Nucléaire : le président iranien demande des garanties à l’Europe (Isabelle Lasserre – Le Figaro)

Comment sauver un accord dont l’une des parties, la première puissance mondiale, a juré d’avoir la peau? C’est la question à laquelle ni l’Iran ni les autres puissances signataires – France, Grande-Bretagne, Chine, Russie et Allemagne – n’ont encore réussi à répondre, depuis le retrait fracassant et unilatéral des États-Unis du compromis de Vienne sur le nucléaire iranien, le 8 mai.

Après avoir menacé à plusieurs reprises de reprendre l’enrichissement d’uranium, l’Iran tente aujourd’hui d’obtenir auprès des pays européens des avantages économiques pour compenser le départ des Américains. Hassan Rohani est venu plaider la cause de l’Iran en Autriche, qui assure depuis le début du mois la présidence tournante de l’Union européenne et dont la capitale, Vienne, a donné son nom à l’accord de juillet 2015.

«Si les signataires restants peuvent garantir les bénéfices de l’Iran, nous resterons dans l’accord nucléaire sans les États-Unis»

Hassan Rohani, président iranien

Le président iranien, qui avait fait du compromis de Vienne la pierre angulaire de sa politique d’ouverture vers l’Occident et qui depuis le retrait américain est critiqué par les conservateurs, a redit sa volonté de rester dans l’accord, si les autres signataires peuvent garantir les intérêts de Téhéran. La République islamique demande des contreparties à l’Europe, alors que plusieurs groupes étrangers ont annoncé la cessation de leurs activités en Iran, par peur des sanctions américaines. «Si les signataires restants peuvent garantir les bénéfices de l’Iran, nous resterons dans l’accord nucléaire sans les États-Unis», a promis Hassan Rohani.

Prêts à perturber le trafic pétrolier

Pour la première fois depuis que Donald Trump est sorti de l’accord de Vienne, les ministres des Affaires étrangères des cinq puissances signataires doivent d’ailleurs se retrouver vendredi dans la capitale autrichienne pour discuter de la manière dont ils peuvent répondre aux demandes de garantie iraniennes. Il s’agit de donner une «impulsion» destinée à empêcher la «désintégration» de l’accord.

En attendant une solution européenne, la situation continue à se dégrader entre les États-Unis et l’Iran, que Donald Trump considère comme son principal ennemi au Moyen-Orient. Mardi, Hassan Rohani avait répondu aux menaces de boycott international des États-Unis, qui veulent «réduire à zéro» les exportations de pétrole et imposer des pénalités financières aux pays qui continueront à en importer après le 4 novembre, en affirmant qu’il pourrait ordonner le blocage du trafic pétrolier.

Les gardiens de la Révolution, force armée du régime, lui ont donné raison mercredi en confirmant qu’ils étaient prêts à perturber le trafic pétrolier dans le Golfe. Pour faire pression sur les États-Unis, ils pourraient bloquer le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 30 % des exportations mondiales de pétrole. Des différends opposent aussi l’Iran à l’Union européenne, et notamment à Paris, qui a toujours été leader sur les questions de prolifération nucléaire. Si la France désapprouve la «méthode» et l’acharnement idéologique de Donald Trump vis-à-vis de l’Iran, si elle souhaite à tout prix conserver l’accord de Vienne, fruit de laborieuses tractations depuis 2003, elle veut aussi ouvrir des discussions avec Téhéran sur trois sujets.

L’avenir de l’accord sur le nucléaire, qui bride le programme militaire iranien en échange d’une levée progressive des sanctions commerciales mais dont les principales clauses tombent en 2025. Le développement du programme balistique iranien, dont la portée est capable d’atteindre Israël et les bases américaines dans la région. Enfin, comme Washington, Paris s’inquiète des velléités expansionnistes de l’Iran, qui étend son influence dans la région, au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen. Mais sa marge de manœuvre, comme celle des autres pays signataires de l’accord, est étroite.