Les options limitées de Washington face à l’Iran (Gilles Paris – Le Monde)

L’administration Trump assure que Téhéran est responsable des attaques essuyées par deux pétroliers à proximité du détroit d’Ormuz. Mais sa crédibilité est limitée, et elle n’a pas de stratégie claire face à la République islamique.

Washington ne cesse de le marteler depuis le 13 juin : l’Iran est responsable des attaques essuyées par deux pétroliers ce jour-là, à proximité du détroit d’Ormuz. Après être sortis unilatéralement de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, les Etats-Unis cherchent, en brandissant les preuves présumées de cette accusation, à rompre leur isolement à ce sujet.

L’impact de ce retrait spectaculaire, voici plus d’un an, est jugé positivement par Washington. A force de menacer leurs alliés, à commencer par les signataires européens du compromis, une quarantaine pétrolière a été imposée à l’Iran, plongeant l’économie du pays dans le marasme. Mais l’administration de Donald Trump n’en bute pas moins sur deux obstacles.

Les Etats-Unis butent sur leur manque de crédibilité, illustré par le scepticisme de pays tels que l’Allemagne face aux preuves avancées.

Le premier est celui de la crédibilité, illustré par le scepticisme de pays tels que l’Allemagne face aux preuves avancées par Washington. Le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, a tenté de le balayer dimanche 16 juin en soulignant une forme de lâcheté de la part de pays qui « aimeraient que tout cela disparaisse ». Depuis le fiasco des armes de destruction massive irakiennes dont l’existence avait été avancée pour justifier l’invasion de 2003, mais dont Washington n’a jamais trouvé la trace, les accusations américaines au Proche-Orient sont sujettes à caution.

Le second obstacle, de loin le plus important, renvoie aux ambiguïtés de l’administration de Donald Trump dans le dossier iranien. Officiellement, la stratégie adoptée depuis la sortie de l’accord sur le nucléaire vise par le biais de« pressions maximales » à contraindre Téhéran à revenir à la table des négociations. Washington attend du régime non seulement qu’il se plie à de nouvelles exigences concernant ce programme controversé, mais qu’il renonce également à ses essais balistiques et à son influence régionale. En accusant l’Iran pour les attaques survenues dans le golfe d’Oman, Washington admet, de fait, que les résultats de cette stratégie sont plus que limités.

La tentation d’un changement de régime

Le 30 mai, Donald Trump s’était pourtant montré optimiste. « Quand je suis devenu président, l’Iran était une terreur dans le monde entier », avait-il déclaré, avant d’assurer une nouvelle fois que « l’Iran [était] maintenant dans le chaos ». Le président avait estimé que ce pays jugé aux abois « [voulait] parler »« S’ils veulent parler, je suis disponible », avait-il ajouté.

L’échec de la mission de bons offices du premier ministre japonais, Shinzo Abe, qui a coïncidé avec les attaques des deux pétroliers, a montré qu’il n’en est rien. Les essais de missiles n’ont pas cessé depuis un an et, au Yémen, les miliciens houthistes que soutient l’Iran sont plus actifs que jamais. Selon l’agence de presse iranienne semi-officielle Tasnim, proche des militaires, Téhéran pourrait même prendre de nouvelles libertés à propos de son programme nucléaire, l’accord de 2015 étant désormais privé de ses dividendes politiques et économiques du fait des diktats américains.

« Ce qui peut changer, c’est que le peuple [iranien] change de gouvernement. » Mike Pompeo

La présence aux côtés de Donald Trump de deux « faucons », Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, entretient en outre le soupçon d’une tentation d’un changement de régime. « Je ne pense pas que vous allez avoir beaucoup plus d’anniversaires à souhaiter », a lancé en février ce dernier dans une vidéo publiée sur son compte Twitter à l’occasion des 40 ans de la révolution islamique.

Tout en assurant vouloir uniquement que le régime iranien modifie son « comportement », le secrétaire d’Etat avait estimé, le 1er mai, que « ce qui peut changer, c’est que le peuple [iranien] change de gouvernement ». Lors d’une audition au Sénat, en avril, Mike Pompeo a insisté sur le lien contesté qui existe, selon lui, entre le régime iranien et l’organisation terroriste Al-Qaida. Il permettrait en cas d’intervention militaire de se retrancher derrière la loi autorisant l’usage de la force adoptée en septembre 2001, sans avoir à demander un feu vert du Congrès.

Raidissement maximum de Téhéran

Tout se passe donc comme si la pression maximum de Washington alimentait en fait un raidissement maximum de Téhéran, multipliant les risques de dérapages incontrôlés. Donald Trump, qui a habitué la communauté internationale à une prise de parole permanente, observe depuis le 13 juin une évidente retenue. Il a certes relayé les accusations américaines visant l’Iran pour les attaques des pétroliers, mais a minima. Une escalade lui poserait en effet un dilemme cruel.

Le président rétif à la guerre a assuré le 20 mai que « si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran ». A la mi-mai, selon la presse américaine, le Pentagone a étudié l’envoi de forces militaires supplémentaires dans la région, sans trancher. Des renforts iraient en effet à l’encontre d’une conviction exprimée à de nombreuses reprises par Donald Trump : celle de se désengager autant que possible des bourbiers du Moyen-Orient.