Nétanyahou veut coordonner le développement des colonies avec l’administration Trump

LE MONDE | Par Piotr Smolar (Jérusalem, correspondant)

Une « nouvelle ère » débute entre les deux pays, selon le chef du gouvernement israélien, qui s’est entretenu avec le nouveau président américain dimanche.

Le contact est officiellement établi. Deux jours après son entrée à la Maison Blanche, Donald Trump s’est entretenu, dimanche 22 janvier par téléphone, avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou. Ce dernier a vite tourné la page de l’époque Obama, conclue par l’adoption de la résolution 2334 au Conseil de sécurité condamnant la colonisation. Une « nouvelle ère » débute entre les deux pays, selon le chef du gouvernement israélien. Mais pour l’heure, l’incertitude demeure sur une promesse de l’élu : le déménagement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Tandis que les forces de sécurité israéliennes envisagent déjà tous les scénarios en matière de répliques violentes qu’aurait une telle mesure, la Maison Blanche a fait savoir dimanche que les discussions n’en étaient qu’à leurs prémices. Pendant ce temps, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a été reçu par le roi Abdallah II de Jordanie. Amman a qualifié de « ligne rouge » un éventuel déménagement. Les deux dirigeants se sont mis d’accord sur « une série de pas » qui seront adoptés, selon M. Abbas, si la mesure prend forme.

Alors que l’administration Trump n’est toujours pas complète, M. Nétanyahou ne veut pas se précipiter, ni se faire déborder sur sa droite. Le premier ministre est parvenu à bloquer l’examen en comité ministériel d’un projet explosif de la droite nationale religieuse, en attendant de rencontrer le nouveau président des Etats-Unis, en février. Le Foyer juif, le parti de Naftali Bennett, comptait soumettre aux députés de la Knesset un projet de loi visant à annexer Maale Adumim, l’une des plus grandes colonies israéliennes, près de Jérusalem.

Cette mesure concernerait la zone dite E1, encore non construite et hautement disputée. Elle marquerait une rupture historique, juridique et territoriale. Les colonies juives en Cisjordanie relèvent de l’administration militaire, et non de la loi civile israélienne. Ensuite, l’annexion de Maale Adumim, où vivent près de 40 000 personnes, couperait la Cisjordanie en deux parties, nord et sud, enterrant l’idée d’un Etat palestinien.

Levée des restrictions

L’extrême droite estime qu’il faut exploiter dès le premier jour l’avènement de M. Trump pour amplifier les colonies et imposer la souveraineté israélienne. Naftali Bennett veut obliger M. Nétanyahou à sortir des ambiguïtés qu’il affectionne et à abandonner son engagement formel en faveur de la solution à deux Etats. « Pour la première fois depuis 50 ans, le premier ministre peut décider : la souveraineté ou Israël », écrit-il sur son compte Twitter. M. Nétanyahou, lui, a expliqué à ses ministres que l’heure n’était pas à des actions unilatérales, mais à la coordination avec Washington. « Personne n’est plus préoccupé par la question des colonies que le gouvernement du Likoud et moi-même, a-t-il déclaré, et nous continuerons à y veiller de façon sage et responsable ».

Le premier ministre doit néanmoins donner des gages à la base nationale religieuse. Dimanche, la commission de planification et de construction de la municipalité de Jérusalem a approuvé l’édification de 566 logements dans trois colonies situées au-delà de la ligne verte de démarcation, à Pisgat Zeev, Ramot et Ramat Shlomo. Mais M. Nétanyahou est allé plus loin, selon plusieurs journaux israéliens : lors du conseil de sécurité restreint, dimanche, il a annoncé son intention de lever toutes les restrictions pesant sur les constructions à Jérusalem-Est et de valider de nouveaux projets immobiliers dans les blocs de colonies.