Nucléaire iranien : les Etats-Unis durcissent le ton

Lundi 21 mai, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a promis d’imposer à l’Iran les sanctions « les plus fortes de l’Histoire », dressant une liste de douze exigences draconiennes en vue d’un « nouvel accord » beaucoup plus vaste. Le secrétaire d’Etat américain a réclamé le « soutien » des alliés des Etats-Unis à sa stratégie. Tout en reconnaissant les difficultés des entreprises européennes, il a prévenu : celles qui conserveront des investissements dans des secteurs iraniens interdits par les sanctions américaines « seront tenues responsables ». Mike Pompeo s’est longuement adressé aux Iraniens de la rue, tout en les exhortant à renverser leur gouvernement répressif : « Aujourd’hui, nous demandons au peuple iranien : vouliez-vous que votre pays soit célèbre pour cela, pour être un co-conspirateur avec le Hezbollah, le Hamas, les talibans et Al-Qaïda ? Les Etats-Unis estiment que vous méritez mieux », leur a-t-il dit.

Quelques jours plus tôt, la Commission européenne a lancé le processus de la loi « de blocage » contre les effets extraterritoriaux des sanctions américaines sur les entreprises européennes voulant investir en Iran, après la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Elle ouvre également le droit aux entreprises d’être indemnisées de tout dommage découlant de ces sanctions par les États-Unis. Enfin, elle annule les effets dans l’UE de toute décision de justice étrangère fondée sur ces sanctions: en somme aucune entreprise européenne ne pourra être poursuivie dans l’UE pour avoir dérogé aux sanctions américaines.

Les Etats-Unis et les Européens sont donc « encore très loin d’un compromis » sur un nouvel accord avec l’Iran, a affirmé jeudi à Washington le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas : « Nous sommes encore très loin d’un compromis, nous suivons deux routes très différentes », a-t-il déclaré à la presse à l’issue d’un entretien avec Mike Pompeo. Plutôt que d’évoquer le spectre d’une autre guerre coûteuse au Moyen-Orient, le président américain semble parier sur une guerre économique qui, selon le discours de Mike Pompeo, devrait finalement conduire à un changement de régime.

Ce choix d’une politique de « pression maximale » peut rappeler celle imposée à la Corée du Nord. Washington considère qu’elle a contraint le régime de Kim Jong-un à changer de ton et à nouer un début de dialogue avec son homologue Sud-Coréen, le président Moon Jae-in. L’administration avait toutefois bénéficié d’un très large soutien international dans un cadre multilatéral traduit par des sanctions votées aux Nations unies. Quels que soient les effets du plan de Mike Pompeo, Israël accueille favorablement toute initiative qui pousse l’Iran à abandonner ses ambitions nucléaires et ses efforts pour détruire.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.