Note stratégique : L’enjeu des élections législatives anticipées en Israël

Le 9 avril prochain, les électeurs israéliens décideront de leur prochain gouvernement pour les quatre prochaines années. Plus précisément, ils choisiront le parti politique en qui ils font confiance car dans le système israélien, les citoyens votent pour un parti, et non pour un Premier ministre.

Un mois après avoir appelé ses partenaires gouvernementaux à la responsabilité, arguant de graves menaces sécuritaires pour justifier le maintien de sa coalition, Benyamin Netanyahou a fait le choix soudain de renvoyer ses citoyens aux urnes. Est-ce un acte prémédité ? Sans doute, puisque le Premier ministre israélien a accéléré le déclenchement d’une opération contre les tunnels du Hezbollah libanais à sa frontière nord, « Bouclier du Nord » et à laquelle il a annoncé la fin, le jour de l’annonce de la dissolution de la Knesset, le parlement israélien, et la tenue d’élections anticipées. Nul doute, à présent, qu’il cherchera à user de sa réputation de « Monsieur Sécurité » pendant la campagne, statut qu’il n’est pas le seul à pouvoir revendiquer avec la candidature de Benny Gantz, ancien chef d’état-major.

A trois mois scrutin, quelles sont les forces politiques en présence ?

Morcellement de l’opposition

En Israël, la campagne électorale vient de commencer. Et déjà, depuis la décision prise par le gouvernement, le 24 décembre 2018, de dissoudre la Knesset et de convoquer des élections législatives anticipées le 9 avril, les coups de théâtre s’enchainent. Mardi 1er janvier, Avi Gabbay, le chef du Parti travailliste, a annoncé la dissolution de l’Union sioniste, mettant brusquement fin au partenariat avec Tzipi Livni. La cheffe de l’opposition à la Knesset a appris son limogeage en direct, ce qui lui a valu un élan de sympathie de l’opinion après cette humiliation publique. Sa campagne a donc été naturellement relancée, et si sa personnalité divise, son expérience politique lui confère une stature de femme d’Etat. En 2009, avec le parti centriste Kadima, elle avait vaincu Benyamin Netanyahou aux élections législatives mais fut empêcher de former une coalition par les ultra-orthodoxes. Cet affront profita à son rival qui, depuis, gouverne. Pour parvenir à ses fins en avril, elle espère le ralliement de l’ancien Premier ministre, Ehud Barak, dont le retour politique reste probable.

Ayelet Shaked et Naftali Bennet, tous deux ministres du cabinet Netanyahou, viennent de quitter le « Foyer juif » pour lancer le parti de la « Nouvelle droite », perçu par les commentateurs comme une alternative au Likoud. Leur manœuvre vise à séduire l’électorat de centre-droit, laïc, qui représente actuellement le plus grand vivier électoral du pays. D’ailleurs, trois autres candidats dont l’ancien ministre de la Défense, Moshé Ya’alon, viennent de se positionner au centre de l’échiquier politique israélien.

Les récents sondages donnent le Likoud vainqueur des élections (avec 29 ou 30 sièges), ce qui lui permettrait de former le prochain gouvernement. Koulanou et Israël Beitenou, le parti de l’ex-ministre de la défense Avigdor Lieberman, ont déjà annoncé qu’ils ne s’allieraient pas, cette fois, avec le Likoud. Contrairement aux promesses du Premier ministre la semaine dernière, « la coalition du prochain gouvernement de Benyamin  Netanyahou devra être différente, admet Eli Hazan. Nous savons que Benyamin Netanyahou est le meilleur candidat, mais nous ne pouvons rien dire de la future Knesset ».

Benny Gantz, candidat le plus redoutable ?

L’entrée en scène de l’ancien chef d’état-major Benny Gantz, change toutefois la donne. Alors qu’il était particulièrement courtisé par l’ensemble des partis politiques israéliens depuis qu’il a quitté l’uniforme, il y a trois ans, son choix semble s’être porté sur celui de l’indépendance. En créant son propre parti, « résilience ou l’invulnérabilité israélienne », selon les traductions.

