Opération policière contre l’Institut français à Jérusalem : la colère du Quai d’Orsay (Piotr Smolar – Le Monde)

Selon les autorités israéliennes, l’association qu’accueillait le centre culturel serait financée par l’Autorité palestinienne. Ce qui serait contraire aux accords d’Oslo.

L’Institut français Chateaubriand, à Jérusalem-Est, se trouve à quelques encablures du ministère de la justice israélien. Ce lieu culturel, apprécié et convivial, n’a pas grand-chose à voir avec la politique. C’est là pourtant qu’ont afflué des policiers israéliens, jeudi 21 mars, afin d’empêcher la tenue d’un événement organisé avec une organisation palestinienne. L’Association des jeunes filles de Jérusalem était là pour une vente d’artisanat local, à l’occasion de la Fête des mères, célébrée le 21 mars côté palestinien. Les policiers ne l’ont pas laissée faire. Ils ont placardé un ordre sur la façade, interdisant la tenue de l’événement.

Signé par le ministre de la sécurité publique, Gilad Erdan, le document se fondait sur la loi israélienne d’application des accords d’Oslo, signés en 1993, qui devaient conduire à terme à l’émergence d’un Etat palestinien. Selon les autorités israéliennes, l’association serait financée par l’Autorité palestinienne (AP). Son activité relèverait donc d’une forme de propagande politique, interdite en Israël ou dans les territoires qui ne se trouvent pas sous le contrôle de l’AP.

Cette intervention policière exceptionnelle a provoqué la stupéfaction et la colère côté français. Le ministère des affaires étrangères, à Paris, a convoqué, vendredi 22 mars, le chargé d’affaires israélien – en l’absence de l’ambassadrice, en congés –, afin d’exiger des explications. Le Quai d’Orsay a qualifié de « grave et inadmissible » l’opération policière. « La France entend maintenir et développer les relations denses et anciennes qu’elle entretient avec la société civile palestinienne », précise un communiqué du ministère.

Les relations entre l’UE et Israël se sont considérablement dégradées ces dernières années

A la suite de cette convocation, le ministère des affaires étrangères israélien a réagi à son tour, en insistant dans un communiqué sur le fait que l’association était « financée et soutenue » par l’Autorité palestinienne. « Qu’ils organisent ce genre d’événement à Ramallah », suggère un diplomate israélien.

Cette association, qui s’occupe exclusivement d’artisanat et d’insertion sociale, a déjà été à plusieurs reprises en relation avec le consulat français de Jérusalem, chargé des relations avec les Palestiniens, pour des occasions similaires. La proximité des élections législatives israéliennes, prévues le 9 avril, n’est pas une coïncidence dans cette opération policière, estime-t-on côté français. Elle permet aussi d’envoyer, une nouvelle fois, un message de mécontentement à l’égard de Paris en particulier et des Européens en général.

Les relations entre l’UE et Israël se sont considérablement dégradées ces dernières années.
Contrairement à l’administration Trump, qui a décidé de ne même plus employer les mots « occupation » et « colonisation », l’UE continue de manifester son attachement à la solution à deux Etats et s’oppose à toute reconnaissance unilatérale de Jérusalem comme capitale d’Israël.