Nétanyahou s’affiche avec ses nouveaux amis du Golfe (Thierry Oberlé – Le Figaro)

Lors de la réunion de Varsovie entre adversaires de l’Iran, Israël entendait officialiser ses relations avec certains régimes sunnites.

Benyamin Nétanyahou est l’unique chef de gouvernement à avoir fait le déplacement à Varsovie. Également ministre des Affaires Étrangères et de la Défense, le premier ministre israélien ne pouvait pas rater la conférence internationale sur le Moyen-Orient organisée par les États-Unis. Le rendez-vous lui offre une tribune pour dénoncer son principal ennemi, l’Iran, qui représente, selon lui, une menace existentielle pour son pays. L’occasion lui était également fournie d’afficher sur cette question ses convergences avec les pays sunnites partisans d’une ligne dure contre Téhéran.

Benyamin Nétanyahou avait donné le ton avant de prendre l’avion pour la Pologne. Il avait riposté à des déclarations belliqueuses lancées à l’occasion du 40e anniversaire de la révolution iranienne, en prévenant qu’en cas d’attaque de Téhéran cet «anniversaire serait le dernier». Selon lui, la conférence devrait se concentrer sur la création d’un front commun pour «empêcher l’Iran de s’enraciner en Syrie, contrecarrer son agressivité dans la région et surtout l’empêcher de se doter de l’arme nucléaire». Depuis peu, Israël ne cache plus ses interventions militaires contre les forces iraniennes et leurs alliés libanais du Hezbollah en Syrie. En janvier, il a, pour la première fois, revendiqué, quasiment en direct, des raids aériens et, mardi soir, Benyamin Nétanyahou a assumé des frappes de tanks près de la frontière entre les deux pays. Une nouvelle posture qui intervient alors que Téhéran compte bien engranger les bénéfices de son soutien gagnant au régime de Bachar el-Assad.

La conférence, qui a débuté mercredi soir par un dîner, représente pour le chef du gouvernement israélien une chance unique de sortir de l’ombre les liaisons clandestines entre Israël et des pays du Golfe comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis ou le Koweït. Israéliens et Saoudiens partagent une aversion et une inquiétude communes face à l’expansionnisme chiite dans la région. Encouragé par le parrain américain, leur rapprochement a débouché sur l’ébauche d’une coopération sécuritaire avec des échanges de renseignements, des pourparlers diplomatiques secrets, mais aussi de discrets échanges économiques. Riyad a ainsi levé l’an dernier une interdiction vieille de plusieurs décennies de son espace aérien aux vols à destination de Tel-Aviv. Et Benyamin Nétanyahou s’est gardé d’accabler le prince Mohammed Ben Salman dans l’affaire de l’assassinat de Jamal Khashoggi. Il estimait qu’il y avait des problèmes «bien plus importants». Le premier ministre israélien espère aujourd’hui enclencher un processus de normalisation pouvant dans certains cas, tel celui de la pétromonarchie d’Oman, aboutir à l’ouverture de relations diplomatiques.

Ces rapprochements, aussi spectaculaires soient-ils, ne comblent pas pour autant le fossé creusé par le conflit israélo-palestinien. Le pari de la Maison-Blanche est de parvenir, à partir de l’alliance contre l’Iran, à créer une dynamique pour relancer le processus de paix au Proche-Orient. Jared Kushner, gendre du président Trump et conseiller spécial pour le Moyen-Orient, a débarqué à Varsovie mais n’a pas l’intention de sortir de sa manche le «deal du siècle», le fameux plan de règlement du conflit israélo-palestinien, serpent de mer de la diplomatie américaine. Un plan rejeté par anticipation par les Palestiniens, pour lesquels le soutien exclusif des États-Unis à Israël lui retire son rôle de médiateur et qui doit avoir l’appui de l’Arabie saoudite pour avoir une chance de fonctionner. Pendant que Benyamin Nétanyahou s’apprêtait à côtoyer un représentant saoudien à Varsovie, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, était, lui, reçu à Riyad par le roi Salman.