Nucléaire iranien : Israël sort ses dossiers (Cyrille Louis – Le Figaro)

Appuyant la démarche de Trump, Nétanyahou accuse Téhéran d’avoir voulu se doter de l’arme atomique.

Après Emmanuel Macron et Angela Merkel, qui se sont tour à tour rendus la semaine dernière à Washington pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien, la parole était lundi soir à l’accusation. Benyamin Nétanyahou, s’exprimant en anglais depuis un local du ministère de la Défense transformé pour la circonstance en studio de télévision, n’avait pas mégoté sur la mise en scène. À l’appui de son réquisitoire, il a dévoilé une étagère remplie de classeurs ainsi qu’un meuble garni de CD dont les services de renseignements israéliens se seraient emparés en janvier dernier. Ces «archives atomiques secrètes», localisées par le Mossad dans un entrepôt en périphérie de Téhéran, prouveraient que le régime a menti en affirmant poursuivre un programme nucléaire à des fins exclusivement civiles. L’annonce intervient alors que le président américain doit décider, d’ici au 12 mai prochain, si son pays reste dans l’accord signé en juillet 2015 entre la République islamique et les puissances du P5 + 1 ou bien s’il s’en retire.

Les documents dévoilés par Benyamin Nétanyahou ne portent pas sur la période récente, et ne permettent donc pas d’affirmer que l’Iran aurait violé les engagements imposés par l’accord de Vienne. «Nous n’avons pas trouvé de revolver fumant», reconnaît Amos Yadlin, directeur de l’Institut d’études pour la sécurité nationale (INSS). En dépit de cette réserve, le premier ministre a une nouvelle fois appelé Donald Trump à renier le texte. «Il s’agit d’un accord terrible qui n’aurait jamais dû être scellé, et je suis certain que le président prendra dans quelques jours la bonne décision pour les États-Unis, pour Israël et pour le monde», a-t-il martelé lundi soir. Le nouveau secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a confirmé peu après l’authenticité des documents. Selon un responsable israélien, Benyamin Nétanyahou a révélé leur existence à M. Trump le 5 mars dernier lors d’une rencontre à la Maison-Blanche. À Téhéran, le ministère des Affaires étrangères a dénoncé les affirmations «éculées, sans intérêt et honteuses d’un menteur en panne d’idées».

«Ces dossiers prouvent sans l’ombre d’un doute que l’Iran a menti»

Benyamin Nétanyahou, premier ministre israélien

Le lot d’archives, composé de 55 000 documents et de 183 CD, couvre essentiellement la période 1999-2003. Il démontre que la République islamique, parallèlement à son programme nucléaire civil, poursuivait alors des recherches pour se doter de la bombe atomique. À l’appui de ses accusations, Benyamin Nétanyahou a cité «des graphiques, des présentations, des plans, des photos et des vidéos» relatifs au «projet Amad». Les documents, a-t-il précisé, démontrent que ce programme secret avait pour objectif la production de cinq têtes nucléaires capables de libérer l’équivalent de 10 kilotonnes de TNT.

Un effort que les dirigeants iraniens ont choisi de passer sous silence lorsque, en 2015, l’Agence internationale pour l’énergie atomique les a interrogés sur leurs activités passées. Le Guide suprême, le président de la République islamique et le ministre des Affaires étrangères martèlent depuis lors qu’ils n’ont jamais cherché à se doter d’une telle arme. «Ces dossiers, fustige M. Nétanyahou, prouvent sans l’ombre d’un doute que l’Iran a menti.»

«Chacun sait que l’Iran a poursuivi son programme militaire jusqu’en 2003, et c’est précisément pour y mettre fin que l’accord de Vienne a été négocié»

Jeffrey Lewis, spécialiste des questions de non-prolifération à l’Institut de relations internationales de Monterey

De nombreux experts estiment toutefois que cette présentation, par-delà sa dimension théâtrale, n’apporte aucun élément nouveau. Le volet militaire de ce programme, surveillé dès le début des années 2000 par les principaux services de renseignements occidentaux, est connu de l’AIEA depuis 2008. Il fit l’objet d’un rapport détaillé en 2011, puis d’une «évaluation finale» publiée en décembre 2015. «L’ensemble des accusations formulées par Benyamin Nétanyahou figurent en toutes lettres dans ce document. Chacun sait que l’Iran a poursuivi son programme militaire jusqu’en 2003, et c’est précisément pour y mettre fin que l’accord de Vienne a été négocié», a commenté sur son compte Twitter Jeffrey Lewis, spécialiste des questions de non-prolifération à l’Institut de relations internationales de Monterey.

Emily Landau, chercheuse à l’INSS, juge au contraire la découverte de ces archives «extrêmement importante». «Elles n’apportent pas d’information radicalement nouvelle, dit-elle, mais le fait de les avoir entre nos mains va nous permettre de reposer les termes du débat sur l’attitude du régime iranien. À l’époque des négociations qui ont précédé l’accord de Vienne, les pays occidentaux ont accepté de ne pas se montrer trop regardants sur la nature de ses activités passées. Cette mansuétude lui permet aujourd’hui de revendiquer une zone de confidentialité, notamment sur ses sites militaires. Or nous avons aujourd’hui la confirmation que le texte signé en juillet 2015 est bâti sur des mensonges.»

Cette offensive diplomatique contre l’accord de Vienne intervient dans un contexte de tensions croissantes entre Israël et la République islamique. Dimanche soir, une base syrienne située près de Hama a été frappée par une spectaculaire explosion. L’attaque, imputée par plusieurs sources à l’aviation israélienne, aurait fait plusieurs dizaines de morts et détruit un important stock de missiles récemment acheminés par l’Iran. Les renseignements militaires israéliens soupçonnent Téhéran de préparer sa riposte à une autre frappe conduite le 9 avril dernier près de Palmyre, lors de laquelle sept gardiens de la révolution auraient trouvé la mort. Le ministre de la Défense, Amir Khatami, a menacé mardi: «Nous conseillons au régime qui occupe Jérusalem ainsi qu’à ses supporteurs d’arrêter leurs agissements dangereux. La réponse de l’Iran va vous surprendre, et vous la regretterez.»