Netanyahou – Poutine : Une alliance pragmatique

Pour la troisième fois depuis le début de l’année, Benyamin Netanyahou s’est rendu mercredi en Russie avec pour objectif de convaincre, une fois encore, Vladimir Poutine qu’il est de l’intérêt même de Moscou de se débarrasser de la présence iranienne en Syrie, y compris par la force, surtout au moment où les troupes de Bachar al-Assad soutenues par l’aviation russe, sont sur le point de reconquérir la partie syrienne du plateau du Golan qui est aux mains des rebelles.

Quelques jours avant cette rencontre, une frappe est survenue sur une base aérienne syrienne, attribuée à Israël, base qui serait utilisée par les hommes des milices iraniennes et autres combattants chiites. Le Premier ministre israélien a déclaré au président russe que le président syrien Bachar al Assad n’avait rien à craindre d’Israël tout en demandant à Moscou de faire en sorte que les forces iraniennes quittent la Syrie, a dit un responsable israélien. « Chaque visite comme celle-ci est une occasion pour nous de travailler ensemble pour tenter de stabiliser la situation dans notre région, de renforcer la sécurité et la stabilité », a déclaré Benyamin Netanyahou, mentionnant la Syrie et l’Iran comme étant les principales préoccupations d’Israël. La coopération entre Moscou et Jérusalem « est un élément central dans la prévention des conflits et la détérioration de cette situation comme d’autres », a-t-il ajouté. Le Premier ministre israélien a également affirmé au cours de cette rencontre que le pays s’opposerait à toute tentative de violation de ses frontières, que ce soit par voie terrestre ou aérienne.

Le Kremlin, qui a la maitrise du ciel syrien, n’a jamais tenté de contrer les bombardements israéliens en Syrie. C’est toute la complexité de l’apparente fausse alliance qui existe entre la Russie et l’Iran en Syrie, qui n’est en fait qu’une répartition des tâches sur le terrain pour protéger le régime de leur allié commun, Bachar al Assad, jusqu’à que les intérêts supérieurs de chacun reprennent le dessus. Avec l’appui de ses alliés russes et iraniens, Bachar al Assad a réussi à inverser le cours de la guerre civile qui fait rage dans le pays depuis sept ans, le régime ayant intensifié ces dernières semaines son offensive contre les enclaves encore détenues par les rebelles.
« Nous n’avons eu aucun problème avec le régime d’Assad », a déclaré le Premier ministre israélien aux journalistes lors d’une réunion avant de retourner en Israël. « Pendant 40 ans, pas une seule balle n’a été tirée sur les hauteurs du Golan » a-t-il ajouté. En revanche, il a également dit qu’Israël s’assurerait que les habitants syriens a qui il a fourni de l’aide pendant la guerre civile ne seront pas ciblés une fois que la région sera de nouveau sous le contrôle du régime d’Assad : « Nous leur avons fourni une assistance humanitaire et ils ne devraient pas être punis pour avoir faim », a-t-il dit. Depuis 2013, Israël fournit de l’aide au sud-ouest de la Syrie, notamment aux enfants malades chroniques qui n’ont pas accès aux hôpitaux. Le pays construit des cliniques et fournit des centaines de tonnes de nourriture, de médicaments et de vêtements aux villages ravagés par la guerre.

Docteur en science politique, spécialiste du Proche-Orient et des questions de Défense, Sarah Perez est chercheur et consultante risque-pays. Elle est l'auteur de Iran-Israël: une guerre technologique, Les coulisses d'un conflit invisible.