rival de Mahmoud Abbas, qui s’est rapproché du Hamas en juin, bénéficie du soutien appuyé des Emirats arabes unis, ainsi que de l’écoute attentive de l’Egypte.

Dans une série de tweets, il a réclamé une rupture stratégique côté palestinien, mettant ainsi en cause la ligne de l’Autorité palestinienne, suivie à ce jour. « J’appelle au retrait des négociations absurdes et sans fin avec Israël, après la violation du principe d’inviolabilité du statut de Jérusalem, écrit-il. J’appelle à la fin de toutes les formes de coopération, surtout de la coordination sécuritaire, avec Israël et les Etats-Unis. »