Nétanyahou en visite à Washington pour parler de l’Iran et s’éloigner des affaires

Le premier ministre israélien est arrivé dimanche à Washington pour une visite de cinq jours. Il doit être reçu ce lundi par Donald Trump.

Benyamin Nétanyahou, qui a récemment vu son horizon judiciaire s’assombrir, est arrivé dimanche à Washington pour une visite de cinq jours dont son entourage espère tirer une salutaire bouffée d’oxygène politique. Avant d’intervenir devant le congrès annuel du lobby pro-israélien AIPAC (American Israel Public Affairs Comittee), le premier ministre doit être reçu lundi par Donald Trump à la Maison-Blanche. Les deux hommes ont prévu d’évoquer l’accord controversé sur le nucléaire iranien ainsi que le plan de paix israélo-palestinien sur lequel planche l’Administration américaine. M. Nétanyahou veut aussi profiter de l’occasion pour convier son hôte à la cérémonie d’inauguration de la nouvelle ambassade américaine qui doit se tenir le 14 mai à Jérusalem.

Avant de s’envoler, le premier ministre israélien a indiqué qu’il compte remercier le président Trump «au nom du peuple israélien» pour sa récente décision de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. L’inauguration des nouveaux locaux, programmée au beau milieu des festivités qui marqueront le 70e anniversaire de la fondation de l’État d’Israël, sera sans nul doute célébrée par Benyamin Nétanyahou comme une importante percée diplomatique. Lundi, le Guatemala a fait savoir qu’il transférerait la sienne en mai, deux jours après le déménagement de celle des États-Unis.

Les adversaires politiques du premier ministre le soupçonnent de vouloir ainsi faire oublier ses démêlés judiciaires, et redoutent qu’il ne tire profit de ce succès dans le cadre d’une campagne électorale à venir. Les rumeurs d’élections anticipées se sont multipliées ces derniers jours, alors que la police vient de recommander l’inculpation du premier ministre pour «corruption» dans deux affaires distinctes et que celui-ci a pour la première fois été entendu vendredi dans un troisième dossier.

Des priorités différentes

Réfutant tout calcul politique, le vice-ministre israélien de la Diplomatie, Michael Oren, a qualifié de «très important» l’entretien prévu entre Benyamin Nétanyahou et Donald Trump – même s’il reconnaît que les deux hommes «n’ont sans doute pas exactement les mêmes priorités». «Le président américain demeure très focalisé sur ce qu’il appelle l’accord ultime entre Israéliens et Palestiniens, pour lequel il a mobilisé pas moins trois envoyés spéciaux et dont il s’apprête apparemment à présenter prochainement les grandes lignes, détaille M. Oren. Quant au premier ministre israélien, il a essentiellement à cœur d’évoquer l’attitude agressive de Téhéran au Moyen-Orient ainsi que le mauvais accord nucléaire signé par l’Administration précédente. Il arrive d’ailleurs avec des propositions très précises pour l’améliorer.»

En janvier dernier, Donald Trump a annoncé que les États-Unis se retireraient de l’accord si l’Union européenne et le Congrès échouent à convaincre la République islamique d’y apporter des modifications substantielles. Le premier ministre israélien réclame la mise en place de sanctions spécifiques contre le programme balistique iranien, l’annulation de la clause qui autorise la reprise de l’enrichissement d’uranium huit à dix ans après la signature de l’accord ainsi que la mise en place d’inspections en profondeur par les Nations unies, y compris sur les sites militaires les plus sensibles.

Le premier ministre israélien « a essentiellement à cœur d’évoquer l’attitude agressive de Téhéran au Moyen-Orient ainsi que le mauvais accord nucléaire signé par l’Administration précédente ».

Michael Oren, vice-ministre israélien de la Diplomatie.

Décidé à empêcher, si nécessaire par la force, une implantation militaire durable de l’Iran en Syrie, Benyamin Nétanyahou entend aussi réclamer le soutien actif des États-Unis dans l’hypothèse d’une escalade militaire. L’interception d’un drone iranien au-dessus du territoire israélien a récemment provoqué un coup de chaud sans précédent entre les deux pays. «Dans un tel cas de figure, expose Michael Oren, nous aurons besoin non seulement d’un soutien tactique qui pourrait prendre la forme d’un ravitaillement en munitions, mais aussi d’un bouclier légal et moral pour faire face aux accusations qui ne manqueront pas d’être formulées si des civils sont victimes de cette confrontation.»

Les deux dirigeants prévoient enfin d’évoquer le plan de paix sur lequel continue de travailler le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, malgré la récente rupture des liens avec les dirigeants palestiniens. Mahmoud Abbas refuse tout contact avec l’Administration américaine depuis que celle-ci a reconnu Jérusalem comme capitale de l’État d’Israël le 6 décembre. Il préconise désormais des négociations dans un cadre multilatéral, dont les Israéliens ne veulent pas entendre parler. Mais cela n’a pas empêché plusieurs responsables américains d’évoquer une présentation du plan américain dans les tout prochains temps.