Nétanyahou tente d’apaiser le malaise chez les Druzes (Marc Henry – Le Monde)

Deux ministres israéliens veulent amender la loi sur l’«État-nation juif» qui exclut une communauté servant dans l’armée du pays.

«Je vous aime.» Benyamin Nétanyahou a adressé dimanche cette déclaration d’amour plutôt inhabituelle aux Druzes israéliens, afin de calmer cette communauté de quelque 130.000 personnes. Celle-ci se sent trahie par le récent vote d’une loi définissant Israël comme «l’État-nation du peuple juif dans lequel il exerce son droit naturel, religieux, historique», tout en stipulant que «l’autodétermination nationale relève du droit exclusif du peuple juif». Le texte proclame aussi l’hébreu comme seule langue nationale alors que l’arabe n’aura plus qu’un «statut spécial».

«Nous avions conclu une alliance du sang et maintenant vous nous laissez dehors», s’est indigné le chef la communauté druze, Mouafak Tarif. Plus émouvante fut la réaction de Riyad Ali, un journaliste druze connu de la télévision publique, qui a pleuré en direct contre cette loi qui «marque l’avis de décès de mon rêve israélien». Ces critiques ont fait mouche. Les Druzes, qui parlent arabe et appartiennent à un courant hétérodoxe du sunnisme, dont les rites sont secrets, effectuent leur service militaire en Israël contrairement à la grande majorité du million et de demi d’Arabes israéliens, qui en sont dispensés. Au fil des ans, des Druzes ont gravi les grades d’officiers supérieurs et nombre d’eux sont morts au combat lors des différentes guerres d’Israël. Ces états de service leur ont permis de jouir d’un traitement de faveur pour les permis de construire, notamment dans le nord du pays, où ils résident en majorité. La symbiose est telle que trois anciens chefs d’état-major, sept ex-généraux et des dizaines d’officiers ont signé une pétition en signe de solidarité avec leurs «frères d’armes».

Voie de sortie honorable

«Nous n’avons pas de problème avec le fait de définir Israël comme un État juif, mais nous voulons une autre version de la loi incluant la notion d’égalité des droits pour que nous puissions de nouveau sentir notre appartenance à ce pays», a ajouté Mouafak Tarif. Autrement dit, les Druzes refusent de devenir des citoyens de seconde zone. Les Arabes israéliens, une autre minorité, sont également vent debout contre cette loi. Un député arabe d’opposition, Zouheir Bahloul, a démissionné de la Knesset pour refuser de «cautionner une loi raciste». La vague de colère a atteint un niveau tel que deux ministres ont admis que le gouvernement a été trop vite en besogne et qu’il n’a pas été tenu compte de la «sensibilité» druze.

Benyamin Nétanyahou, qui a tout fait pour faire adopter ce texte en urgence, commence, lui aussi, à éprouver quelques états d’âme. Ce texte, selon la plupart des commentateurs, devait lui servir d’étendard pour de prochaines élections de l’an prochain. Dimanche, au Conseil des ministres, il s’est efforcé de consoler les Druzes en rejetant toute la faute sur la gauche, accusée d’«hypocrisie». S’adressant directement aux Druzes, il a assuré que leurs plaintes lui étaient allées «droit au cœur». Selon lui, «il n’y a rien dans cette loi qui porte atteinte à vos droits en tant que citoyens et à la place spéciale qu’occupe la communauté druze en Israël».

Histoire de trouver une voie de sortie honorable, il a annoncé la création d’une commission réunissant des représentants du gouvernement et des Druzes pour «tenter de trouver une solution». En guise de consolation, une loi pourrait accorder un statut particulier aux Druzes au risque de discriminer les autres minorités arabes, bédouines ou circassiennes. Un proche du premier ministre n’a pas exclu des amendements au texte controversé. Pour le moment, le chef du gouvernement se refuse toutefois à un tel rétropédalage.


La Palestinienne Ahed Tamimi a été libérée

Ahed Tamimi, l’adolescente devenue icône de la résistance palestinienne contre l’occupation israélienne après avoir giflé deux soldats israéliens, est sortie de prison dimanche, au terme de huit mois de détention. La jeune fille de 17 ans et sa mère, Narimane, également incarcérée à la suite de l’incident, ont été accueillies dans leur village de Nabi Saleh, en Cisjordanie occupée, par une foule de proches, de partisans et de journalistes. «La résistance continue jusqu’à ce que l’occupation prenne fin», a clamé l’adolescente. La police israélienne a arrêté deux Italiens et un Palestinien pour avoir peint sur le mur de séparation israélien en Cisjordanie occupée un portrait géant d’Ahed Tamimi