Benny Gantz, peut lui aussi revendiquer un statut de « Monsieur sécurité », comme l’actuel Premier ministre. Il a fait toutes les guerres, de celle du Liban sud en 1978 jusqu’à la fin de son mandat au sommet de l’armée israélienne.

Son arrivée dans la vie politique israélienne pourrait changer les perspectives électorales. Benny Gantz est perçu, quasi unanimement par la population israélienne, comme ayant la trempe d’un homme d’Etat et pouvant incarner un véritable espoir de renouveau, à un moment où la société israélienne souffre d’un sentiment de fatigue après presque une décennie de pouvoir Benyamin Netanyahou.

De surcroit, le contexte géopolitique est particulièrement délicat en ce moment. La possibilité d’une nouvelle guerre avec le Hezbollah parallèlement à une nouvelle occupation de Gaza n’est pas écartée, ne serait-ce qu’à travers la symbolique de la destruction des tunnels creusés au nord par la milice chiite. Benyamin Netanyahou se trouvera en opposition par rapport à la vision qu’incarne Benny Gantz, plus modérée. Rappelons qu’avant la signature de l’accord sur le nucléaire iranien en 2015, au moment où l’actuel Premier ministre envisageait très sérieusement des frappes sur les sites nucléaires iranien, ce fut notamment Benny Gantz qui s’y opposa et dissuada le gouvernement, considérant qu’une action militaire israélienne  ne pourrait que renforcer la pérennité du pouvoir de Téhéran en ralliant la population derrière lui.

Plus récemment, Benyamin Netanyahou a été fustigé aussi bien par ses opposants que par les membres de sa propre coalition pour sa réponse « mi chaud mi froid » au conflit contre le Hamas à Gaza en novembre dernier. Avigdor Lieberman a estimé que l’accord conclu avec le Hamas était une « capitulation devant le terrorisme » et a démissionné de ses fonctions de Ministre de la Défense.

La justice, l’autre acteur de la campagne

Le Premier ministre et sa femme sont soupçonnées d’avoir tenté de s’assurer une couverture favorable de la part du site d’information Walla en contrepartie de faveurs gouvernementales qui pourraient avoir rapporté des centaines de millions de dollars à Shaul Elovitch, qui était à la tête du principal groupe de télécommunications israélien Bezek et également de Walla. Entre 2012 et 2017, Benyamin Netanyahou et son entourage sont « intervenus sur le contenu publié par le site d’information Walla et ont cherché à influencer la nomination de personnes » afin de « publier des articles et des photos flatteuses, supprimant le contenu critiquant le Premier ministre et sa famille », a précisé la police dans un communiqué.

Le procureur général israélien Avichai Mandelblit rendra sa décision sur les soupçons de corruption dont le Benyamin Netanyahou fait l’objet avant les prochaines élections législatives à la Knesset, plus précisément au mois de février, selon le journal Haaretz. Le procureur souhaite parvenir à une conclusion dans les meilleurs délais, après s’être entretenu avec de hauts responsables du ministère de la Justice ainsi que ses prédécesseurs, mais n’a avancé aucune date précise, selon la source.

La semaine dernière, le Premier ministre a indiqué qu’il ne démissionnerait pas si le procureur général le convoquait pour une audition « avant les élections ». Avichaï Mandelblit, le conseiller juridique du gouvernement à qui incombe la charge des enquêtes, subit d’intenses pressions. « La tenue d’un procès déplairait à des millions d’Israéliens », prévient l’homme le plus protégé du pays depuis qu’il est la cible de menaces de mort. De son coté, Benyamin Netanyahou jure qu’aucun scénario ne l’empêchera de briguer un cinquième mandat. Son jusqu’au-boutisme commencerait à faire douter les ténors du Likoud qui redoutent d’être entrainés dans sa chute au pire des moments.

Benyamin Netanyahou a annoncé, à l’occasion de la convention de son parti Likoud qui se tient jusqu’au 12 janvier à Eilat, qu’il serait lui-même en charge de diriger sa campagne. Fin stratège, sa candidature est renforcée par l’arrivée au Likoud du général Yoav Galant, politicien avisé, faucon « pragmatique » et pion essentiel du cabinet de sécurité israélien. Un candidat sérieux au poste de ministre de la défense.