Nétanyahou s’oppose au Mossad sur le péril iranien

Par Marc Henry (Le Figaro)


Officiellement Israël est vent debout contre l’accord sur le nucléaire avec l’Iran. Benyamin Nétanyahou en a fait un de ses chevaux de bataille favoris depuis des années, en agitant le spectre d’une attaque nucléaire contre son pays. En phase
avec Donald Trump, il ne cesse d’exiger l’annulation ou, à défaut, un remaniement de cet accord censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique pendant dix ans, afin de mettre fin à ce qu’il considère comme un marché de dupes.
En interne toutefois, cette position offensive est loin de faire l’unanimité. Selon les médias, une grande partie de l’état-major de l’armée, mais aussi du Mossad, chargé du «dossier nucléaire iranien», notamment des tentatives de sabotage qui ont eu lieu ces dernières années en Iran, ainsi que la Commission israélienne de l’énergie atomique considèrent que cet accord constitue un moindre mal dans l’immédiat et que son abrogation ne servirait en rien les intérêts israéliens.
Seul point d’accord entre les deux camps: les responsables israéliens admettent que depuis deux ans et demi, l’Iran n’a pas été pris en flagrant délit de violations de ses engagements sur le nucléaire. Pour contrer cet argument Yaakov Nagel, ancien conseiller à la sécurité nationale affirme que «le danger n’est pas que l’accord soit violé, mais qu’il soit au contraire respecté par l’Iran», affirme cet ancien collaborateur de Benyamin Nétanyahou.


Risque d’isolement
Sur cette même ligne, le ministre de l’Habitat Yoav Galant, un ancien général, estime que l’accord permet aux Iraniens de développer tous les «outils et technologies nécessaires à la production d’armes nucléaires dès qu’il arrivera à expiration dans un peu moins de huit ans». Autrement dit, il ne ferait que reporter l’échéance tout en permettant entre-temps aux Iraniens de développer des «missiles intercontinentaux» capables un jour d’être dotés de têtes nucléaires, ajoute Yoav Galant.

En réponse à ce tableau inquiétant, Amos Yadlin, ancien chef des renseignements militaires et souvent considéré comme le porte-parole de la communauté du renseignement, préconise une tactique plus subtile. Il souligne qu’Israël et les États-Unis ne manqueraient pas d’être isolés en cas d’annulation de l’accord face aux Européens, à la Russie et à la Chine qui préconisent son maintien en l’état. «Mieux vaudrait recourir à cette menace à un moment plus stratégique et se concentrer sur une offensive
diplomatique à l’ONU contre le programme de missiles et le soutien au terrorisme de Téhéran, deux sujets qui ne sont pas couverts par l’accord sur le nucléaire», propose cet ancien général. «À l’approche de l’échéance de l’accord en 2025 de plus en plus de pays dans le monde seront inquiets des projets nucléaires de l’Iran et il sera alors plus aisé de les mobiliser», prévoit Amos Yadlin.
Avi Gabbay, le nouveau chef du Parti travailliste, d’opposition, propose lui aussi d’accorder la priorité à une campagne internationale, assortie de sanctions économiques contre la production de missiles et le soutien iranien au terrorisme.
Plusieurs éditorialistes affirment également que cibler l’offensive contre Téhéran sur le nucléaire constitue dans l’immédiat une erreur tactique, au moment où la priorité devrait être accordée à la tentative des Iraniens de se tailler une zone d’influence, voire un fief en Syrie. Selon ce scénario, les Iraniens s’apprêteraient à construire des bases militaires équipées de missiles à quelques kilomètres seulement de la frontière israélienne et à tracer un corridor reliant Téhéran au Liban pour faciliter le transfert d’armes à son allié le Hezbollah, ce qui permettrait d’attaquer Israël simultanément sur les fronts libanais et syrien.